vendredi 5 juin 2015

Les demandeurs d’emploi augmentent et les chômeurs plus encore !

Les derniers chiffres d’avril 2015 de Pôle Emploi pour les demandeurs d’emploi de la catégorie A, donc sans aucune activité, ont augmenté de 0,7%. Ils viennent calmer les espoirs d’embellie du premier trimestre. Au premier trimestre 2015, le taux de chômage diminue de 0,1 point par rapport au quatrième trimestre 2014 pour s'établir à 10% en France métropolitaine. Outre-mer compris, le taux de chômage atteint 10,3% de la population active. Un taux, là aussi, en baisse de 0,1 point par rapport à fin 2014. Mais en avril le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 26.200. Le gouvernement annonce 100.000 contrats aidés supplémentaires comme à son habitude. La hausse plus importante que prévu de la croissance de l’économie au premier trimestre (+0,6%) n’aura pas suffi à faire baisser le chômage. 

On nous rabâche que la croissance va résoudre le problème du chômage avec un décalage de six mois au moins. Comme toujours c’est repousser les résultats concrets devant nous, histoire de gagner du temps. Mais la relance de l’économie européenne est suffisamment poussive pour que Mario Draghi ait lancé 1.100 milliards dans les liquidités déversées sur la finance européenne au rythme de 60 milliards par mois. Il y a donc bien un grand écart entre le discours politique national et la réalité économique. Si le nombre de demandeurs d’emplois augmente, on ne peut espérer un accroissement de la consommation intérieure autre que marginal. Comme la moitié de notre exportation est dans la zone euro, l’effet de la variation de l’euro par rapport au dollar n’a aucune incidence. En ce qui concerne nos exportations vers les USA, ces derniers n’ont qu’une croissance soutenue par une augmentation de la dette et la consommation intérieure stagne. Le Fonds monétaire international a d’ailleurs de nouveau réduit sa prévision de croissance pour les États-Unis à 2,5 % en 2015 (contre 3,1 % prévus jusque-là) et 3 % en 2016 (contre 3,1 %), en raison de la mauvaise performance économique du premier trimestre. 

Il convient d’analyser plus en détail l’évolution des statistiques du chômage en France pour en tirer des indications sur le proche avenir. On observe d’abord que nous retrouvons les taux de chômage atteints en 1996 mais avec une population active nettement supérieure donc avec un nombre de demandeurs d’emploi plus élevé. En conséquence nous absorbons difficilement l’accroissement de la population, ce qui n’avait pas été le cas au début de ce siècle. L’évolution par catégorie d’âge amène une vision pessimiste de l’avenir proche. En effet c’est chez les plus de 50 ans (0,9% en avril et 8,7% en un an) et chez les jeunes de moins de 25 ans (0,8% en avril et 2,2% en un an) que l’augmentation est la plus forte alors que ce sont les principaux bénéficiaires des contrats aidés (contrat de génération, contrat d’avenir entre autres).

Pour les jeunes la baisse du pourcentage est inversée pour le deuxième mois, signifiant la fin de l’impact des emplois aidés. En effet une fois les emplois dans le milieu administratif et associatif pourvus, la demande du privé est liée à la croissance. La relance des emplois aidés risque donc d’amener de piètres résultats faute de demande. Or l’augmentation de la population est due principalement à la forte natalité dans la population émigrée d’Afrique en particulier. Une génération de jeunes souvent peu qualifiée arrive sur le marché et ne trouve pas d’emploi mais c’est elle qui fournit le potentiel de chômage ou de travail le plus important pour l’avenir. En ce qui concerne les plus de 50 ans la situation est aussi préoccupante car le nombre de chômeurs à durées supérieures à 1 an explose de façon spectaculaire (+138,9% depuis juin 2008). Ceci veut dire pour eux une perspective de ne plus retrouver d’emploi qui se détériore de plus en plus et la probabilité de ne plus pouvoir toucher d’indemnité de chômage augmente. Les nouveaux plans de formation, la nouvelle « formation qualifiante gratuite » pour les chômeurs de longue durée, et celle dite « nouvelle carrière » destinée aux demandeurs ayant une longue expérience professionnelle, visent un objectif qui ne peut être que de grappiller quelques places dans les emplois non pourvus. Mais plus le chômage est de longue durée plus le demandeur est vu d’une manière négative par l’employeur. Ceci est encore plus vrai dans une période de faible croissance. 

Avec quasiment 6.000.000 de demandeurs d’emplois, toutes catégories confondues, et un nombre croissant de demandeurs qui sortent des statistiques de pôle emploi, le nombre total de chômeurs à inactivité totale ou partielle doit être de l’ordre de 9 millions dont une partie non négligeable est en-dessous du minimum vital. En un an l’augmentation toutes catégories est de 6% en France métropolitaine. L’examen des causes d’arrivée à pôle emploi montre que la crise n’est pas dernière nous en matière d’embauche car le nombre d’arrivées pour licenciement économique ne cesse de croître. Autre signe inquiétant, c’est l’augmentation du nombre de première entrée à Pôle emploi. Si le nombre de défaillances d’entreprises n’augmentait pas en février 2015, il avait augmenté de 15% depuis 2012 et de plus de 50% depuis 2002. Ajoutons que durant le premer trimestre 2015, le nombre de créations d'entreprises a diminué de 4,6%, sauf dans les activités financières et d'assurance, l'enseignement, la santé et l'information. Dans le secteur industriel la baisse est spectaculaire avec 14,9%. La France n’est pas en phase de ré-industrialisation, ce sont les services qui comblent en partie les vides avec un apport bien moindre à l’exportation. 

Pour que des plans de formation soient utiles à l’économie, 

Il faut qu’ils permettent de diminuer le nombre d’emplois non pourvus

Et que la demande des entreprises ait des perspectives encourageantes. 

Jusqu’à présent les plans de formation ont été des tonneaux de Danaïdes...

De l’argent public dont l’efficacité n’est pas à la hauteur des résultats obtenus.

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon