vendredi 17 avril 2015

Enseignement : une descente programmée…



Une nouvelle ministre veut dire une nouvelle loi sur l’enseignement. Il en est ainsi depuis quarante ans. Mon âge et le suivi de la scolarité de mes enfants et petits-enfants me permettent de l’affirmer, notre enseignement va de mal en pis. Les statistiques internationales ne viennent que corroborer cette vision forcément subjective. Les nouveaux programmes d’enseignement se succèdent…pour accompagner une descente vers la médiocrité. A tout seigneur, tout honneur, la première innovation destructrice fut la méthode de lecture globale, responsable de dyslexie et de dysorthographie. Le recul sur l’apprentissage par tous de la lecture venait de débuter même si une méthode mixte, plus syllabique que globale a finalement été enseignée. Tout a commencé réellement après mai 68, le temps que son impact se fasse sentir sur le rapport élève-enseignant et que la recherche de la nouveauté s’impose comme une indispensable évolution. Il se trouve que mon aîné entrait en sixième à cette époque de 1970. Que s’est-il passé ?

Dans le rapport élève-enseignant un tutoiement s’est progressivement introduit chez un certain nombre d’enseignants. Le phénomène n’étant pas général, un clivage s’est introduit dans le milieu enseignant. Puis certains dogmes ont été remis en cause, celui de l’orthographe par exemple. Inquiets du nombre de fautes d’orthographe faites par notre fils, nous nous en sommes inquiétés auprès du professeur principal. La réponse fut catégorique : « Arrêtez de l’ennuyer avec ça, on va bientôt passer à l’orthographe phonétique. » Manière de se débarrasser des parents ou pas, il faut reconnaître que ces propos étaient prémonitoires des SMS de nos jeunes du style : « ké ke tu fé ». Ce fut aussi la grande arrivée de l’anglais parlé, enseigné à base de séance de magnétophones permettant de voir les enfants époustoufler leurs parents avec un accent proche de celui de la BBC dès les premières leçons. Les verbes irréguliers et la grammaire furent rejetés au second plan. C’est ainsi que l’on a eu des ingénieurs qui ne lisaient plus l’anglais correctement alors qu’ils  avaient souvent à le faire mais avaient très peu d’occasions de le parler. 

Ce fut ensuite l’arrivée des maths modernes que les enseignants n’avaient pas appris eux-mêmes et qu’ils avaient grand mal à enseigner, sans parler des parents devenus incapables d’apporter une aide. Si cet apport donnait un squelette des maths beaucoup plus cohérent et plus ouvert pour des études supérieures, il n’avait aucun intérêt ni pour les élèves s’orientant vers d’autre types d’études ni pour ceux qui quittaient le lycée en troisième. Ce fut le même scénario avec l’arrivée des ordinateurs portables et des enseignants mal ou pas informés. Beaucoup de temps et d’argent furent dépensés en pure perte. Pendant que dans un certain nombre de lycées la désorganisation d’après 68 faisait son œuvre, avec un laxisme rapidement pris en compte par les élèves, la drogue pointait son nez et le rapport avec le sexe commençait à introduire des écrits à la porte des lycées sur la masturbation.

Ce n’était déjà plus l’époque bénie que j’avais connue où à la sortie de la troisième on pouvait postuler pour un emploi dans une banque et à un poste d’enseignant stagiaire du primaire après le baccalauréat. L’enseignant était respecté et les parents lui donnaient raison avant de le faire pour leur progéniture. Ces derniers ne se mêlaient pas de tout dans les programmes, la manière d’enseigner, le fonctionnement interne, etc. L’enseignant ne craignait pas d’être désavoué aussi par le chef d’établissement qui connaissait le métier et n’était pas un simple administratif comme on le veut aujourd’hui. Etait-ce bien ou mal ? La réponse peut être nuancée sur le plan d’une osmose nécessaire entre enseignant, parent et élève mais, sur le plan des résultats scolaires, ceux-ci étaient indubitablement meilleurs. Tout élève rentrant sur examen en sixième savait lire correctement, faisait moins de 5 fautes d’orthographe, les fractions n’avaient pas de secret pour lui. Il en était de même pour ceux qui étaient dirigés vers le Certificat d’Etudes en fin de scolarité, car on ne connaissait pas le Collège unique. 

Les choses étaient claires. Le Certificat d’Etudes poussait vers les métiers manuels où l’on trouvait rapidement du travail. Le lycée dirigeait vers les études supérieures. Le primaire donnait le bagage suffisant pour exercer un métier manuel comme apprenti puis ouvrier et peut-être patron avec une connaissance culturelle de base de la géographie de notre pays, de son histoire, de la laïcité et de la démocratie. Chacun trouvait sa voie et le manuel avait autant de chances de réussite professionnelle que l’intellectuel. Les fondamentaux de l’enseignement, savoir lire, écrire et compter étaient acquis dès la fin du primaire pour les moins doués. Les classements ne heurtaient personne et le bon élève était récompensé, le mauvais encouragé. On n’avait pas 17/20 en 5ème avec 7 fautes d’orthographe comme je l’ai vu récemment. On ne connaissait pas les notations A, B, C puis A+, B- etc. Le tri des capacités intellectuelles ne se faisait pas en première année de faculté après un bac donné à 80% des élèves. Ceux-ci étaient triés depuis le primaire mais les portes de sortie existaient jusqu’en seconde pour des enseignements plus professionnels.

Tout cela c’était avant et on ne peut nier que la société et l’environnement, dans lequel elle baigne, ont changé. Il faut évoluer certes mais toute évolution doit être prudente, progressive et ne pas rejeter ce qui a marché sous prétexte que l’on va faire mieux. Le code Napoléon existe toujours, et l’on n’a fait que l’adapter. La dernière évolution proposée tombe dans ce travers et oublie que le but de l’enseignement est de préparer au mieux notre jeunesse à exercer un métier. Cela nécessite des connaissances de base pour en acquérir d’autres et avant de pouvoir réellement en discuter et s’en servir. On reste sur cette erreur fondamentale d’une pédagogie qui veut faire découvrir à l’élève seul ou en groupe ce qu’autrefois on s’ingéniait à lui enseigner et à lui faire utiliser ensuite. On perd ainsi du temps et on le disperse en plus dans des connaissances, certes non futiles, mais qui rognent en permanence sur celui de l’acquisition des fondamentaux, qui sont nommés ainsi parce que l’on ne peut pas s’en passer pour acquérir les autres connaissances. 

Les réformes succèdent aux réformes, mais elles n’amènent que des résultats décevants non pour les plus doués mais pour ceux qui n’ont ni les capacités ni les envies d’un enseignement les conduisant à un bac dévalué. Les sorties du lycée sans diplôme n’ont jamais été aussi importantes. Les possesseurs d’un bac n’ont jamais été aussi nombreux à ne pas pouvoir faire un cursus universitaire réussi et les diplômés n’ont jamais eu autant de difficultés à trouver un travail. Par contre de nombreux métiers manuels ne trouvent pas de personnel à embaucher et même souvent les formations n’existent pas. La course au nombre, à la justice sociale, a fait oublier que là comme ailleurs le mérite fait le tri entre les individus et cela pendant toute leur vie. On a oublié qu’un artisan sans diplôme peut mieux réussir qu’un infirmier diplômé. On a oublié que le berger peut continuer à s’instruire sur le développement durable en gardant ses moutons mais que pour cela… il lui faut savoir lire ! 

Former sa jeunesse est la tâche la plus importante 

De l’Etat et de tous les parents citoyens.

La rater c’est faire sombrer le pays 

Lentement mais sûrement ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon