lundi 8 juin 2015

Manuel Valls surfe déjà sur la réforme de l’enseignement pourtant contestée !



Selon notre Premier Ministre, la réforme de l’enseignement, collèges et programmes, est déjà une réforme à mettre au crédit du gouvernement socialiste. Ce sont les paroles de son discours au Congrès socialiste. Six signataires d’une pétition, demandant le retrait de la réforme, adressée à la Ministre de l’Education Nationale sont aussi renvoyés dans leurs buts par Manuel Valls. Ce n’est pourtant pas de simples citoyens ignorant des responsabilités en la matière ou n’ayant jamais pratiqué l’enseignement. Il s’agit entre autres de Luc Ferry et de Jean-Pierre Chevènement, tous deux anciens ministres de l’Education nationale, de Michel Onfray, universitaire et philosophe bien connu. La désinvolture avec laquelle Manuel Valls a évoqué le court passage de Luc Ferry dans ce ministère, enseignant et philosophe de surcroît, montre combien la fermeture  au dialogue est devenue une constante de ce gouvernement. Le refus de référendum, l’utilisation du 49.3, la répression contre tout écart de langage, jugé comme tel à la discrétion de l’autorité gouvernementale, montre que la pensée unique de l’ex UMPS se réduit désormais avec le PS à une étroite voie de bonne conduite.

Cette réforme, pur fruit du Conseil Supérieur de l’Education, se heurte à une opposition franche d’une bonne partie des enseignants pourtant enclins à voter pour le parti socialiste. "Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) vient d’adopter à une large majorité (51 pour, 25 contre, 1 abstention) la réforme du collège. Avec ce vote, la refondation de l’école engagée depuis 2012 franchit une nouvelle étape importante. Alors que le constat sur l’aggravation au collège des difficultés scolaires est largement partagé, il était essentiel de revoir un cadre trop contraint pour que les enseignants puissent exercer dans de meilleures conditions et pour favoriser la réussite de tous les élèves." C’est l’annonce faite par le Ministère concerné qui se glorifie d’une nouvelle « avancée » dans la « modernisation des pratiques du collège ». 

Malheureusement il y a une douloureuse confusion dans le mot « avancée » quand on l’associe au mot « modernisation », car celle-ci n’est une avancée que lorsqu’elle renforce la quantité et la qualité des bases  de la connaissance. Or il nous faut constater que, d’une façon générale, on restreint le temps de l’acquisition des bases fondamentales de la lecture, de la grammaire, du calcul, de la géographie et de l’histoire par l’explication de l’enseignant et la vérification de cette acquisition au profit de leur captation par la découverte personnelle ou en groupe. Pour avoir très modestement, il est vrai, fait de l’enseignement, je sais que l’enseignant se bat contre le temps imparti par le programme qui lui est imposé. Faire découvrir à l’élève au collège pourquoi les problèmes de calcul de robinets et de baignoire ou de trains qui se croisent sont plus faciles à résoudre par l’algèbre est une entreprise qui demande beaucoup plus de temps que de montrer simplement sur un exemple comment on le met en équation, et de proposer à l’élève d’en résoudre un autre exemple tout seul.

C’est pourtant l’état d’esprit qui préside au nouvel enseignement, l’élève doit découvrir lui-même ce que nous avions appris souvent « par cœur », quelle horreur ! L’enseignement doit être ludique de bout en bout, l’effort doit être minimal pour permettre aux plus faibles de suivre, le travail en groupe diminue l’effort personnel. L’enseignant s’est toujours ingénié à rendre le plus attractif possible ses cours et les meilleurs enseignants se repèrent à l’attention des élèves de sa classe. Par contre le plaisir ne doit pas se substituer à l’effort, car même les meilleurs devront à un moment ou à un autre de leur scolarité faire des efforts. Plus l’élève avance dans la connaissance, plus son effort est sollicité, effort de réflexion, effort d’analyse et de synthèse, effort de mémorisation, effort d’expression. Le travail en groupe est consommateur de temps et souvent les meilleurs du groupe accaparent le sujet pendant que les autres s’en désintéressent. C’est en plus oublier que l’on ne peut faire un travail intéressant qu’en ayant des bases solides de connaissance sinon le résultat obtenu par le groupe n’a pas un gros intérêt par rapport à l’objectif qui reste l’acquisition d’un nombre minimal de connaissances. Ce minimum est celui permettant, dans la vie d’élève puis d’adulte, d’en acquérir d’autres. Faut-il un travail de groupe pour qu’un enfant découvre que le développement durable demande de recycler les bouteilles de soda, de ne pas jeter des ordures partout dans la nature ? 

Non et l’arrivée des smartphones, des ordinateurs et des tablettes n’a rien à voir avec ce que l’enseignant nous inculquait sur la protection de la nature. Les élèves d’aujourd’hui naissent avec la proximité de l’électronique et du monde numérique comme les anciens avec l’électricité. Il n’est nul besoin de leur en apprendre le fonctionnement et les initier aux codes de la programmation des ordinateurs ne servira qu’à un petit nombre plus tard. On ne peut sacrifier les connaissances de base, en lecture, écriture, grammaire, calcul, qui doivent absolument être acquises en primaire. En passant outre le collège ne peut faire convenablement son travail. Si en plus on sacrifie des contenus des disciplines de base, français, histoire, géographie, mathématiques et une ou deux langues étrangères, dans des travaux interdisciplinaires plus coûteux en temps s’il font appel à la découverte, le résultat sur le niveau acquis de connaissances sera inférieur.

Trois disciplines sont particulièrement atteintes, le français, l’histoire et les mathématiques. Les heures de cours de français et de mathématiques sont réduites. Si le travail en groupe peut permettre de faire de l’orthographe et de la grammaire, les mathématiques demandent un acquis de connaissances qui ne peut être donné dans le travail en groupe. Or le nombre d’heures de cours dans cette discipline ne cesse de diminuer au cours du temps. Ce n’est pas ainsi que l’on remontera le niveau dans cette discipline où le niveau est jugé faible. Quant à la déstructuration chronologique de l’histoire, elle balaie tous les repères et la compréhension de l’évolution des hommes qui ont rempli notre planète et notre pays. C’est comme voir un match de tennis avec des caméras de télévision dont le champ de vision est restreint aux deux adversaires avec l’impossibilité de comprendre autre chose que la gestuelle sans la vision de l’enchaînement des coups, l’utilité des déplacements et le schéma tactique. 

Le niveau mathématique des adolescents est révélé comme faible par les enquêtes, certes cela ne nous empêche pas d’avoir une élite mathématique de niveau mondial mais la plupart des métiers d’avenir demandent l’utilisation des mathématiques. C’est donc un handicap pour la plupart des élèves qui ne choisiront pas le droit ou la philosophie. Les mathématiques sont aussi une merveilleuse discipline de réflexion, comme le latin ou la grammaire, deux autres sacrifiés. On ne réfléchit bien que si l’on comprend ce sur quoi l’on doit réfléchir et si on possède les outils qui rendront la réflexion fructueuse. Par ailleurs le laxisme de plus en plus fréquent dans la notation des élèves pour pallier à la médiocrité de leurs connaissances, et pour ne pas les « traumatiser », sont porteurs de déceptions futures à la sortie d’un enseignement trop protégé. Ce n’est pas cela la recherche de l’excellence qui doit être l’aiguillon d’un enseignant pour ses élèves. L’ambition de 80% de réussite au bac se traduit finalement par un abaissement du niveau de cet examen, ce qui ne peut être le but à atteindre. L’arrivée plus massive dans l’enseignement supérieur pose à celui-ci la nécessité de ne pas céder sur la qualité des diplômes obtenus. Or on est pourtant en train d’aborder cette phase de dégradation.

Enfin l’introduction d’un choix partiel des programmes par les collèges et d’un principal non enseignant n’est pas de nature à donner de la cohérence pour les examens nationaux, ni à la cohésion et la compréhension entre professeurs et administration. Le premier maillon faible est l’école primaire qui n’arrive plus à livrer au collège des élèves qui soient à même d’absorber ces nouvelles connaissances. On ne bâtit pas un immeuble sur de mauvaises fondations. Le métier d’enseignant attire beaucoup moins par une augmentation de la difficulté de l’enseignement, dans un monde moins « civilisé » où la drogue, l’insécurité, l’irrespect, etc., demande de faire autant d’éducation que d’enseignement. Comme par ailleurs, à diplôme égal, le métier s’avère moins rémunérateur, le résultat est un nombre plus restreint de candidats, en particulier en mathématiques. Le pourvoi des postes nécessaires demande alors d’abaisser la qualité du recrutement. 


La réforme des collèges est une nouvelle « avancée »

Vers la médiocrité, certes « moderne », 

Mais dirigeant les élèves…

Vers le chômage ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon
Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques