mercredi 17 juin 2015

L’UE, fac-similé du traité de Prague de 1968 ?



Avant de reprendre les mesures à mettre en place concernant l’immigration, plusieurs évènements nous ramènent vers le fonctionnement de l’UE. Pour des raisons humanitaires, je veux dire ma honte sur le sort réservé aux migrants à la frontière franco-italienne. Ce jeu de bilboquet avec des êtres humains a quelque chose de particulièrement indécent. Il n’est évidemment pas pire que le chaos auquel nous participons au Moyen-Orient qui met en cause la vie de centaines de milliers d’adultes et d’enfants. Mais il est à notre porte, celle que nous refusons d’ouvrir alors que nous avons ouvert nos frontières à la libre circulation des hommes. Oui bien sûr, il s’agit de clandestins mais l’Italie les a accueillis. Parmi ceux-ci il y en a même que notre marine a sauvé. Nous portons la responsabilité avec les occidentaux du chaos libyen et syrien entre autres, portes de sortie de l’émigration et nous fermons nos portes par peur… de l’inondation migratoire. L’UE, elle, s’en lave les mains, beaucoup plus préoccupée par le probable défaut de paiement de la Grèce.

A quoi sert l’UE sinon à gérer une souveraineté limitée des Etats où celle-ci s’arrête aux frontières des décisions de Bruxelles, largement aux ordres des Etats-Unis et des « souhaits » de l’Allemagne. L’UE se couvre de honte face au flux migratoire et nous avec elle. Elle s’est avérée incapable de le prévoir, de le gérer, de ne pas l’aggraver. Les Etats se retrouvent seuls face à lui et retrouvent leurs vieux réflexes de sauvegarde. L’Allemagne se nourrit d’une partie du flux pour pallier à son déficit démographique. Les USA ne peuvent que se réjouir des évènements perturbateurs qui handicapent l’Europe. Ils sont déjà en Albanie pour créer un nouveau Maïdan en Macédoine. Le peuple albanais est de nouveau chauffé pour recréer la grande Albanie avec le Kosovo, dont la souveraineté n’est toujours pas admise par la Serbie, la Macédoine et des morceaux revendiqués de la Grèce. La guerre des Balkans va de nouveau secouer l’UE, incapable de gérer seule comme dans la précédente guerre. Les USA seront là pour veiller à ce que ces pays, anciens communistes, cessent de regarder vers la Russie. 

L’UE, nain politique et militaire, pratique une sorte de « fascisme mou » qui se détourne de la démocratie. Elle gère une Europe de pays où l’espace de liberté souveraine des pays est dans un nœud coulant que Bruxelles resserre chaque jour. La Grèce n’a pas d’autre mot à dire que de se conformer aux injonctions de la troïka dans une stricte approche économique et financière. La politique souveraine de ce pays n’a pas droit de citer. La voix de son peuple n’est pas recevable. La solidarité européenne se lie à la diminution de la souveraineté d’un pays. Comment peut-on exiger d’un pays qu’il ne paie pas ses retraités ? Qu’est-ce quelques milliards pour l’ensemble des budgets européens ? Comment peut-on admettre qu’à l’intérieur de l’euro, certains pays empruntent à 1% ou moins et d’autres à 10% ou plus ? On laisse ainsi la note de la Grèce se dégrader de plus en plus et ses taux d’emprunt monter, aggravant ainsi le déficit et la dette. L’UE se voulait une Europe économique et sociale, quand reste-t-il ? C’est la pauvreté qui est proposée à la Grèce pendant que les multinationales s’engraissent et poussent à la signature du traité de libre-échange transatlantique, traité qui nous lie un peu plus aux USA.

Cette Europe se comporte comme l’URSS au traité de Prague en 1968 où la souveraineté des pays de l’Europe de l’Est était sous contrôle de l’Empire. On est même passé à un autre stade du Commonwealth, forme édulcorée du colonialisme, à un stade supérieur. Mais l’UE court ainsi à sa perte comme le fit l’URSS. On n’aide pas la Grèce par peur de contagion mais on la détourne de l’UE. Elle ne peut pas mourir et finira par se vendre au plus offrant à moins que les armes l’obligent à laisser sa souveraineté… la pire des solutions. Tsipras va de nouveau rencontrer Poutine. Ce voyage est significatif pendant la courte période qui lui reste pour payer les 1,5 milliards au FMI le 30 juin alors que les discussions avec la troïka sont bloquées. Il semble désormais que la sortie ne tient plus qu’à la présentation politique de la responsabilité de celle-ci. Qui sera dit responsable du Grexit ? 

Un autre événement, peu médiatisé, est révélateur de la prise de conscience de la dérive de la politique française et européenne, c’est le retrait de Jean-Pierre Chevènement du MRC dont il était le fondateur. On se souvient qu’il était l’un des protagonistes d’une alliance dépassant le cadre gauche-droite pour s’opposer à la signature du traité de Maastricht avec Charles Pasqua et Philippe De Villiers. A l’époque Laurent Fabius s’y était opposé, il a bien viré de bord depuis. Si Jean-Pierre Chevènement reprend sa liberté, sans renier ses convictions de gauche, c’est qu’il sent que nous glissons sur une mauvaise pente et que notre dépendance à l’Allemagne et aux Etats-Unis devient le crédo de l’UE. En particulier nous rentrons dans une opposition systématique à la Russie, opposition qui n’est pas à notre profit mais à celui des USA. L’heure d’un rassemblement des souverainistes, l’heure d’un rassemblement pour la démocratie, est en train de sonner. L’UE va rentrer dans la tourmente avec les exigences du Royaume-Uni, les regimbées de l’Autriche, de la Hongrie, la présence des USA dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie, en Bulgarie et en Ukraine, la guerre menée par les occidentaux contre la Syrie, le grossissement du flux migratoire, le sauvetage ou l’exclusion de la Grèce avec toutes les conséquences sur l’attitude des pays en difficulté.

La désaffection des français pour Hollande et Sarkozy remet en cause la pensée unique. Les pays européens reprennent des réflexes nationalistes et leurs peuples regardent l’UE avec désenchantement. L’UE vit au rythme de l’Allemagne qui oscille entre une prolongation de la politique américaine sur l’UE et une liaison historique et économique avec la Russie. La France a perdu le leadership de l’Europe continentale ainsi que son rôle de médiateur dans les grands conflits. L’UE l’a anesthésiée et l’euro l’achève. Il est temps de réformer notre pays et de construire une nouvelle Europe. Tous les clivages politiques doivent s’effacer devant l’urgence d’une sortie de la vassalisation germano-étatsunienne. Or l’Histoire a tourné nos regards vers le Sud et l’Est… parce qu’il n’y a pas d’océan qui nous sépare de l’Afrique et de l’Asie. 

Nier la démocratie ne peut jamais souder nos nations.

L’histoire ne peut pas échapper à la géographie, 

L’ignorer crée des alliances contre nature.

Il n’est point de puissance politique 

Sans la puissance militaire,

C’est pourquoi l’UE… 

Est à vendre ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon