dimanche 5 avril 2015

Islande, Grèce, enfin des dirigeants courageux !



Cela nous change de nos dirigeants-carpettes qui vont à Bruxelles la corde au cou et sans honte négocier des rallonges de temps pour respecter leurs engagements téméraires et sans les remettre en cause. Deux pays ont le courage d’affronter l’UE en refusant de céder aux diktats, l’Islande et la Grèce. L’Islande d’abord qui a décliné l’offre d’entrée dans l’UE en mars en affichant clairement que celle-ci ne correspondait pas à l’intérêt supérieur du pays. L’Islande va d’ailleurs plus loin en affrontant de face le monde bancaire. Le Premier Ministre se fait remettre un rapport sur l’éventualité de dessaisie de la fabrication de la monnaie attribuée aux banques. L’Etat reprendrait la fabrication de celle-ci et les banques ne seraient plus qu’un organisme jouant le rôle d’intermédiaire entre prêteurs et emprunteurs. Ce n’est pas encore décidé mais c’est dans les tuyaux et le peuple sera consulté pour en décider… il y a encore de la démocratie en dehors de l’UE ! Il s’agit d’un coup de pied à l’emprise de l’UE sur les économies et les finances d’un Etat mais aussi au monde globalisé de la Finance qui dirige désormais le monde occidental pour le moins, en s’engraissant sur le dos des citoyens. Islexit !

Grexit ? Nous n’en sommes pas encore là mais il faut saluer le courage des dirigeants grecs et leur sens tactique dans les négociations avec l’UE. La situation n’était pas facile car ils doivent beaucoup au peuple qui les a élus et qui n’est pas prêt à voir ses espoirs une nouvelle fois déçus. Coincé entre les promesses faites à son peuple et l’intransigeance de l’UE, poussée par l’Allemagne, Alexis Tsipras fait pourtant preuve d’un grand sens tactique et même stratégique dans une partie d’échecs où avec les noirs il reprend l’avantage sur les blancs qui sont partis les premiers. D’une situation de bourgeois de Calais, il est désormais un adversaire qui se révèle pouvoir disposer d’armes dissuasives. Alors quelles sont-elles ? 

Nous sommes à la fin de la première partie des discussions entre la Grèce et l’UE. Elle a été marquée par des refus successifs des réformes proposées par Tsipras. L’UE jouait la pression pour le faire reculer, ce qu’il a fait sans lâcher sur l’essentiel, l’humiliation du pays et le choix national des reformes à effectuer. Préalablement à ses discussions Tsipras avait rencontré Poutine et pendant celles-ci il a pris langue avec la Chine. Sûre de faire plier la Grèce, l’UE n’a pas réalisé que Tsipras cherchait à gagner du temps pour mettre au point un plan B. Aucun accord n’a été signé et on arrive au moment de la première échéance du 9 avril envers le FMI alors que la Grèce est à peine en mesure de l’honorer. Dans ce cas on parle d’une faillite pour le 14 avril, le 20 au plus tard, donc l’impossibilité de payer les fonctionnaires et les prestations sociales.

Tsipras a refusé de reporter d’un ou plusieurs mois le paiement des retraites pour faire face en attendant une aide. Tout en réitérant son désir de rester dans l’UE, il laisse fuiter qu’une sortie rentre dans l’envisageable. On apprend qu’il prépare une stratégie de « lettres de créances » ayant valeur monétaire et de contrôle des banques. Le 8 avril, la veille du paiement au FMI, Tsipras rencontre Poutine et on devine qu’il sera bien accueilli après son refus des sanctions de l’UE sur la Russie. La Russie a déjà annoncé qu’elle s’apprêtait à lever les sanctions sur les exportations alimentaires grecques.

Dès lors, la pression s’exerce aussi sur les Européens. S’ils poursuivent leur stratégie de « nœud coulant », ils risquent gros. Certes, si la Grèce ne paie pas le FMI le 9 avril, elle ne sera pas immédiatement considérée par l’institution de Washington en défaut. Il faut un mois pour que le FMI reconnaisse qu’une « obligation est manquée. » Mais cette déclaration peut provoquer un séisme, car alors le Fonds européen de stabilité financière (FESF) devra légalement réclamer le remboursement des sommes versées à la Grèce. Ce qu’Athènes ne saurait réaliser. Le défaut grec envers ses créanciers européens sera alors effectif. La Grèce n’aura alors sans doute plus accès à la liquidité de la BCE, mais les pays de la zone euro devront accepter des pertes considérables sur les garanties accordées au FESF. Sans compter évidemment que la BCE devra également tirer un trait sur les 6,7 milliards d’euros que la Grèce doit lui rembourser cet été.

Tsipras n’est plus un paltoquet qu’il faut ramener dans les clous sans ménagement, il est devenu un souci pour l’UE et pour Angela Merkel qui n’envisage pas une sortie de la Grèce qui pourrait faire tâche d’huile. Chypre et la Hongrie manifestent aussi des actions de rébellion. Toutefois céder à la Grèce serait très mal vu par l’opinion allemande. Si la Russie, en accord avec la Chine, vient apporter les liquidités nécessaires à la survie de la Grèce, le scénario de sortie devient plus que possible. Or ces deux pays ont mis en place une Banque asiatique qui fait concurrence à la Banque mondiale. 

Reste qu’Alexis Tsipras, longtemps sous-estimé par la presse étrangère, a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire et qui n’est pas sans rappeler celle de Fabius Cunctator, le général romain qui usa les Carthaginois victorieux d’Hannibal durant la deuxième guerre punique. Le premier ministre grec n’est certes pas assuré de remporter la victoire, mais il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête, sur le plan tactique, à Angela Merkel. Si deux petits pays peuvent se faire entendre, on ne peut recevoir l’argument du « c’est parce qu’ils sont petits, qu’ils le peuvent » ! Non il faut seulement du courage et de l’intelligence… Deux qualités qui nous manquent cruellement ! Nous préférons couardise et soumission… 

Il ne suffit pas de s’appeler David pour affronter Goliath,

Il faut d’abord avoir le courage de défendre un peuple

Pour ne pas succomber sous la botte allemande 

Alors qu’un simple pion peut aller à dame,

Dame Angela Merkel bien sûr ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon