samedi 4 avril 2015

Ukraine, Grèce, Syrie, Irak, Yémen, Iran, Venezuela, etc., terres d’affrontement géopolitique !



La guerre géostratégique s’étend de plus en plus, le nombre de pays concernés ne cesse de croître. Le dernier en date est le Yémen. Le conflit en Ukraine est loin d’être terminé même si les armes lourdes se sont tues. Des combats localisés perdurent. Les armes des occidentaux continuent d’affluer en Ukraine du côté de Kiev ainsi que les militaires, « dits instructeurs ». Les observateurs de l’OSCE se disent incapables de réaliser le travail de contrôle à part entière en raison de "provocations constantes de forces ukrainiennes". Cela n’émeut aucun signataire occidental de l’accord de Minsk. Par contre le représentant de l’OSCE affirme : «Je tiens à souligner un aspect important que la mission n'a pas une fois enregistré la présence de matériel militaire russe ou la présence d'unités militaires russes [dans le sud l'Ukraine]». Ceci vient appuyer les déclarations du chef de l'État-major de l'Ukraine, Viktor Muzhenko, qui a reconnu en janvier que « les unités de l'armée régulière russes  n’étaient pas impliquées dans l'action de combat dans les régions troublées de Donetsk et de Lougansk. »  Ceci jette le discrédit sur les affirmations occidentales sur une implication de la Russie dans le conflit et sur la présence de troupes russes en Ukraine de l’Est. Alors que Porochenko, appuyé par les occidentaux et la Roumanie, jette un regard sur la Moldavie, il est probable que le conflit ukrainien ne sera pas terminé tant que l’OTAN ne pourra pas s’approcher de la frontière russo-ukrainienne. 

Une autre partie se joue en Grèce. Le Président Tsipras joue une rude partie avec l’UE et un double jeu. D’une part il affirme vouloir rester dans l’UE mais menace d’autre part de la quitter si les contraintes économiques et financières ne sont pas suffisamment desserrées. Apparemment il a peu de chances d’obtenir gain de cause devant l’intransigeance allemande, mais la Grèce semble vouloir gagner du temps puisque les échéances douloureuses ne se présenteront qu’en juillet. Pendant ce temps des relations de plus en plus visibles ont lieu avec la Russie et la Chine. Tsipras rencontrera Poutine le 8 avril alors que l’aide financière de la Russie ne fera aucun doute et donnera de poids aux arguments de la Grèce sur sa sortie éventuelle de la zone euro. Le passage d’un pipeline sur le territoire grec n’est pas le seul intérêt de la Russie ; le désengagement de la Grèce avec l’UE et probablement de l’OTAN est un fait géopolitique majeur. La Russie s’apprête d’ailleurs à lever les sanctions alimentaires envers ce pays, mais aussi envers la Hongrie et Chypre. Ces trois pays ont montré des oppositions franches aux sanctions de l’UE contre la Russie ! 

En Syrie et en Irak, le jeu des occidentaux est complexe, l’action de la Turquie est ambiguë, la guerre religieuse est à finalité de contrôle des ressources pétrolières, Israël est omniprésent dans le conflit. Deux évidences émergent. D’une part la Russie fera ce qu’il faut pour maintenir Bacha al-Assad à la tête de l’Ouest de la Syrie et aidera l’axe Syrie-Iran, d’autre part les USA et leurs suppôts continueront à faire en sorte que les conflits continuent en terres syriennes et irakiennes. La lutte contre le terrorisme est une raison mise à toutes les sauces, on peut choisir les groupes armés qui doivent être considérés comme terroristes. Les rebelles insurgés syriens, de moins en moins en mesure d’agir pour leur propre compte, n’ont eu comme intérêt que l’implication des occidentaux en Syrie. L’Etat islamique, créé par l’armement occidental, est un bon prétexte pour la présence militaire en Irak. On le combat par des attaques aériennes ciblées dont le résultat est soigneusement caché. A Tikrīt les raids aériens bombardent d’ailleurs aussi bien les troupes irakiennes qui ont pris une partie de la ville que les combattants de l’EI. Ce dernier reçoit toujours plus ou moins discrètement de l’armement de provenance américaine et britannique. Peu importe que le gouvernement chiite irakien rue dans les brancards, le but est de maintenir le chaos et la mainmise sur ce pays.

Le chaos est désormais prolongé vers le Yémen. La monarchie saoudienne salafiste craint de voir les chiites soulever des forces internes hostiles et se lance dans une offensive en terre yéménite. Les USA approuvent le rétablissement du précédent gouvernement yéménite beaucoup plus facilement manipulable que celui actuel tourné vers l’Iran et la Russie. Cette dernière menace d’ailleurs d’intervenir si la coalition des pays du golfe persiste. La Russie a appelé une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies pour permettre des pauses humanitaires dans les frappes aériennes de la coalition dans un effort pour apaiser la violence qui se répercute sur les civils. Moscou appelle à une solution diplomatique au conflit en soulignant que l'intervention militaire étrangère ne mènerait qu’à plus de morts civils. L'ONU estime que plus de 500 personnes, de nombreux civils, ont été tués au Yémen au cours des deux dernières semaines. Des dizaines de milliers ont fui le pays après le déclenchement de la violence. 

Un accord avec l’Iran est en vue. L’enrichissement de l’uranium par centrifugation est au cœur des discussions. C'est à Natanz que se situe la principale installation d'enrichissement iranienne, avec quelque 17.000 centrifugeuses IR-1 de la première génération, un millier de IR-2M plus rapides et une capacité d'en accueillir au total 50.000. L’accord prévoit que seules 5.000 centrifugeuses de première génération seront utilisées. Que deviendront les autres ? Il s’agit d’un accord de dupes sachant d’une part qu’à partir de la teneur moyenne de 3,6% de l’uranium civil dans les réacteurs et il ne faut qu’un nombre de 18 passages successifs en centrifugeuses pour atteindre la concentration de l’uranium militaire et que d’autre part 5.000 centrifugeuses de première génération permettent de produire chaque année la quantité nécessaire à une bombe nucléaire. La centrifugation de l’uranium étant le procédé permettant le plus facilement d’atteindre l’uranium militaire, il sera bien difficile d’éviter que l’Iran ne se dote de l’arme nucléaire. En réalité il s’agit simplement de diminuer l’attraction de ce pays envers le bloc Russie-Chine sans apparaître perdre la face en levant les sanctions.

Un autre pays est mis au banc des accusés, il s’agit du Venezuela qui manifeste son non-alignement à la politique hégémonique américaine comme le Nicaragua. Du coup son lien avec la Russie se renforce et cette dernière tisse de nouveaux liens avec le Mexique. On en parlera plus précisément dans un prochain article. On voit que les raisons de voir s’envenimer le conflit du monde unipolaire américain avec celui multipolaire des pays dits émergents, à la tête duquel se trouve le couple russo-chinois, sont de plus en plus nombreuses et se déroulent sur le monde entier. 

Les raisons profondes des conflits actuels nous sont cachées

Et nous sommes entraînés sans notre consentement 

Dans des conflits où nous n’agissons plus

Pour notre propre intérêt !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon