lundi 13 avril 2015

La croissance est-elle le remède contre : inégalité, pauvreté, précarité, exclusion ?


Notre gouvernement repousse toujours à plus tard le retour de la croissance, cela permet de gagner du temps et de donner l’illusion que demain il fera beau. On agite le chiffre magique du 1,5% de croissance au-delà duquel le chômage diminue. Ce chiffre n’est que le fruit d’expériences passées mais ne garantit en rien son effet dans l’avenir. Par ailleurs la pauvreté n’est pas liée qu’au chômage car le temps partiel peut engendrer la pauvreté et les aides sociales peuvent la faire disparaître. Mais la pauvreté est aussi liée à la précarité de l’emploi et à l’exclusion qui met rapidement dans l’extrême pauvreté. Les partis politiques de gauche et le gouvernement ont tendance à promouvoir la lutte contre les inégalités plutôt que contre la pauvreté. On brandit l’arme de la fiscalité. La lutte des classes et la lutte contre les inégalités du « il faut taxer les riches » sont des slogans mobilisateurs mais il n’y a pas de syndicat des SDF, symboles de l’exclusion. Or inégalité et pauvreté ne sont pas la même chose. 

Ce n’est pas en taxant les riches que l’on enrichit les pauvres, on diminue les inégalités mais les pauvres sont toujours aussi pauvres car l’argent récolté sur le 1% de la population ne donne que des fifrelins pour les pauvres même si la totalité de la somme leur est attribuée, ce qui n’est jamais le cas. Claire Melamed, directrice de l’institut contre l’inégalité et la pauvreté, écrit très justement à ce sujet : « Je crois que le problème est qu’il existe deux façons de percevoir les inégalités. La première est à propos des riches. La seconde est à propos des pauvres. La première est celle dont on entend parler. La seconde est celle qui compte. » Or il est évident que les inégalités ont tendance à croitre, tout simplement parce que la part salariale dans les revenus globaux ne représente que 53%, le reste est dans les revenus du capital. Or ces derniers croissent beaucoup plus vite que les salaires, d’ailleurs bloqués dans la fonction publique, et sont détenus par les plus aisés pour ne pas dire riches. 

La croissance est sensée amener de la richesse mais rien n’est dit sur la distribution de celle-ci. Elle est supposée lutter contre le chômage mais ce qui compte pour chacun d’entre nous, c’est le pouvoir d’achat. Sont déclarés pauvres les personnes ayant un revenu inférieur à 60% du revenu médian. Celui-ci est le revenu qui partage la population au-dessus et en-dessous en nombre égal. Mais le pouvoir d’achat n’est pas lié qu’au chômage mais au revenu, à la fiscalité et à l’inflation. La croissance ne garantit ni un revenu ni le plein emploi. La lutte contre la pauvreté n’est présente que dans les aides publiques lorsque le plein emploi n’est pas garanti pour tous. Elle n’est pas incluse dans l’objectif de croissance, objectif prioritaire du gouvernement. La lutte contre l’exclusion ne l’est pas non plus puisque c’est justement le stade de pauvreté où l’on sort de la pauvreté encore aidée pour entrer dans celle de la solidarité humanitaire. L’Etat cesse pratiquement de s’intéresser à vous, vous atteignez le stade de la mendicité. 60 millions d’euros d’effacement de la dette du Mali, c’est un geste, mais ne pas donner de quoi vivre décemment à tous montre que la lutte contre les inégalités, en prenant dans une poche de citoyen pour mettre dans une autre, préoccupe plus que la lutte contre la pauvreté. 

Pour lutter efficacement contre la pauvreté il faut déjà en déterminer les causes. La première est sans nul doute la mondialisation. Dès lors que la mondialisation a pu prendre son essor, les capitaux occidentaux se sont progressivement déployés au sein des pays à bas coût du travail. Les salariés les moins qualifiés des pays développés se retrouvent, logiquement, face à une nouvelle en concurrence. La mondialisation conduit à l'affaiblissement des plus fragiles au sein des pays occidentaux. A la montée d’une moyenne classe chinoise a correspondu une augmentation du nombre de travailleurs de la classe pauvre étatsunienne comme le montre les études économiques de l’institut Brookins en 2013 par Elsby, Hobijn, et Sahin : la concurrence internationale, notamment des bas salaires asiatiques, explique pour 85% la chute de la part des salaires par rapport à celle du capital aux Etats-Unis. Elle fait passer la part de 57,1% des salaires dans les revenus globaux en 1987 à seulement 53,3% en 2012. 

Dans le même ordre d’idées, il faut pointer les progrès technologiques. Cette évolution a toujours existé depuis les métiers à tisser mais depuis les années 80 elle s’accélère de plus en plus. Selon les économistes Frey et Osborne, 47% des emplois actuels seraient susceptibles d’être automatisés au cours des 15 prochaines années. Entre les moins qualifiés confrontés au chômage et à la concurrence mondiale, et les personnes les plus qualifiées qui arrivent à s’insérer dans l’économie des nouvelles technologies du numérique, la fracture est totale. Tandis que les uns voient leurs salaires stagner sur une longue durée, les autres bénéficient du jeu de l’offre et de la demande et voient leurs salaires progresser de façon considérable. Les sociétés contemporaines sont confrontées à l’arrivée massive de la robotisation et de l’automatisation. Ici encore, ce sont les emplois les moins qualifiés qui sont directement menacés. 

Le chômage est un indicateur largement médiatisé et le plein emploi apparaît de plus en plus comme un mythe, un fantasme devenu inatteignable. La barre des 5% de chômeurs, niveau considéré comme acceptable et comme étant la somme des arrêts courts entre deux emplois, a disparu depuis 1980 après les trente glorieuses. C’est une cause fondamentale de l’installation du phénomène inégalitaire en France car il réduit les possibilités de négociation des salariés et touche principalement les moins qualifiés. Les inégalités sociales sont aggravées par les modifications progressives des  structures familiales, plus précisément, un facteur aggravant de la pauvreté. En effet, comme l’indique l’INSEE :
« Le nombre de familles monoparentales ne cesse de croître depuis quarante ans. Elles sont aujourd’hui 2,5 fois plus nombreuses qu’en 1968. (…) En 2005, 1,76 million de familles sont composées d’enfants de moins de 25 ans et d’un seul parent, leur mère le plus souvent. Depuis les années soixante, la part des familles monoparentales ne cesse de grandir du fait de la fragilité accrue des unions parentales. Seule la moitié des mères de famille monoparentale occupent un emploi à temps complet, alors qu’elles fournissent en général l’essentiel des revenus du ménage. » Il pointe ainsi ce facteur aggravant : « C’est dans les ménages exposés au chômage ou à l’inactivité que la pauvreté des enfants est la plus fréquente. Au contraire, vivre avec deux parents actifs occupés préserve les enfants de la pauvreté. »


Enfin il faut bien constater que le chômage et les niveaux de revenus dépendent largement du niveau d’éducation des personnes, toute aide apportée dans ce domaine tend à réduire les inégalités. On touche bien là au distinguo à faire entre inégalité et pauvreté. La raison est qu’une grande part des inégalités de revenus se situe au sommet de la distribution des revenus. Par contre c’est au bas de la pyramide des revenus que l’éducation est fondamentale pour la lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion. L’éducation, élargie à la formation est indispensable. Il faut cultiver l’adaptabilité et l’envie de connaissances dès le plus jeune âge. C’est l’arme pour la vie. 


Enfin la lutte contre la pauvreté ne peut être gagnée sans une politique de dosage de l’immigration, une politique familiale qui permette aux plus démunis de garantir à la nation un taux de fécondité permettant le renouvellement des générations. La croissance peut générer de la pauvreté et la lutte contre celle-ci ne peut être efficace que dans une politique délibérée gouvernementale. L’appel à la charité publique n’est que l’abandon d’une lutte où la solidarité passe d’abord par l’Etat. Mais n’oublions pas que le plein emploi, arme fondamentale de la lutte, passe par un nombre suffisant d’emplois proposés et la capacité d’un individu à les exercer. 

On a de plus en plus besoin de têtes bien faites plutôt que bien pleines. 

De la soif d’apprendre manuellement ou intellectuellement 

Vient l’aptitude aux connaissances fondamentales 

Et celle de l’adaptabilité nécessaire à… 

La survie dans un monde changeant ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon