dimanche 19 avril 2015

Allemagne-France face aux énergies renouvelables


Le 3 décembre 2014, le conseil des ministres allemand a adopté un plan d'action qui doit permettre au pays d'atteindre ses objectifs de réduction de CO2 d'ici 2020, en combinant économies d'énergie, limitation du recours au charbon et mesures ciblées dans les transports. Si l'Allemagne, première économie européenne, continuait au rythme actuel, elle manquerait de six à sept points son objectif de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2020. Avec le programme adopté le pays veut combler la différence, c'est-à-dire générer, d'ici 2020 au moins, 62 millions de tonnes supplémentaires de réductions d'émissions de dioxyde de carbone.La plus grosse contribution à ces réductions (25 à 30 millions de tonnes) viendra de mesures d'efficacité énergétique, par exemple grâce à des incitations fiscales à la rénovation du parc immobilier pour économiser du chauffage et de l'eau chaude.

Le chiffre finalement retenu se traduit par une réduction annuelle de 4,4 millions de tonnes, sur un total de rejets de CO2 d'environ 300 millions tonnes par an de la génération d'électricité. Pour beaucoup d'associations écologistes et pour l'opposition verte, qui réclament une sortie complète du charbon, le plan du gouvernement est beaucoup trop timoré à cet égard. Ailleurs, le transport devra réduire ses émissions de sept à dix millions de tonnes, par le biais notamment d'une augmentation des tarifs du péage pour les camions les plus polluants. Les automobilistes auront droit à des formations à l'usage économe de carburant. L'agriculture sera elle aussi mise à contribution sous forme entre autres de restrictions à l'utilisation d'engrais.
 
On notera le faible impact de la production électrique sur la réduction des Gaz à Effet de Serre (GES) avec seulement 7% du total prévu. Ceci contraste avec le développement des énergies renouvelables (EnR) annoncé. La totalité de la production d'électricité nucléaire peut être remplacée dès 2020 par de l'électricité d'origine renouvelable, avant la date d'arrêt des derniers réacteurs prévue en 2022, puisque la production d'électricité renouvelable augmentera entre 108 et 180 TWh selon les projets. Celle-ci a déjà augmenté de 52,6 TWh entre 2010 et 2014 (de 104,8 à 157,4 TWh), alors que le nucléaire a reculé de 43,7 TWh. On peut y voir là la résistance des propriétaires des centrales au charbon et la nécessaire compensation par les énergies combustibles à l’intermittence des EnR. L’essentiel du gain sur les GES viendra des réductions obtenues sur le parc immobilier et le transport. Les EnR n’y seront pas pour grand-chose. 

A titre indicatif, la proportion d’électicité consommée à partir du charbon et du lignite est en augmentation de 8% et est passée de 42,7% en 2010 à 46,1% en 2014. On voit bien que l’introduction des EnR n’entraîne pas une diminution des GES émis, bien au contraire, les centrales au charbon étant les plus polluantes. Comme par ailleurs le coût des EnR est largement supérieur au coût du KWh nucléaire, en particulier pour l’énergie photovoltaïque, le choix énergétique allemand ne paraît être ni économiquement justifié ni répondre à un but de de diminution des GES. C’est un but politique pour suivre la demande écologiste, forte en Allemagne. L’Allemagne, engagée réellement dans les EnR depuis 2000, a fait le choix en 2011 de sortir complètement et définitivement de la technologie nucléaire pour sa production d’électricité d’ici 2022 tout en souhaitant valoriser massivement les énergies renouvelables éolienne et photovoltaïque.

Il s’avère que le coût à payer par l’Etat, et finalement le consommateur, est beaucoup plus élevé qu’en France (en 2012 338,75 $/MWh en Allemagne contre 174,77 $/MWh en France, soit près de 2 fois plus). Par ailleurs si l’impact sur les GES de la politique allemande lui a fait gagner sur le contenu carbone de la production d’électricité jusqu’en 2010, l’augmentation du pourcentage d’énergie thermique, surtout par le charbon et le lignite, se fera obligatoirement sentir à moins que la production totale baisse. La diminution des GES n’est pas, et ne peut pas être obtenue par la politique des EnR, contrairement à ce que laisse croire le plan énergétique allemand, mais ailleurs (parc immobilier, transports, etc.). Le seul gain possible est de remplacer les centrales au charbon par des centrales au gaz moins polluantes. 

En raison d’une structure économique et sociétale différente, la situation énergétique de la France et de l’Allemagne est actuellement très contrastée. A ces éléments s’ajoutent des choix historiques de stratégie énergétique différents, en particulier pour la production électrique : la France a choisi de se tourner vers la technologie nucléaire dès les chocs pétroliers des années 1970, tandis que l’Allemagne a privilégié les sources fossiles (gaz, charbon, lignite, fioul) pour assurer sa production électrique. Cela conduit à dessiner deux panoramas énergétiques bien distincts de part et d’autre du Rhin, ce qui se reflète par des émissions de GES allant du simple au double entre la France et l’Allemagne. J’ai pu constater de visu combien l’air été chargé dans les régions où les fermes d’éoliennes et les centrale thermiques allemandes sont associées. Il en est de même en Pologne. Ne nous étonnons pas de voir la région Lilloise et Paris envahis par des particules fines par vent d’Est. 

L’Allemagne a déjà dépensé des centaines de milliards pour développer les EnR mais son électricité est l’une des plus chères du monde pour un impact sur les GES qui ne peut être que négatif. L’arrêt du nucléaire ne répond donc qu’à une politique non pas écologique mais écologiste. La dangerosité des centrales nucléaires n’a nullement été prouvée en France et le Royaume-Uni relance le nucléaire. On ferait bien en France d’éclairer les électeurs sur l’erreur économique de nos amis allemands et cesser de faire croire à nos concitoyens que la solution est dans les EnR avec arrêt, même partiel, du nucléaire. Même si, comme le pense un nombre grandissant de scientifiques, les GES n’ont qu’un impact dérisoire sur le réchauffement de la planète, il n’en reste pas moins que ces EnR ne diminuent pas notre indépendance (concurrence industrielle de la Chine, terres rares, etc.) et s’avèrent un gouffre financier… que l’Allemagne peut encore se permettre, pas nous !

 Il serait triste pour la France que l’expérience allemande 

N’ouvre pas enfin les yeux de nos concitoyens

Sur l’erreur de leurs choix énergétiques ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon