lundi 12 octobre 2015

Septembre-Octobre 2015, une nouvelle page de l’histoire du monde



Si le 11 septembre 2001 a frappé de stupeur le monde occidental, il n’a pas entamé la suprématie américaine. Il lui a donné au contraire l’occasion de montrer son hégémonie par sa puissance militaire incontestée, sa puissance économique et financière en se parant du droit d’ingérence et, avec ses alliés, de se poser en gendarme du monde. A partir de cette date les résolutions de l’ONU ont commencé à n’être que des blancs-seings, des morceaux de papier dont l’utilité se résumait à l’autorisation d’intervention, ses modalités et ses limites étant considérées comme décoratives et non impératives. La guerre en Libye en a été une parfaite illustration. Le but était l’élimination physique ou non de Kadhafi. La mission humanitaire de sauvetage de Benghazi chauffé par les Frères musulmans, le Qatar et l’Arabie Saoudite, n’était qu’un prétexte. Poutine a laissé faire mais il en garde le souvenir d’avoir été dupé et c’est sans doute le point de départ d’un changement complet de la stratégie russe. 

Poutine a compris que la nouvelle place économique de la Russie dans l’économie mondiale allait être contestée par des États-Unis qui cherchent à isoler ce pays en le cernant militairement et en lui interdisant au maximum les liens avec l’Europe occidentale même si l’Allemagne est dépendante du gaz russe. La Russie se devait donc de retrouver son potentiel militaire, ce qu’aujourd’hui constatent les occidentaux, abasourdis par la puissance des armes russes. Après la Libye, forts de leur puissance, les États-Unis ont continué leur politique du chaos en allumant deux nouveaux feux à proximité de la Russie, l’Ukraine et la Syrie. La stratégie russe s’est alors mise en place avec une rare efficacité, prenant les USA à leur propre jeu qui s’avère dispendieux et inefficace. Il est particulièrement intéressant de l’examiner.

Pour la Syrie, Poutine a laissé faire en soutenant Bachar al Assad juste ce qu’il faut pour ne pas le voir disparaître. Il a regardé les USA et ses alliés s’empêtrer dans des alliances, et des double-jeux qui finissent par des porte-à-faux qui se révèlent aujourd’hui. Les rebelles syriens, Al-Qaïda, Al-Nostra sont armés par les occidentaux et soutenus par la Turquie. Les armes transitent jusqu’à Daesh, alimenté aussi par parachutage, et les attaques aériennes contre lui n’atteignaient pas les centres de commandement. Il fallait laisser à Daesh la puissance suffisante pour gagner du terrain sur le territoire de Bachar. L’espoir, de le supprimer par la force, a persisté longtemps. Hollande a même foncé tête baissée dans une intervention directe sur Damas. C’est alors que Poutine a avancé ses pions et brouillé toutes les communications de la flotte occidentale qui se préparait à intervenir. Obama a reculé laissant Hollande penaud. 

L’Ukraine a montré aussi la montée de la Russie dans l’opposition ferme aux vues occidentales. Il est désormais connu que l’affaire de l’Ukraine a été montée de toutes pièces à partir d’un soulèvement populaire largement aidé contre un Président dont il était facile de montrer le décalage de sa richesse avec celle du peuple. Tous les services secrets occidentaux avec le Mossad israélien étaient à l’œuvre avec les mouvements néo-nazis. La fusillade, qui a permis le renversement du Président, n’était ni plus ou moins qu’un coup d’Etat orchestré par les occidentaux. Angela Merkel était à la manœuvre car l’Allemagne ne cache pas son intérêt pour l’Ukraine, ses richesses agricoles, son pouvoir de consommation et le coût faible de sa main-d’œuvre. La Russie a réussi un coup de maître en récupérant la Crimée sans combattre et avec l’assentiment de ses habitants. Elle sauvait ainsi Sébastopol son principal port sur la Mer Noire tout en respectant la volonté du peuple de langue et d’origine russe. Ensuite Poutine s’impliquait à minima avec les insurgés du Donbass, avec une aide humanitaire et des aides en armes et en conseillers russes. Il prend la précaution que les combattants sur le terrain soient des anciens militaires volontaires.

Le théâtre ukrainien étant stabilisé par les accords de Minsk, Poutine revient sur le théâtre syrien où Bachar est en difficulté. Il sait ce qu’a coûté la guerre en Tchétchénie et il voit une véritable menace avec un Etat Islamique qui va servir à ranimer les troubles dans les ex-républiques soviétiques. Par ailleurs il aide Obama à parachever le traité sur l’utilisation de l’arme nucléaire avec l’Iran. Alors qu’Obama pense en tirer profit, c’est aussitôt la Russie qui resserre ses liens économiques et stratégiques avec l’Iran. Dans la foulée Poutine s’appuie sur l’impuissance feinte des occidentaux à vaincre l’EI et sur la légalité de sa réponse à la demande de Bachar pour intervenir militairement et officiellement en Syrie en nez et à la barbe des occidentaux pris à leur propre piège. 

Il dévoile cette fois la puissance d’une armée russe, reconstituée et modernisée avec des avancées technologiques majeures sur les armes occidentales en particulier sur la maîtrise du ciel par l’aviation et les missiles dont la portée et l’efficacité étaient sous-estimées par les alliés. Même la petite flottille de 6 bâtiments de la Mer fermée de la Caspienne lance des missiles sur la Syrie en passant au-dessus de l’Irak et de l’Iran, donc avec l’accord de ces deux gouvernements. Ceci montre que l’axe chiite, Syrie-Irak-Iran, est désormais soudé et à l’œuvre. La présence d’un porte-avion chinois en Méditerranée, l’attribution de Lattaquié en territoire syrien aux russes pour l’agrandissement de l’aéroport, le renforcement des forces maritimes à Tartous, etc. montrent l’ampleur de l’engagement russe. Le nombre, la nature des cibles visées et l’efficacité des frappes commencent à semer la panique dans le camp anti-Bachar.

Comme je l’ai dit dans un précédent article, l’arrivée de la Russie oblige les occidentaux à se démasquer en révélant leur soutien aux forces anti-Bachar. Il en est de même pour la Turquie. Les révélations de Wikileaks viennent  à point pour révéler au grand jour que l’opération syrienne était prévue de longue date. Elle s’ingéniait à soulever le peuple syrien par l’exaspération sunnite-chiite et la décrédibilisassion de Bachar alors que la Syrie était un pays calme où la cohabitation alaouite-sunnite-chrétien se passait au mieux. Une page d’histoire se tourne. Les États-Unis se discréditent cette fois aux yeux du monde et les occidentaux apparaissent de plus en plus comme des vassaux aux ordres. L’hégémonie américaine est désormais mise en échec sur le plan stratégique et militaire. Un ensemble de pays se réunit pour la contester et cela s’étend au domaine économique et monétaire. La stratégie américaine va devoir accepter des compromis et son ingérence dans les pays du monde va devenir plus problématique. 

C’est une vraie page d’histoire qui se tourne et on va en voir déjà les conséquences. Les pays feront de moins en moins allégeance et les peuples commencent déjà à montrer leur distance. C’est le cas à Berlin où l’on manifeste contre le TIPP, le cas à Londres où le Grexit se prépare à la bataille électorale avec des soutiens financiers de plus en plus importants. L’Europe façonnée selon les vues américaines d’un protectorat à terme de peuples sans identité va elle-même devenir frondeuse. La partie qui se joue entre les faucons d’un Occident encore lié aux États-Unis et ceux de l’autre bloc peut nous mener jusqu’à la guerre mondiale. Mais il est temps que l’hégémonie américaine qui veut nous mener de force vers un nouvel ordre mondial sous sa coupe trouve un point d’arrêt. Il est temps d’en prendre le risque. Espérons seulement que nos politiques perdront leurs œillères serviles avant la catastrophe. 


Notre avenir se joue désormais sur un plan planétaire

Une grande page d’histoire se joue aujourd’hui 

Dans le bruit des avions et des missiles

Dans le sang, la fureur et la fuite. 

Nul ne sait où nous allons

Mais tout va changer ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon