dimanche 26 avril 2015

Flux et politique migratoires ou nombrilisme et incompréhension ! (1ère partie)



Lampedusa et milliers de noyés dans le cimetière méditerranéen, Droits de l’Homme et actions militaires en terre d’Islam, développement des mosquées et attentats, perte de laïcité et antiracisme, tous ses binômes sont interdépendants. Les chiffres de morts frappent les esprits et les politiques lisent la une des médias avec suffisamment d’inquiétude pour s’empresser de donner l’image de responsables préoccupés et actifs avant que les peuples les y obligent. Comme on pouvait s’y attendre les mesures prises ne concernent pas les causes de l’immigration – ou si peu -  mais la protection de nos côtes devant l’afflux massif d’émigrants. On va détruire leurs embarcations. On se demande d’ailleurs bien commun on va les repérer surtout s’ils sont amarrés aux côtes libyennes, pays sans représentation politique fiable. Par ingérence comme d’habitude ?

On voit mal la détection des rafiots « migrateurs » sinon leur destruction en mer comme l’on fait les égyptiens, ce qui permet du même coup de supprimer les migrants et l’embarcation ! Les embarcations étant de toutes tailles, on voit mal cette opération empêcher leur arrivée sur les côtes européennes. La surveillance en mer va se traduire par un recueil plus important de migrants, des vies humaines sans doute sauvées mais l’arrivée massive sur le continent n’en sera que renforcée. Malgré tout, des êtres humains, hommes et femmes, jeunes et vieux, continueront à mourir pour atteindre l’Europe. On ne peut se satisfaire d’en sauver certains. Il y a du nombrilisme dans l’attitude de stoppage de l’immigration par destruction des bateaux et emprisonnement des passeurs, souvent simples exécutants. On cherche à se protéger en enlevant aux migrants potentiels une possibilité d’échapper à l’enfer dans lequel ils vivent. Il y a de l’incompréhension dans la motivation de ces êtres humains pour lesquels mieux vaut la mort que ce qu’ils vivent. 

Fatou Diome, d’origine sénégalaise et auteur de « La traversée de l’atlantique », a livré une analyse bien plus aboutie que tout ce qu’on a l’habitude lire dans les médias européens lors de son passage à l’émission de la chaîne française France 3. « Ces gens-là qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’était des blancs, la terre entière serait en train de trembler ! Mais là, ce sont des noirs et des arabes (…) Si on voulait sauver les gens, on le ferait, mais on attend qu’ils meurent d’abord ! Et on nous dit que c’est dissuasif, mais ça ne dissuade personne, car celui qui part pour sa survie, considère que sa vie (qu’il peut perdre lors du voyage) ne vaut rien, celui-là n’a pas peur de la mort ! »

A l’intervention d’un autre invité : « C’est pour cela qu’il faut fermer les frontières … », Fatou Diome répond : « Monsieur, vous ne resterez pas comme des poissons rouges dans la forteresse Européenne ! A l’heure d’aujourd’hui, l’Europe ne sera plus jamais épargnée, tant qu’il y aura des conflits ailleurs dans le monde (…) » Puis de rajouter : « Monsieur, je vous vois bien habillé, bien nourri, peut être que si vous étiez affamé chez vous, peut être que votre famille serait ravie d’imaginer que vous pourriez aller gagner ce qui pourrait faire vivre les autres (…) ». Elle conclut : « Alors il faut arrêtez l’hypocrisie, on sera riche ensemble ou on se noiera tous ensemble !  » 

Tout est dit. D’un côté il y a une Europe qui peut soit offrir du travail aux nouveaux arrivants soit les accueillir sur une terre de secours au nom des Droits de l’Homme où les migrants trouvent une assistance pure et simple lui permettant de vivre dans des conditions bien meilleures qu’au pays d’origine. De l’autre il y a un continent africain, dont la fécondité est sans comparaison avec la nôtre, n’offrant, pour la plupart de ses enfants, que la misère, les luttes ethniques et religieuses, les humiliations, les viols. La gestion d’un flux migratoire ne peut être celle qui consiste à débrancher le tuyau arrivant à la baignoire (destruction des passeurs et des bateaux) ni celle d’éponger l’eau de la baignoire qui déborde sans fermer le robinet (assistanat des émigrés). Aucun problème ne peut être vraiment résolu sans en supprimer les causes. Si le tabac est la cause de votre artérite, le premier geste est de le supprimer. Si nos interventions militaires en terre d’Islam attisent la haine de l’Occident, il faut d’abord les arrêter. Le Kenya en offre un bel exemple. Il est le théâtre d’attaques attribuées aux islamistes depuis qu’il a envoyé son armée combattre les shebabs dans le sud somalien en octobre 2011.

Cet arrêt des guerres n’est qu’une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante. Il faut donc que l’Europe se dise que son avenir est lié à l’Afrique et que ces deux continents non seulement sont liés mais ne font qu’un. Comme l’Italie soutient la Calabre, comme la France soutient la Corse, l’Europe doit soutenir l’Afrique bien au-delà d’accords sur les ressources minières et vivrières. C’est la mise en place d’une politique conjointe de développement incluant les aspects économiques, sanitaires, sociaux,  éducatifs, migratoires, démographiques, etc. Ce n’est pas des pourtours de la Méditerranée dont il s’agit mais de l’Eurafrique, comme il nous faut penser Eurasie. Alors seulement l’Europe jouera son rôle dans l’histoire des peuples. Une nouvelle Europe est à construire par ses peuples bien au-delà de l’économie des banquiers et des lobbies. 

C’est d’une Europe visionnaire dont a besoin notre pays.

Sa gestion boutiquière à la solde des puissants 

Ne nourrit qu’un esclavage moderne

Sans autre avenir que la mort ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon