jeudi 9 avril 2015

Sommes-nous réellement sortis du bipartisme ?


Nous sortons d’élections départementales dont le but est de désigner les représentants les plus compétents pour agir dans le sens de la volonté exprimée par les citoyens d’une entité administrative napoléonienne. Qu’en a-t-il été réellement ? Les majorités de gauche et de droite se sont évertuées à nationaliser le vote gommant à qui mieux mieux les velléités de l’électeur de parler de ses désirs et préoccupations locales, qui justement ne se fondent pas dans un moule commun. Pour le parti, dit d’extrême droite, le FN pour ne pas le nommer, la profession de foi était stéréotypée en deux parties, la nationale et la départementale. Le but était également de gommer toute différence d’un département à l’autre pour canaliser l’électeur sur un seul choix, le vote Marine Le Pen. Au fait on ne cesse de parler de l’extrême droite comme on parle de Satan, mais l’extrême-gauche n’existe plus ou serait-elle l’extrême inoffensive voire salutaire ? 

On a donc volé à l’électeur l’occasion de s’exprimer localement, ce qui désigne non des candidats conscients d’agir dans le sens exprimé par l’électeur mais dans celui dicté par les grands partis politiques. Le principe de la démocratie du pouvoir par le peuple et pour le peuple a été, une fois de plus, contourné. De la même façon, le vote permet de « donner la parole au peuple », mais donner une parole n’a de sens que si elle est écoutée. Or qu’en a-t-il été ? Dès les premiers sondages exprimant la probabilité du résultat final, les responsables politiques des trois principaux camps n’ont eu de cesse soit de minimiser leur défaite, en mettant en avant le gain obtenu par rapport aux pires prévisions, soit de claironner à l’avance sur la vague de départements qui vont basculer, soit de surfer sur le nombre d’électeurs ayant choisi la troisième voie. Aucune analyse de la parole du peuple n’a été faite, pas plus d’ailleurs par les médias. Le débat s’est résumé à la recherche des gagnants et des perdants. Les majorités de gauche et de droite se sont simplement évertuées à démontrer que le premier parti de France n’était pas là où on le pensait en agglomérant ensemble des partis ayant choisi une alliance électorale au mépris de la vérité chiffrée, implacable, incontournable. 

Il est clair que le gouvernement de gauche est largement impopulaire et qu’il gouverne avec une confiance du peuple réduite à 15% au plus si l’on tient compte des abstentions. La majorité est à droite mais une droite profondément divisée en deux camps. La droite traditionnelle qui cautionne la politique qu’elle a mené durant les trois quarts du temps depuis 40 ans et une droite nationaliste, dite populiste ce vocable ayant intentionnellement un sens péjoratif. On peut s’interroger d’ailleurs sur ce mépris affiché pour le « peuple », comme si désormais représenter le peuple était une tare. L’ouvrier, qui vote à 50% pour le FN, ne serait-il que le représentant d’un peuple que l’on écoute plus dans les milieux bobos gauchistes et les milieux d’affaires, milieux d’ailleurs de plus en plus difficiles à distinguer ? Qui y-a-il de commun entre cette droite souverainiste et nationaliste et les partis qui nous ont gouvernés depuis 1974 ? L’euro ? Non ! La politique migratoire ? Non ! La libre circulation des capitaux, des hommes et des biens ? Non ! etc., etc. 

Il y plus de différence entre les partis souverainistes, nationalistes, populistes et les partis des majorités gouvernementales successives qu’entre ces majorités elles-mêmes. Force est de constater, qu’en dehors d’actions sociales et sociétales à la marge, les politiques de ces majorités sont blanc-bonnet et bonnet-blanc et que leur résultat n’est que la descente économique de notre pays, le chômage, l’augmentation de la pression fiscale, la diminution des prestations sociales, l’augmentation de la dette et l’engagement de nos forces armées dans des opérations extérieures de plus en plus nombreuses participant plus au chaos qu’à des buts humanitaires ou démocratiques. 

Nous ne sommes donc pas sortis du bipartisme mais nous vivons dans une démocratie de l’autisme, ce qui est évidemment paradoxal. Cette oligarchie dirigeante qui ne doit son accession et son maintien au pouvoir qu’à une ploutocratie mondialiste, n’écoute plus et ne cherche plus à comprendre ce que veulent les français. Elle les endort par des couches successives de démagogie. On n’en veut rien savoir, voilà qui résume tout. Finalement, cela équivaut à dire : seuls ont le droit de voter ceux qui sont « pour », les autres on s’en fiche, on les rejette hors du champ de ce que nous délimitons comme champ démocratique. Les autres, ce sont des parias. Que l’on y réfléchisse, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que les dominants ne reconnaissent qu’une forme de démocratie, celle qu’ils produisent eux même comme système de reproduction de leur domination ! 

L’essentiel est de garder le pouvoir mais ce pouvoir n’est pas légitime par l’adhésion des citoyens Français, il n’est légitime que parce qu’adoubé par les suzerains étrangers. Dans ce système, les sondages règnent en maîtres, même s’ils sont la voix des Maîtres, ils posent les questions…. mais pour ne pas avoir à entendre les réponses. C’est ainsi qu’un gouvernement désavoué par le vote laisse son premier ministre claironner qu’il ne changera rien aux actions en cours ou prévues même si son Président n’arrête pas de changer de cap. C’est en effet une façon élégante de prendre les français pour des cons. 

Non le bipartisme n’est pas mort, il se cache derrière un tripartisme dans lequel deux acteurs se disputent le pouvoir mais s’entendent pour que le troisième larron tire les marrons du feu sans pouvoir y goûter et ils poussent le feu pour que le troisième s’y brûle. On brouille les cartes par des sondages, où le peuple qui ne sait plus dans quelle direction on le mène, demande de ne pas changer l’action du gouvernement après avoir voté son désaveu de ce même gouvernement. Qui a dit « Le peuple veut un roi, car il a peur de lui-même » ? C’est gagné ! On évitera même peut-être un remaniement ministériel ou alors à minima. L’austérité n’ayant pas vraiment frappé notre pays comme en Espagne, en Italie, au Portugal, en Grèce et même au Royaume-Uni, il suffit de rester dans l’ombre de l’Allemagne et des Etats-Unis pour bénéficier à plein des concessions de l’UE à nos engagements et d’une conjoncture monétaire, financière et pétrolière favorable.  Pas de sortie de l’euro pour nous garder au chaud, pas de limitation de l’immigration pour ne pas froisser le patronat, pas d’appréciations dérangeantes mêmes comiques sur les communautés religieuses en les classant dans un racisme condamnable, on peut rester entre nous dans un bipartisme qui se fout du peuple. 

Seuls les grands bouleversements mondiaux qui se préparent 

Peuvent secouer la léthargie du peuple français. 

Espérons qu’il ne s’agira pas de catastrophes. 

Mais les puissants veillent à toujours… 

Tirer leur épingle du jeu… pas nous ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon