mercredi 11 février 2015

Ingérence occidentale ou génocide ?

Il va falloir que les peuples occidentaux et en particulier la France comprennent que les ingérences que nous faisons dans des guerres civiles ressemblent à des génocides ou que les « printemps arabes » que nous encourageons tournent à des « printemps catastrophes ». Comment peut-on vendre la démocratie en tuant des milliers voire des centaines de milliers d’êtres humains parfois à peine nés ? Rien ne semble arrêter notre folie meurtrière où l’on se réserve le droit de choisir les bons et les méchants. Quand arrêtera-t-on cette hypocrisie de la démocratie à imposer au monde entier et cette couverture des Droits de l’Homme, qui n’ouvre que des charniers ?

J’ai honte pour notre peuple désinformé, croyant aveuglément soutenir de bonnes causes, peuple à qui l’on cache l’horreur que nous répandons sur le monde. On nous montre nos avions, notre porte-avion parti en campagne de six mois au plus, nos dirigeant reçus les bras ouverts par les bons. On enterre au son de la Marseillaise nos soldats, on donne des médailles militaires et on n’en parle plus. Comme toujours ils ont fait leur devoir pour porter haut les couleurs de la France ! Hypocrisie ultime avant que les cercueils rejoignent les familles, ils ne sont pas morts pour défendre notre pays, pas morts pour défendre les plus hautes valeurs de l’humanité mais pour garantir nos intérêts économiques et stratégiques. Pire c’est de plus en plus non pas les nôtres mais ceux des américains. 

L’Afghanistan c’était contre Al-Qaïda soi-disant, mais en fait pour couper définitivement la possibilité pour la Russie d’atteindre les mers du sud en scellant le lien entre ce pays et les intérêts occidentaux. Le  11 septembre 2001 n’était pas chez nous mais à New-York. Le but n’était pas Ben Laden mais que l’Afghanistan devait rejoindre le Pakistan déjà sous contrôle américain. La mascarade de la mort de Ben Laden, qui n’était déjà plus de ce monde, est une incursion en terre étrangère montée par la CIA avec les yeux fermés du Pakistan. Les talibans sont toujours là mais ils ne sont soudainement plus devenus dangereux, l’important est que les Etats-Unis puissent incruster une base militaire en Afghanistan. L’opinion occidentale ne doit y voir que du feu et que l’on puisse louer la réussite des Etats-Unis, aidés de leurs fidèles vassaux, contre l’ennemi numéro 1, Ben Laden. Ce dernier avait pourtant largement collaboré avec la CIA pour lutter contre la campagne russe dans ce pays… Bof, la raison d’Etat a toutes les couleurs du caméléon.

La Libye vivait sous un régime dictatorial mais elle voyait des tunisiens venir y travailler car les salaires étaient meilleurs et le pays devenait un phare riche de l’Afrique. Trop riche, trop influent sans doute, mais surtout Kadhafi ponctionnait trop sur les recettes des compagnies pétrolières, dont françaises, et, outrage ultime, il parlait de ne plus utiliser le dollar pour les transactions financières. Bien que reçu, en grande pompe à l’Elysée, bien que des contrats importants dont certains touchant des moyens militaires étaient traités avec lui, Khadafi devenait indésirable. Il a suffi d’agiter un génocide en cours pour faire basculer l’opinion française. C’était le premier printemps arabe dûment créé depuis longtemps avec l’aide du Qatar entre autres… Pour la démocratie ? Evidemment non dans un pays traversé depuis des siècles par des guerres tribales et où le régime de Kadhafi maîtrisait le pays et le conduisait vers la modernité. La Libye est dans le chaos et n’est plus un danger pour les vues américaines. 

La Syrie, est encore le drame le plus sanglant. On compte de l’ordre de 220.000 morts. Notre pays démocrate ne veut pas reconnaître la réélection de Bachar el-Assad à une large majorité sans pouvoir faire état de fraudes remettant en cause sa légitimité. La Syrie ne comptait aucun sans-abri, les infrastructures sanitaires et éducatives fonctionnaient. Chaque village comptait son école gratuite. Les étudiants allaient à l’université pour à peine 20 dollars par an. La communauté catholique y vivait en paix ! Et, surtout, la Syrie n’avait pas de dette extérieure. Aujourd’hui cette guerre a affecté chaque citoyen syrien : il suffit de voir tous ces immeubles, ces usines, ces écoles et ces hôpitaux détruits. C’est un véritable désastre. Pour toute réponse nous avons reconnu un gouvernement rebelle sans légitimité et nous écoutons le Qatar et la Turquie, nations étrangères qui appuient cette guerre civile. Les armes transitent des bons illégaux aux bons de l’EI qui ont constitué un nouveau camp des méchants.

En Irak, comme en Syrie, nous nous ingérons dans la politique d’un pays en y amenant la guerre et en affaiblissant toujours un peu plus l’aura de notre pays auprès des populations civiles qui vivent sous les bombes et dans la terreur. En Irak, la guerre sunnites-chiites est avérée et même entre l’EI et l’Arabie Saoudite et le Qatar. Nous nous impliquons dans une guerre qui n’est pas la nôtre et nous propageons la vision d’une France qui ne respecte rien, d’une civilisation dépravée qui ne soulève que le dégoût et la haine des djihadistes qui vivent en écoutant les réseaux sociaux et la télévision du Qatar, chez nous et ailleurs. 

Au moment où des pourparlers de paix ou de guerre sont en cours à Minsk en Biélorussie, il va être de la plus haute importance de bien comprendre le dessous des cartes qu’il y ait accord de principe ou non sur la paix en Ukraine, autre guerre civile envenimée par nos soins. C’est dans les détails d’exécution qui suivront que chacun abattra son jeu. Aujourd’hui chaque chef d’Etat a intérêt à rentrer chez lui avec un petit bout de paix arraché durement au camp adverse, un petit bout de grandes intentions, un petit bout de rêve pour la propagande. Mais là deux mondes s’affrontent, celui qui est déjà d’hier, le monde unipolaire de l’hégémonie américaine et celui multipolaire qui montre désormais sa force, celui de demain.

Les Occidentaux ont tendance à penser que les gens qui adoptent des comportements semblables aux leurs sont plus civilisés et plus modernes que les autres. Pour moi, au contraire : 

Les personnes civilisées sont toutes celles qui restent fidèles

A la terre qui les a vues naître et veulent vivre en paix 

Sans que des étrangers leur imposent

Ce qu’ils doivent penser ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon