dimanche 8 février 2015

La Grèce sauvée par les Etats-Unis ?



Il semble que la présence américaine à Kiev et à Munich soit très liée au changement de gouvernement grec. Elle développe une nouvelle action sur l’Europe parfaitement en accord avec la stratégie géopolitique américaine. La Grèce est une pièce majeure dans l’emprise sur l’Europe de l’Est et sur la méditerranée. La perspective de voir basculer la Grèce dans une relation privilégiée avec la Russie est inenvisageable pour les Etats-Unis. Or Syriza ne s’est pas lancé dans cette aventure de renégociation de la dette et de refus des oukases de la troïka sans en parler avec la Russie qui a un intérêt majeur à créer un contrefeu à l’approche de l’OTAN en Ukraine. Les premiers signes envoyés par la nouvelle Grèce étaient son refus de voir les sanctions prolongées de six mois contre la Russie. C’était un signe fort envoyé aux Etats-Unis. Mais il devient évident que la Grèce joue un double jeu et se sert de la Russie comme d’un épouvantail pour l’UE et les USA, tout en étant un recours en cas de faillite d’une aide substantielle pour sa dette et un relâchement des contraintes d’austérité.

Une rencontre a eu lieu à Bruxelles le 6 février, où est allé hier le ministère grec de la Défense accompagné par le chef d’état-major de la défense nationale, M. Kostarakos, réunion à laquelle a également participé le secrétaire général adjoint de l’OTAN, Alexander Vershbow et le président du comité militaire de l’alliance, Knud Bartels. Des assurances ont été données au secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, que la nouvelle coalition gouvernementale SYRIZA continuera à participer indéfectiblement aux « exercices » et aux « actions militaires » communs, d’après le ministre de la Défense P. Kammènos. Plus tard P. Kammènos a textuellement déclaré : « Nous avons confirmé les bonnes relations de l’OTAN avec la Grèce et la poursuite de la coopération avec l’Alliance. Nous avons confirmé que le nouveau gouvernement poursuivra sa coopération et les bonnes relations avec l’Alliance en ce qui concerne les exercices conjoints, les opérations militaires conjointes et cela bien sûr dans le respect des accords internationaux. » 

On ne peut être plus clair. Les Etats-Unis sont donc à l’œuvre pour lier la Grèce au dispositif militaire de l’OTAN sans porte de sortie au prix de sacrifices qu’ils demanderont à l’UE et au FMI sur lesquels ils ont prise. Tout cela rentre dans la partie en cours d’encerclement de la Russie avec la Géorgie, déjà quasiment dans l’OTAN, et la nécessité de se rapprocher au plus près du bourbier ukrainien. On peut donc s’attendre à un ramollissement de la position allemande envers la dette grecque qui pourrait voir un rééchelonnement suffisant de la dette pour éviter le remboursement par la Grèce prévu en juillet. Alors que la Russie semble montrer de la bonne volonté pour trouver un accord pour l’Ukraine et que Poutine réaffirme qu’il ne souhaite pas envahir l’Ukraine, il apparaît probable que les Etats-Unis vont user de leur influence pour torpiller les négociations et susciter un prétexte pour jeter de nouveau l’opprobre sur la Russie. 

Ceci est particulièrement inquiétant car si la Grèce peut survivre quelques mois tranquille, ce pays va se vassaliser un peu plus aux Etats-Unis avec des subsides de l’UE. Plus grave encore c’est qu’il devient de plus en plus clair que les Etats-Unis n’excluent nullement la guerre avec la Russie. Des manœuvres de grande ampleur ont déjà lieu dans plusieurs pays de l’UE et le renforcement du flanc sud-est avec la Grèce devient un impératif stratégique pour lequel quelques milliards ont peu d’importance devant l’objectif visé. L’UE est prise en otage car les Etats-Unis jouent la survie de leur hégémonie avant qu’un krach monétaire et financier ne l’achève. Il faut couper toute velléité de l’UE de lier des accords avec la Russie ce qui pourrait aboutir sur une force économique et militaire d’une taille capable de résister et de contester l’hégémonie américaine. N’oublions pas que l’UE s’est mise sous le parapluie de l’OTAN car incapable d’assurer seule sa défense… ceci implique une dépendance de fait. 

Il ne faut donc probablement rien attendre de la visite d’Angela Merkel et de François Hollande, si ce n’est un exercice de communication à l’intention de leurs peuples respectifs, car tout ceci se fait en plein accord avec les Etats-Unis comme a tenu à le réaffirmer John Kerry à Munich. Si accord il y a, il sera caduque avant d’avoir commencé à se mettre en œuvre parce que les Etats-Unis ne lâcheront pas l’emprise sur l’Ukraine. Poutine a mis les points sur les i en ce qui concerne son refus de voir l’OTAN en Ukraine et particulièrement en Ukraine de l’Est. C’est clairement un cas de casus belli. Son peuple ne lui pardonnerait pas de rester sans réacion si les Etats-Unis engageaient leurs troupes régulières en Ukraine. La tactique américaine va être de faire porter à la Russie le chapeau de la responsabilité d’un conflit militaire. Un incident du type de l’avion MH-17 ou autre fera l’affaire. 

La guerre est à nos portes, 

Nous n’en sommes plus maîtres. 

L’histoire condamnera tous les élus 

Qui n’ont cessé d’œuvrer… 

Pour qu’il en soit ainsi ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon