jeudi 5 février 2015

Grexit pour la zone euro ? Brexit pour l’UE ?



L’Union Européenne entre en turbulence. La croissance européenne n’est plus au rendez-vous, sa dette ne cesse d’augmenter dans tous les pays de l’UE sauf aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne. La dette mondiale croît à un rythme effréné en particulier en Chine pour atteindre 200.000Md$ soit 28.000$ par habitant de notre planète (7,2 milliards d’habitants). Le système monétaire mondial est au bord de l’explosion.

C’est dans ce contexte un peu fou que l’Union Européenne se trouve confrontée à sa plus grave crise depuis sa naissance et même depuis celle de la CEE qui l’a précédée. L’eurozone est la première sur la sellette depuis plusieurs années et les plans de sauvetage se sont succédé. L’Allemagne n’a guère concédé à la solidarité et continué à pomper la richesse des pays du sud en particulier où se trouvent les économies les plus puissantes et importatrices, à savoir l’Espagne, l’Italie et la France. La BCE s’est bardée d’obligations souveraines de pays en difficulté et la zone euro a survécu tout en creusant les inégalités entre pays riches et pauvres. 

Nous sommes arrivés au moment où les pays endettés, sous la pression allemande, ont réduit leurs importations. Principale bénéficiaire, l’Allemagne voit son marché européen se réduire en volume d’exportation et sa croissance se rapproche donc de la moyenne européenne. La Grèce en est arrivée au point de rupture entre la souffrance dans l’austérité dirigée sur le peuple, et le milieu bancaire et des multinationales. Le peuple grec a tiré la sonnette d’alarme et ce petit peuple devient le caillou dans la chaussure de la zone euro, caillou qui va la stopper.

Car le moment est particulièrement important. Tout se conjugue et la guerre en Ukraine, donc en Europe, n’est pas le moindre évènement qui va influer sur le destin de l’UE. Car il faut bien appeler un chat un chat. Il s’agit bien d’une véritable guerre quand on parle de la mobilisation de 100.000 hommes du côté de Kiev et que l’on compte 7.000 morts dont 500 enfants, des centaines de milliers de personnes déplacées. La guerre dans le Donbass, l’armée de Kiev pilonne toujours Donetsk, mais a perdu le contrôle de l’aéroport, se voit menacée autour de Marioupol mais surtout 7 à 8000 de ses hommes se trouvent pris dans une nasse où les vivres et les munitions sont de plus en plus difficiles à acheminer. 

 

Le moment est critique pour Kiev car la population résiste à la mobilisation et l’armée renâcle de plus en plus à combattre contre ses concitoyens. Un parti « Antiguerre », dont le leader est une femme députée de Kiev, traite les dirigeants, derrière Porochenko, de criminels de guerre. Si la nasse se referme complètement, c’est la défaite de Kiev. Le pouvoir est acculé et américains et européens se portent à son chevet comme Kerry, Merkel et Hollande aujourd’hui. Tout le monde va se retrouver à Moscou qui a toujours milité pour une Ukraine permettant une large autonomie aux différentes régions. La volonté sous-jacente des Etats-Unis de ne pas exclure une guerre mondiale fait peser sur nous un énorme danger. 

C’est la réunion de la dernière chance mais la solution ne sera négociée finalement qu’entre russes et américains. Le chef d’Etat-Major des forces armées ukrainiennes vient de reconnaître qu’il n’y avait pas d’unités de combattants de l’armée russe dans ce pays. C’est un tournant, les masques tombent. Les Etats-Unis vont devoir choisir entre la guerre avec des combattants de l’OTAN sur le terrain et un affrontement avec la Russie ou exclure la présence de l’OTAN en Ukraine et admettre une fédération ukrainienne. L’inclusion de l’Ukraine dans l’UE serait remise en cause de toute façon.

La victoire de Syriza est un élément qui remet la Russie en selle dans l’avenir de l’UE. C’est vers la Russie que va se tourner la Grèce pour ne pas accepter des conditions insupportables de la part de la zone euro. Elle est sûre d’y trouver une oreille attentive dans une vision géopolitique qui se terminerait par la sortie de la Grèce de la zone euro. N’oublions pas que la Grèce a mis son véto aux nouvelles sanctions contre la Russie. C’est donc à une formidable partie de bras de fer qui se joue entre UE, USA, Russie où la Grèce et l’Ukraine sont au centre du jeu. Le Grexit est donc dans l’air avec tous les bouleversements que cela peut entraîner sur l’UE avec un éclatement possible et, si la guerre est évitée, cela peut être une grande chance pour une nouvelle Europe, celle des peuples. 

En effet en dehors de l’Espagne qui va aussi montrer l’impatience de son peuple avec Podemos, le Royaume-Uni peut voter son indépendance dans les prochains mois à venir. Au Grexit peut s’adjoindre un Brexit et une demande de révision des traités provenant de l’Espagne, à laquelle peut s’adjoindre le Portugal, l’Irlande et peut-être l’Italie. On voit que la partie qui se joue dépasse largement l’effacement de la dette grecque. Elle met en cause la guerre froide USA-Russie, les rapports UE-Russie, la présence de l’OTAN en Ukraine, la stabilité de la zone euro voire des traités de l’UE.

L’ultimatum de la BCE de ne pas prendre en compte la dette grecque est significative. Elle suit celle de renvoyer les pays européens devant leurs responsabilités et de mettre à contribution les banques centrales de chaque pays à hauteur de 80% pour les liquidités prévues à hauteur de 1140 milliards. Dans l’esprit de la BCE, il est clair que celle-ci s’apprête à des évènements majeurs sur la zone euro où l’Allemagne va se trouver devant des choix cornéliens. 

Grâce à la Grèce, l’Union Européenne va réaliser

Qu’elle n'est qu'un colosse aux pieds d’argile 

Tiraillé entre l’Euro-atlantisme d’hier

Et l’Eurasie de demain ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon