samedi 18 avril 2015

L’Occident, c’est fini ?



Manuel Valls et Bernard Cazeneuve nous enfoncent dans un carcan législatif sécuritaire qui fait réagir les responsables des Droits de l’Homme, quelques politiques, et un certain nombre de nos concitoyens. Il faut remarquer que la réaction populaire n’est ni forte ni spontanée. Il s’agit pourtant d’un recul de notre liberté de citoyen particulièrement grave qui nous fait la proie de l’Etat dans tout ce qui concerne notre vie privée et laisse à son interprétation le soin de désigner ceux qui sont suspects et les motifs de cette suspicion. On nous hypnotise en nous racontant qu’il ne s’agit que d’une simple régularisation de pratiques illégales existantes. Autrement dit l’Etat récupère l’illégalité sous le couvert de la légalité et en profite au passage pour étendre ce qui était illégal auparavant. Belle entourloupe ! L’Etat veut simplement pouvoir faire ce qu’il veut sans être accusé de quoi que ce soit pour… notre bien à tous évidemment. Mais ceci va très loin et sous la raison avouée de la lutte contre le terrorisme, tout peut être investigué dans notre vie même nos mouvements de fonds. La notion de racisme est d’ailleurs extensible à souhait puisqu’elle a déjà largement dépassé la distinction des races blanches, noires, jaunes.

Il faut alors s’interroger sur ce qui se cache derrière cette évolution. C’est la peur d’une civilisation qui sent que ses jours peuvent être comptés et qui entre dans un blockhaus défensif. Elle se rend compte qu’elle a complètement perdu ce que le christianisme et le temps des Lumières lui avait donné comme force créatrice d’une civilisation rayonnante, celle de l’Occident. La culture, les arts, les valeurs, les règles de vie, les pensées philosophiques et la spiritualité, disons-le, de cette civilisation lui assurait une prééminence. Cette civilisation chrétienne avait supplanté la civilisation romaine qui avait perdu ses valeurs, ses règles de vie pour ne plus avoir la force de la défendre. C’est cela qui a perdu l’Empire romain plus que les attaques des germains. Mais si la civilisation chrétienne lui a non seulement succédé et entrepris une montée jusqu’à son apogée des Lumières, c’est que des hommes et des femmes étaient prêts à mourir pour elle et à la porter vers les sommets, de reculs en avancées successives. C’est parce qu’elle n’a plus la force d’être défendue par ceux qui y vivent que cette civilisation est sur son déclin. 

Michel Onfray cible la rupture de cette civilisation à la Révolution. Il veut dire par là que la fille révolutionnaire s’est séparée de sa génitrice chrétienne. Elle a bien tenté de redéfinir de nouvelles valeurs avec les Droits de l’Homme et du citoyen mais les forces porteuses, un moment exaltées, se sont éteintes progressivement faute d’alimentation d’une foi républicaine. Après la Révolution notre civilisation a poursuivi son règne par la science et la technologie qui nous ont permis de dominer une grande partie du monde. Mais elle a finalement créé une société de consommation pour laquelle la défense des valeurs et des règles fondamentales de la société n’étaient non seulement plus la principale préoccupation mais étaient jugées inadaptées à un monde moderne. Le ver était dans le fruit. Tout devait être remis en cause, les mœurs, la famille, la notion de couple, l’identification sexuelle, la relation aux drogues, l’identité nationale, etc., seul comptait vraiment le « pouvoir consommer ». Le matérialisme forcené a tué la spiritualité sans amener le bonheur mais enfermant chacun dans un comportement moutonnier centré sur les biens matériels. Etre le premier à acquérir le dernier IPhone devient l’enjeu qu’il faut gagner et vite pour ne pas vivre frustré.

On a perdu, dans cette course effrénée derrière la science, la technologie et l’acquisition forcenée des biens matériels, comme des reliques du bonheur, ce qui faisait la grandeur de notre civilisation où le rayonnement de l’intelligence passait par les humanités. Ce mélange de science, de philosophie et de spiritualité entretenait les fondements de notre civilisation. Elle perdu son écorce et se vide lentement au point de voir arriver une vieille civilisation qui retrouve son souffle après une longue éclipse. Des êtres humains sont prêts à mourir pour elle car ils ne se reconnaissent pas ou plus dans la nôtre, qu’ils y vivent ou qu’ils la subissent sur leurs terres. Ce n’est pas nos croisades au nom de la démocratie qui vont éteindre les nouvelles flammes de cette civilisation que porte une religion qui revient sur ses valeurs ancestrales alors que nous avons abandonné les nôtres. 

L’Occident rentre dans la zone de la peur, la peur de disparaître. Il voit qu’il n’a plus la force de combattre les racines du mal. Il se retranche, se barricade, s’autocensure, se méfie, s’auto-flagelle et va jusqu’à pratiquer le pire, la délation. Un climat de peur et de suspicion à l’intérieur des frontières se répand pendant que nous croyons défendre notre civilisation en s’ingérant dans les terres d’une autre pour y semer la mort et la destruction. Nous ne faisons qu’attiser la haine et la détermination de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont prêts à mourir pour elle comme le furent les chrétiens dans la civilisation romaine. La punition ou la mise en prison de quelques-uns n’arrêtera pas ces nouveaux martyrs et notre civilisation, qui porte la guerre et s’autodétruit, ne peuvent y ramener ceux qui ont mis leur espoir ailleurs. L’Occident ne rayonne plus, il devient repoussant par ses dérives. Un seul dirigeant occidental en a pris conscience, Vladimir Poutine, où la religion orthodoxe sert de garde-fou et nous ne l’aidons pas. La Russie résistera-t-elle longtemps, rien n’est moins sûr.  Il semble malheureusement que nous avons franchi un point de non-retour et que l’accélération des changements nous pousse toujours plus près du précipice. Ou alors réagissons vite et fort, affirmons nos valeurs ancestrales ! Ne soyons pas défensifs mais offensifs… pas par les armes comme de nouveaux coloniaux mais à l’intérieur même de l’Occident. 

C’est parce que nous sommes devenus moutons 

Que nous devenons aveugles et suicidaires.

La porte de l’Orient se déplace à l’Ouest 

Et nous ne sommes pas conviés

A la franchir… sauf à genoux ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon