mardi 7 avril 2015

Etes-vous sûrs de posséder encore votre argent ?



C’est ce que croyaient ces petits épargnants portugais qui avaient leur argent dans la Banque Esposito Santo. Celle-ci a fait faillite en août 2014, ensuite démantelée et recapitalisée par l’Etat, elle a définitivement été mise en faillite par décision de justice en octobre. Leurs larmes ne leur rendront pas leur argent. Car celui-ci n’était que des chiffres dans un ordinateur, il n’était pas dans leur poche. Les faillites bancaires sont des événements dramatiques pour les épargnants, et pourtant pas si rares si on regarde l’Histoire récente des faillites bancaires. Depuis 2000, pas moins de 543 banques ont fait faillite aux USA dont 140 pour la seule année 2009. En 2015, année où tout va bien mieux (ironique), nous avons 5 banques en faillite en Europe et 4 aux USA.

Les médias français se gardent bien de faire la une de ces faillites et laissent entendre qu’en France tout va bien du côté bancaire. Les grandes banques sont déclarées « too big to fail », trop grosses pour faire faillite, à savoir la BNP, la Société Générale, la banque populaire Caisse d’Epargne, et le Crédit Agricole. Nous pouvons donc vivre tranquilles sauf que dans le Monde Economie, on pouvait lire à propos de la BES portugaise en juillet : « La principale banque du Portugal dément tout risque de faillite » et « Ses épargnants peuvent être tranquilles » ! Un certain nombre de français qui vont passer leur retraite dans ce pays ont cependant vu leurs dépôts bancaires effacés d’un simple clic. 1 mois plus tard, on apprend que le Crédit agricole possède 14.6% du capital de la banque en question et que le « Crédit Agricole est en difficulté » ! Mais bien sûr nous sommes rassurés, car la BCE veille à la stabilité du système financier… 

Le  11 mars 2015, on apprend dans La Tribune que l’Autriche est menacée du défaut d’un de ses Länder, la Carinthie et qu’elle a refusé de renflouer une banque nationalisée, le Hypo Groupe Alpe Adria. C’est un désastre pour l’Autriche qui cherche comment s’en sortir. Le 16 mars on apprend que la 4ème banque d’Andorre est secouée par un scandale de blanchiment d’argent et de lien avec la mafia suite à une plainte américaine ! La mafia a bon dos mais les épargnants vont tout perdre. On apprend également que la banque centrale d’Espagne a pris le contrôle de la filiale espagnole de la BPA le 10 mars, filiale qui a déposé le bilan suite à une "très forte détérioration financière (...) conséquence des importants retraits de fonds de clients".

Le 15 mars 2015, l’Agence Reuters publie un communiqué sur une banque locale allemande DüesselHyp en difficulté  qui a été reprise par la fédération des banques privées allemande (BdB), suite au dépôt de bilan de la banque autrichienne citée ci-dessus. Cette annonce est suivie d’un nouveau communiqué : « l’Allemagne dit qu’il s’agit d’un cas isolé » ! Autrement dit qu’il ne s’agit pas de risque systémique, sauf que la Banque portugaise réagit sur le Crédit Agricole, la banque d’Andorre sur la banque espagnole, la banque autrichienne sur la banque allemande. Pour la banque espagnole, on nous informe que, par chance, la banque n’est pas systémique et qu’on pourra rendre les dépôts des 15 000 clients de cette petite banque jusqu’à 100 000 euros. Pour ceux qui avaient plus, dommage, et bien fait pour la mafia ! 

Mais intéressons-nous à l’Italie. « On est focalisé sur la Grèce mais la situation des banques italiennes est tout aussi problématique », prévient l’économiste Jacques Sapir auteur de Faut-il sortir de l’Euro ?  « Les prêts douteux augmentent sans cesse. Ils sont proches de 15 à 20 % là où ils devraient être à 5%. Il y a en tout cas un parallèle à faire avec la Grèce qui a connu une poussée très forte des prêts non performants en 2010-2011 ». Intesa Sanpaolo, première banque italienne et troisième plus grand groupe bancaire européen, a par exemple vu ses crédits à risques passer de 5% en 2008 à 17% en 2015. La deuxième plus grosse banque du pays, UniCredit, détient elle plus de 14% de ces prêts douteux, beaucoup plus que les banques françaises comme le Crédit agricole (3,8%) où BNP Paribas (6,6%)Mais l’un des gros problèmes est le niveau de fonds propres des banques qui est très bas. Cette faiblesse a d’ailleurs été mise en lumière par les tests de résistance de la BCE, en octobre, puisque neuf banques italiennes sur les 15 soumises à l’exercice ont échoué. Elles vont devoir présenter en juillet à la banque de Francfort un plan de reconstitution du capital.

L’Italie file du mauvais coton et a besoin d’une relance économique vigoureuse pour s’en sortir. Si ce n’est pas le cas, elle peut, elle-aussi, être en difficulté ainsi que ses nombreuses banques sous l’effet des prêts douteux ou d’un vent de panique chez les épargnants qui assècherait rapidement leurs faibles réserves. Dans un monde où l’éclatement d’une nouvelle bulle financière est annoncé par certains économistes et où cette fois certains états sont en difficulté, l’argent des épargnants mis dans les banques ne leur sera pas forcément restitué. L’argent déposé ne nous appartient plus, ne l’oublions pas. La Banque le restitue a votre demande si elle peut et comme elle veut. 

Le jour où la banque ferme ses portes, l’épargnant est tout nu.

Il n’est point plus sûre cassette que celle d’Arpagon ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon