vendredi 27 février 2015

Une diplomatie française en pleine confusion



Que ce soit en Afrique, en Ukraine ou au Moyen-Orient la diplomatie française s’enfonce dans ses contradictions et dans des manœuvres non conformes à l’intérêt de notre pays. La dépendance aux Etats-Unis ne donne plus aucune lisibilité à notre stratégie géopolitique. Le dernier exemple est la vente de Rafales à l‘Egypte. Ce contrat mirifique par un pays qui survit grâce à l’aide financière américaine nous oblige à garantir par contrat que les fournisseurs comme Dassault seront effectivement payés, c’est-à-dire par nous par défaut. Trésor public et Coface sont à l'oeuvre. On est prêts à prendre tous les risques. Pourquoi ? Parce que la France est sollicitée par les Etats-Unis pour intervenir de nouveau en Libye où les djihadistes contrôlent une grande partie du territoire et que les USA prétendent combattre, je dis bien prétendent. Et alors ? Il n’est pas facile d’expliquer au peuple français qu’il faut de nouveau intervenir et nos forces aériennes ne peuvent être sur tous les fronts. La solution est de fournir à l’Egypte un certain nombre de Rafales devant être livrés à l’Armée française et de compléter par une commande supplémentaire. Pourquoi ?

Pour faire agir l’Egypte à notre place ! On satisfait les USA, on est cohérent avec la lutte apparente contre Daesh et le peuple n’y voit que du feu. La lutte apparente ne résiste pas aux déclarations explicites de représentants de pays plus libres de leurs paroles comme le Soudan et aux informations collectées sur place où il ressort que les USA aident militairement l’Etat Islamique, par parachutage entre autres et passage par la Turquie, et entretiennent des relations « diplomatiques » avec lui. Cette politique de l’embrouille est la même qu’en Ukraine où le Donbass récolte des armes américaines sur les prisonniers de l’armée de Kiev. Après cela on a le front d’accuser la Russie d’armer le Donbass. Tout cela fait partie de la stratégie du chaos qui peut se résumer par « Diviser pour régner ». 

Il faut diviser l’Ukraine et la mettre sous l’influence américaine, amener l’OTAN aux frontières de la Russie, peu importe Porochenko dont il va falloir se débarrasser car devenu un poids inutile. Il faut diviser les Etats en microrégions sous des formes ethnico-religieuses. La balkanisation a déjà été historiquement réussie en créant des états faibles, donc faciles à contrôler, sur le modèle du Koweït, du Qatar, des Emirats-Arabes-Unis, du Bahrain. Bachar el-Assad doit être éliminé et la Syrie découpée en trois régions alaouite, sunnite et druze. L’Irak doit disparaître dans trois mini-états chiite, sunnite et kurde. Il doit en être de même en Ukraine.

La diplomatie française est en pleine confusion. Le doute s’installe un peu et on finit par avoir le sentiment de faire fausse route. Les militaires sont de plus en plus nombreux à le faire savoir. Alors quatre députés se fourvoient à aller en Syrie et pour trois d’entre eux, comble de l’horreur, à discuter avec le boucher Bacha el-Assad. Enfin c’est ce que l’on crie haut et fort car on était au courant. D’ailleurs il serait de l’intérêt français de ne pas se priver de l’aide de la Syrie pour combattre l’EI. Le problème est que cela ne colle pas avec la stratégie étatsunienne du chaos. Alors on crie fort à la bévue de ces parlementaires. On oublie se faisant que le pouvoir exécutif ne fait qu’exécuter et que le pouvoir législatif est la représentation de la nation, laquelle a le droit et le devoir de s’informer pour contrôler efficacement le pouvoir exécutif ! Ces moulinets cachent mal les contradictions dans laquelle la France s’est enfermée. On tente d’en sortir par la petite porte. 

On œuvre aussi ainsi avec la Russie où Poutine est le diable en personne auprès duquel pourtant Jean-Pierre Chevènement déploie ses bons offices. Par contre on fustige Philippe De Villiers d’avoir accepté une réunion en tête-à-tête avec Poutine. Comble du déshonneur, cet ancien ministre a trouvé des qualités à ce suppôt de Satan et lui a vendu deux parcs d’attractions. Le but mercantile disqualifie cet individu peu soucieux du bien de la France ira-t-on jusqu’à dire. Notre position en Ukraine ne tient pas même quand on fait semblant de jouer les bons offices avec l’Allemagne. La guerre civile allumée par les USA et Israël, alimentée par nos soins par validation d’un coup d’Etat, ne peut s’éteindre sans un pacte de non-agression entre les USA et la Russie. Les cendres du conflit sont toujours chauffées au rouge et le but étatsunien n’est toujours pas atteint. Il peut se rallumer du jour au lendemain, il suffit de souffler dessus.

Que dire de notre position sur l’Iran ? Nous acceptons de coopérer avec l’Iran et l’Irak chiite tout en aidant Israël et les USA dans des menaces sur le programme d’enrichissement de l’uranium iranien. On apprend que l’Arabie Saoudite ouvre son espace aérien à Israël pour lui permettre une action militaire sur l’Iran. Alors à quoi donnons-nous notre aval implicite ? A la politique israélo-américaine. Les derniers soubresauts d’une politique étrangère souveraine datent de la présidence de Jacques Chirac où nous nous sommes désolidarisés de la politique américaine. Depuis nous n’œuvrons que dans l’ombre des USA dont les buts ne sont pas totalement conformes à notre intérêt et qui en divergent même de plus en plus au fur et à mesure que nos moyens de résistance diminuent. 

Le rapprochement avec la Russie est le seul moyen d’échapper à l’hégémonie américaine et la Syrie a le même intérêt que nous dans la disparition de l’EI. A côté de cela nous accentuons le ressentiment de toute la population mondiale musulmane, l’oumma de 1,7 milliards d’individus. Un général français se fait même l’écho de l’incompréhension des pays africains sur l’attitude du gouvernement français qui s’affiche « je suis Charlie ». Nous alimentons la haine et la France devient la nation à abattre. Le djihadisme n’est pas près de s’éteindre ! 

Quand une politique étrangère devient incompréhensible 

Même nos amis peuvent devenir nos ennemis.

Quand on perd sa souveraineté 

On trahit la République ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon