samedi 14 février 2015

Union Européenne : la fracture !



Au moment où l’on nous montre à satiété les gestes d’amitié échangés entre Angela Merkel et François Hollande à Minsk, au moment où l’on met en avant la solidité du couple franco-allemand, la réalité rattrape l’Eurogroupe dans sa discussion sur la Grèce. Elle a duré six heures et n’a donné aucun résultat, ce qui montre une profonde discorde. Il est de bon ton en France de déclarer que le projet grec est farfelu, irréalisable et que, si on ne continue pas l’austérité, ce sera pire. La solidarité européenne marche à l’heure allemande, c’est-à-dire : « les grecs n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes ».

Schauble, le Ministre des finances allemand, n’a jamais fait de cadeaux à la Grèce, pas plus qu’à Chypre, et l’opinion allemande, manipulée par les médias, tire à boulets rouges sur l’ambulance grecque. Le sentiment d’avoir fait les sacrifices nécessaires pour la réunification de l’Allemagne prévaut sur de nouveaux efforts dans la solidarité européenne. L’Allemagne est le principal contributeur des aides de l’UE et le peuple fait chorus pour arrêter d’être saigné. S’il est vrai que les grecs ne portaient déjà pas les allemands dans leur cœur à cause des souvenirs douloureux de la seconde guerre mondiale, le traitement que l’Allemagne inflige à ce pays n’arrange pas les choses. 

Autrement dit, pour les allemands les grecs n’ont que ce qu’ils méritent et pour Schauble, l’équipe Tsipras est irresponsable, inexpérimentée, utopiste et prisonnière de ses promesses pour se faire élire. C’est aussi ce qui est propagé dans les médias français. La banque Lazard, dont le sérieux est connu des spécialistes, estime à 110 milliards le besoin d’allègement de la dette grecque estimée à 320 milliards. Les besoins à court terme seraient de l’ordre de 10 à 15 milliards et, selon le Financial Times, de 37,8 milliards sur 3 ans. Les sommes en jeu sont à la fois hors de portée des Grecs, mais aussi hors de portée de tous les petits bricolages dont l’Europe a d’habitude le secret. Les ministres des Finances se réunissent encore lundi mais tout accord semble impossible.

Par contre l’enfumage politique et médiatique donne une image totalement déformée du nouvel attelage grec. Tsipras n’est pas homme à renier ses engagements vis-à-vis du peuple grec et son ministre des Finances, Varoufakis, n’est pas un bricoleur de l’ENA mais une grande pointure d’économiste. Il est considéré comme un économiste de très haute volée et de réputation mondiale. Ses positions sont non-orthodoxes et c’est l’un des rares, avec Steve Keen, l’Australien, à avoir compris le rôle de la création de crédit dans nos systèmes. Son analyse de la situation grecque est remarquable. En fait l’Allemagne et ses acolytes européens craignent la contagion et tout doit être fait pour que la punition de la Grèce soit exemplaire. 

La solidarité européenne craque, la note est trop lourde pour les Etats contributeurs. Ils ne veulent pas envisager de le demander à leurs peuples dans un contexte où les nationalismes progressent au fur et à mesure que l’idée de l’Europe protectrice se délite. Le Grexit est dans l’air mais l’Allemagne aimerait bien que la Grèce sorte d’elle-même pour ne pas en supporter la responsabilité. Les grecs sont sans doute venus chercher l’aumône sans grand espoir à partir du moment où ils rejettent le plan d’austérité de la troïka. Il est trop facile de rejeter l’ensemble de la responsabilité sur les grecs. Si les Grecs ont pu s’endetter, c’est parce qu’il y a eu des gens qui ont eu intérêt à leur prêter de l’argent. Si la Grèce a eu un déficit de sa balance des paiements, c’est parce que les pays du nord ont eu un excédent. La responsabilité mériterait d’être partagée mais la solidarité vole en éclats sous l’impulsion allemande.

Lorsque la crise grecque a commencé, on pouvait la résoudre avec 35 à 40 milliards d’euros. Nous sommes maintenant en présence d’une ardoise qui se monte à 320 milliards d’euros. Un écart colossal qui n’atteste que d’une chose : la solution de l’austérité qui a été imposée par les Allemands avec l’aide des Français était une Kolossale erreur. Même si les grecs ont réussi à avoir un budget primaire équilibré, conscients de ce qui les attendait, ils ne sont pas venus demander l’aumône sans avoir un plan B. On apprend que la Russie et la Chine invitent Varoufakis à venir les voir et la Russie ne s’est jamais cachée de son intérêt pour la Grèce et le passage d’un gazoduc dans ce pays. 

La dislocation de l’Europe est en cours, par l’éclatement des consensus à l’intérieur des différents pays et par la déstabilisation sociale qui en résulte. C’est le résultat d’un montage mal conçu au plan technique, illégitime en regard de la volonté des peuples et anti-démocratique dans son fonctionnement. Les peuples s’expriment de plus en plus ouvertement et de plus en plus forts malgré les efforts déployés pour que la contagion ne soit pas propagée par les médias. Seul le Guardian a publié les propos du leader espagnol de Podemos. Iglesias déclare : « le vent du changement qui est en train de souffler en Europe pourrait bien devenir une tempête et accélérer les changements géopolitiques, ceci avec des conséquences imprévisibles ». 

Lorsque la fracture s’ouvre et qu’on met le doigt dedans 

Ou la gangrène s’y met ou la chirurgie opère !

Question de vie ou de mort ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon