jeudi 12 février 2015

Ukraine : les raisons cachées d’un semblant d’accord



Il faut toujours observer le déroulement des réunions au sommet pour apprécier les raisons profondes qui expliquent les dates choisies et la longueur des pourparlers. La première remarque est que les accords de Minsk du 5 mai dernier n’ont pas résolu la situation ukrainienne mais depuis 8 mois les occidentaux ne manifestaient aucune fébrilité sinon de continuer à diaboliser Poutine et à aggraver les sanctions contre son pays. Ceci sous-entendait clairement que le conflit ne pouvait s’apaiser tant que Poutine ne se retirait pas du jeu pour permettre la normalisation et la récupération de l’ensemble du territoire ukrainien par Kiev. Ce dernier faisait quelques concessions aux insurgés désarmés de la Novorussia et tout était réglé. On pouvait continuer à pousser l’Ukraine dans l’UE et l’OTAN.

Tout-à-coup la guerre civile ukrainienne précipite d’abord Hollande à l’aéroport de Moscou pour rencontrer brièvement Poutine. Les américains resserrent leurs pourpalers avec Porochenko et l’urgence d’une réunion de « paix » se fait tout-à-coup connaître dans les médias. Il s’ensuit deux réunions de préparation à Kiev avec Porochenko, Merkel et Hollande, puis une réunion à Moscou avec Poutine, Merkel et Hollande où la réunion finale est prévue à Minsk les 11-12 janvier. Cette fois Porochenko, les insurgés, Merkel et Hollande doivent discuter ensemble. Juste avant Angela Merkel fait un voyage éclair à Washington pour rencontrer Obama. Après quatorze heures de négociations un semblant d’accord est publié. Les grandes lignes sont données mais il reste des points de désaccord à régler dans les détails d’application. 

Les médias saluent Hollande pour son initiative, il engrange provisoirement un satisfecit. Pourtant s’il y a un vainqueur c’est Poutine, car c’est lui qui a défini le timing et le lieu de réunion. Mais revenons sur le scénario. On voit que l’empressement occidental s’est brusquement élevé au point de définir un calendrier serré au plus juste et une réunion forcing pour trouver un texte commun à diffuser. Qu’il y a-t-il eu de nouveau dans la situation ukrainienne ? Celle qui apparaît d’abord c’est l’envoi d’un milliard de dollars par les Etats-Unis et la volonté du Congrès de fournir des armes « non-létales » à l’Ukraine. Pourquoi tout-à-coup ? Porochenko est en passe d’être défait militairement car 6.000 à 8.000 combattants de son armée sont quasiment pris au piège dans une nasse dont ils ne sortiraient pas sans pertes énormes.

Les Etats-Unis ont donc précipité une aide financière et militaire à l’Ukraine qui envisageait de mobiliser 100.000 hommes par tiers en 2015. Du coup on a pensé que ceci poussait Hollande et Merkel à craindre une extension du conflit avec la Russie et qu’ils faisaient pression sur les Etats-Unis pour que ceux-ci renoncent à leur projet. La réalité de leur motivation est tout simplement que dans la nasse de Denaltsevo qui piège l’armée de Kiev, il y a des combattants français et sans doute allemands, polonais, baltes et autres. La reddition de ces unités de Kiev et la découverte de notre présence serait ravageuse dans l’opinion occidentale. Il fallait faire vite pour trouver une neutralisation des combattants et un sauvetage des unités quasi-prisonnières. 

Angela Merkel a assumé la responsabilité d’en discuter avec Obama qui la considère comme le leader européen, n’en déplaise à Hollande. Elle est donc venue à Minsk avec un accord d’Obama. Mais pourquoi, lorsque l’on parle d’une guerre américano-russe par belligérants interposés, Obama n’est-il pas venu et a laissé faire alors qu’il est pressé par le Congrès de montrer sa force ? C’est qu’il y a une autre raison qui pèse sur lui et que Poutine a brandi. Poutine est en position de force vis-à-vis des européens pour la raison donnée ci-dessus mais il craint qu’Obama passe outre aux nouvelles réticences européennes. Il vient donc de dégainer une arme spécifique… les vues de ses satellites sur l’attentat du 11 septembre 2001 qui montrent que cet attentat a été préparé par la CIA et était sous contrôle. Il apporterait des éléments décisifs à tous ceux qui ne cessent de mettre en doute la véracité des thèses officielles dont même une membre de premier rang de la CIA elle-même qui vient d’écrire un livre.

Intox ? Il y a tout lieu de penser que non, si l’on regarde attentivement le déroulement du scénario de Minsk et les déclarations des uns et des autres. Obama avait de bonnes raisons de ne pas intervenir se gardant la possibilité soit de dénoncer (ou de faire dénoncer par Porochenko) l’accord passé le 12 février, soit de trouver un moyen de montrer spectaculairement au monde occidental les intentions d’annexion de l’Ukraine par Poutine. La CIA sait faire ce genre d’action. Néanmoins les reculades des membres de l’OTAN pour exposer l’explication du crash du MH-17 en réunion contradictoire avec les russes montrent que les Etats-Unis devront jouer bien et serré dans une machination antirusse. 

L’accord d’aller plus loin dans les détails de paix dans la négociation à Minsk est d’autant plus fragile car il n’a pas été fait avec l’accord de tous les membres de l’UE, en particulier la Pologne et les Etats-baltes qui sont dans le camp des jusqu’aux boutistes. Les Etats-Unis ne pourront pas se résoudre à lâcher l’Ukraine et pourriront la situation avec une pression constante sur l’UE. La solidarité franco-allemande ne tient pas sur les mêmes véritables intérêts économiques mais l’Ukraine est l’occasion ou jamais de montrer qu’ils sont les leaders européens et peuvent faire face aux Etats-Unis. L’exclusion de la Grande-Bretagne dans les pourparlers n’est pourtant pas un bon signe de la coordination de la politique extérieure européenne et posera rapidement problème. Le grand vainqueur est provisoirement Poutine. L’avenir est loin d’être dégagé comme l’a bien fait sentir Angela Merkel dans son intervention de ce matin :

« Nous avons maintenant une lueur d’espoir, nous avons convenu d’une mise en œuvre complète de Minsk. Mais les mesures concrètes doivent bien entendu être mises en place. Et il y a encore des obstacles majeurs à relever ». 

Ceux qui demandent des négociations urgentes

Ne sont jamais ceux qui sont les mieux placés 

Pour les diriger à leur profit ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon