vendredi 30 octobre 2015

Souveraineté en chute : chômage, croissance, sécurité, défense



Devant les peurs économiques qui se présentent, les peurs migratoires et leurs conséquences, l’évolution sociétale inutilement précipitée et déstabilisante, le peuple français laisse poindre une inquiétude tout en espérant trouver par ci par là des lueurs d’espoirs. Ces dernières sont généreusement propagées, amplifiées par le gouvernement et les médias calfeutrés dans la bien-pensance à sens unique. C’est le cas de la luciole du chômage de septembre pour laquelle une analyse plus fouillée, celle sur laquelle les journalistes ne prennent pas le temps de se pencher, montre que rien ne permet dans ces chiffres de dire qu’un frémissement positif est en cours. Le bilan, calculé par Jacques Sapir, sur les entrées-sorties, c’est-à-dire les reprises d’activités moins les nouveaux licenciements est assez expressif à cet égard comme le montre le graphique joint entre juillet 2012 et septembre 2015. La situation s’est globalement détériorée et on attend toujours une véritable amélioration.

Le taux de demandeurs d’emploi et mieux encore le nombre de chômeurs est l’indicatif d’une véritable reprise de la croissance bénéfique au peuple, celle qui permet d’augmenter les richesses du pays et de les répartir équitablement entre les acteurs. Ce dernier point est fondamental car nous vivons dans un monde où la spéculation est une véritable pompe aspirante de la richesse des peuples avec des logiciels des spéculateurs, type Goldman Sachs, qui tournent au millionième de seconde. Elle échappe aux États, elle est le royaume des investisseurs traditionnels et des banques. Il restait à la souveraineté des États une clé de répartition des profits par le biais de la redistribution sociale et le salaire minimum ou les différentes allocations vitales. Ces derniers leviers sont en train de disparaître sous la pression des lobbies et de Bruxelles qui deviennent des acteurs de plus en plus influents et incontournables. 

L’harmonisation des coûts du travail, puisque l’on se réjouit de voir ceux de l’Allemagne et de la France se rapprocher, ne se fait pas vers le haut mais vers le bas. C’est sur les prestations sociales que portera l’amoindrissement de l’effort des entreprises car le crédit d’impôt, le CICE, n’aura qu’un temps. Les flux migratoires font l’affaire, non seulement de l’Allemagne pour des raisons démographiques, mais des lobbies qui y voient l’occasion d’augmenter la pression sur les salaires en période de manque de demande et de concurrence internationale. L’Etat français ne fait qu’accompagner le mouvement en donnant son accord à une répartition européenne de quotas sans protéger ses frontières. Sa souveraineté est abandonnée à Bruxelles. Il est évident que l’arrivée clandestine ou non dans notre pays de migrants désirables ou non, intégrables ou non, qualifiés ou non, dangereux ou non, ne pourra pas être réellement maîtrisée.

Sans le levier de la monnaie et avec la contrainte à l’austérité allemande, la France fait payer au salarié, au contribuable et au consommateur, un maintien artificiel de son économie et de son niveau social. Elle y parvient par en continuant à creuser la dette, donc par l’argent dont elle ne dispose pas, et en rognant sur les dépenses d’investissement nécessaires au maintien de ses infrastructures au niveau de la compétition internationale. Globalement le budget de l’Etat continue à croître, seulement moins vite mais des secteurs régaliens sont touchés. Tout ce qui touche à la culture, la recherche fondamentale et le rayonnement de la France dans le monde passe au rabotage. La Justice construit moins de prisons et laisse dans la nature ou relâche les condamnés voire même les récidivistes avec les drames que l’on sait. 

Mais c’est dans le domaine de la Sécurité et de la Défense, domaines clés d’un Etat souverain avec la monnaie, que la situation s’aggrave. Les plans de sécurité intérieure n’ont de valeur que s’ils sont efficaces. On voit que dans la ville de Marseille, ville témoin des grandes villes, la lutte contre la délinquance au sens large, n’a pas fait diminuer le nombre d’attentats et le nombre de morts. Les opérations coup de poing dans les quartiers sensibles démantèlent un réseau qui se reforme aussitôt. Les armes prolifèrent, les postes de police ferment. L’îlotage, solution prônée par la gauche, n’est plus pratiquée et les habitants sont livrés à eux-mêmes. C’est pour cela que soit l’on conspue le Président en visite dans ces quartiers, soit on ne lui fait même pas l’honneur d’être présents lui laissant un territoire vide dans un geste abstentionniste d’autant plus révélateur que la moitié du gouvernement s’était déplacé et que le nombre de chômeurs y est plus élevé qu’ailleurs.

Mais plus grave est encore la perte de souveraineté de notre pays dans sa Défense. Contrairement à l’héritage du Général de Gaulle, dont se réclame la droite de gouvernement, nous avons intégré l’OTAN, substitut de la puissance militaire inexistante de l’UE. En effet selon les principes fondateurs de l’UE, celle-ci s’est construite sur l’idée d’un rassemblement des peuples créant une force économique, et monétaire pour l’euro, et non sur celle de la puissance militaire. L’armée européenne reste un gadget qui n’a pas d’existence en dehors de sa participation à l’OTAN sous la direction militaire étasunienne. Comme un petit nain qui croit en son étoile en copiant le géant américain, nous pratiquons une politique néo-colonialiste accompagnant la stratégie hégémonique étasunienne. Nous nous dispersons sur une multitude de théâtres d’opération sans disposer des moyens nécessaires pour amener un succès de celles-ci permettant de ramener nos soldats à l’entraînement dans leurs casernes. L’opération Sentinelle fait peser une charge énorme sur les armées. La majorité des véhicules engagés à Serval avaient deux fois l’âge de leur conducteur. L’armée devient une armée de bouts de ficelles car non seulement les crédits affectés n’ont cessé de diminuer à part le petit coup de pouce qu’il a bien fallu donner pour le Mali et l’intervention au Moyen-Orient et qui demande désormais à être poursuivi. 

Il y a deux armées françaises, une ultra moderne et une vieillissante. Valls dit que nous sommes en guerre alors quand on est en guerre on doit apporter les moyens de faire la guerre. Mais ces opérations se traduisent en fait par des économies sur la modernisation et l’entretien des armes et du matériel. Par ailleurs l’orientation de notre défense dans la répartition à avoir entre l’arme nucléaire et les armes conventionnelles n’est pas prise en compte. On ne peut pas ignorer, par exemple, que la précision et l’efficacité des missiles, leur résistance à toute déviation de trajectoire par l’ennemi, leur rapidité et leur portée, remet en cause l’utilité du porte-avion. Celui-ci devient une cible privilégiée et vulnérable. Le retrait du Golfe Persique du porte-avion Roosevelt américain en est l’illustration devant la menace des missiles russes de la mer Caspienne !

L’armée non muette, celle des généraux en retraite militaire, s’inquiète. Vincent Desportes, général de division de l’armée de terre professeur à HEC et indéfectible libre-penseur de la chose militaire, publie ce jeudi 29 octobre un livre au titre éloquent : La dernière bataille de France (éd. Gallimard). « La France doit le savoir : elle n’est plus défendue … » Face à la multiplication des menaces (en Afrique, au Moyen-Orient, mais aussi sur le territoire national), la France et l’Europe continuent de désarmer, déplore l’auteur. Qui qualifie même les lois de programmation militaire successives (LPM) de « lois de déprogrammation militaire » : « De 1982 à 2014, le PIB a crû annuellement de 1,8% en moyenne, contre 0,15% pour le budget de défense, écrit le général Desportes. Il s’agit donc bien d’un redéploiement de la dépense publique au détriment de l’effort de défense. » La France doit donc réinvestir dans sa défense, et d’urgence, estime l’auteur, qui fait sien l’adage bismarckien, pour qui « la diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments ». Pas de soft power sans hard power. Pas de place au conseil de sécurité pour la France, ce qui « ne va pas de soi aujourd’hui », sans puissance militaire affirmée. 

Il n’y a pas de souveraineté sans armée capable d’être respectée.

Il n’y a pas de souveraineté sans monnaie nationale. 

Il n’y a pas de souveraineté démocratique

Sans un peuple choisissant son destin. 

Sans souveraineté le choix restant

C’est la vassalité et l’esclavage 

Au profit des puissants ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon