dimanche 29 janvier 2017

Printemps 2017 et la fin des printemps ?

La France, et une majorité de français n’ont pas encore réalisé le changement radical dans la géopolitique mondiale que signifie l’arrivée de Donald Trump. L’avènement d’un noir à la Présidence sonnait avec Obama comme la revanche de Martin Luther King. L’homme avait l’allure d’un jeune premier séducteur accompagné d’une épouse à son image. Son élection s’est faite dans la liesse des deux côtés de l’Atlantique car les françaises n’étaient pas en reste ni les médias. Son discours du Caire qui tendait les bras aux musulmans était reçu comme un geste de paix dans le droit fil de la pensée de gauche française. Le prix Nobel de la Paix tissait une image idyllique du personnage. L’Obamacare permettait de couronner le Président de l’auréole du père du peuple des pauvres. Mais beaucoup de français ne voient pas encore ou ne veulent pas voir que son long passage a laissé un Etat endetté plus que l’on fait tous ses prédécesseurs, 95 millions de pauvres, une désindustrialisation alarmante et des tapis de bombes dans plusieurs endroits du monde, après avoir fomenté et aidé les « printemps arabes ». Les seuls vrais gagnants ont été les spéculateurs. Parmi ces derniers, les Maîtres du Monde ont tenu Obama entre leurs doigts et lui ont donné comme dernier travail celui de promouvoir Hillary Clinton à sa succession, c’est-à-dire celle qui était leur représentante.

Je peux facilement comprendre que le personnage Trump soit beaucoup moins attrayant que le bel Obama, souriant mannequin au langage plus édulcoré. Trump ressemble plutôt à un chef de chantier parlant le langage de ses gars et prêt à quelques grossièretés dont les femmes ne sont pas exclues, histoire de valider sa supériorité masculine. L’homme qui a épousé un mannequin « trump » facilement son monde et se montre de plus sciemment insaisissable. Il a subi les attaques répétées d’une presse déchaînée contre lui, aux États-Unis mais aussi dans tous les pays occidentaux. Les français favorables à son élection faisaient profil bas, un peu comme pour le FN il y a peu. Mais derrière ces comportements, il y a les engagements pris et les actes. On n’a pas tardé à les voir, comme le décret remettant en cause l’Obamacare et l’instruction de cesser toute publicité sur le réchauffement climatique et les énergies renouvelables. Si le premier décret est à usage interne, les instructions sur le second sujet vont avoir un impact considérable sur les politiques énergétiques mondiales ainsi que sur les crédits alloués aux énergies renouvelables aux États-Unis. 

Mais bien d’autres bouleversements dans la géopolitique mondiale vont apparaître. Par exemple Trump pose un regard critique sur le fonctionnement de l’ONU pour lequel son pays est le principal contributeur et celui qui fait de cette instance le jouet aisément manipulable des États-Unis. En effet, en plus de son impact financier, de son siège permanent au Conseil de Sécurité, de nombreux pays sont manipulables car tributaires des aides américaines. Les États-Unis contribuent à hauteur de 22% au budget de l’ONU. En conséquence le coût devient prohibitif, quand Trump ne veut plus se servir d’elle pour mener une politique d’ingérence dans les États qui feraient obstacle à une politique hégémonique. Il a renoncé à cet objectif pour un recentrage souverainiste sur son pays. La présence des États-Unis dans l’ONU est remise en cause et il n’est pas impossible que si les États-Unis sortent, cela entraînera la sortie de la Russie. Mais cela semble vouloir aller plus loin envers tous les organismes internationaux dont l’utilité pour l’économie et la sécurité des États-Unis n’est pas prouvée mais le coût oui.

Mais c’est toute la politique extérieure américaine qui est remise en cause. Trump et Poutine vont converser dans un esprit de coopération contre l’ennemi commun cette fois. L’ennemi numéro 1 ne sera plus la Russie mais le monde musulman instable et conquérant. A l’intérieur la limitation des migrants venant de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Syrie est actée mais l’accueil des chrétiens de ces pays sera possible, enfin ce qu’il en reste après les massacres opérés. Au Moyen-Orient la lutte contre toutes les forces déstabilisatrices, dont Daech, va enfin avoir réellement lieu en coopération avec la Russie. Mais dans le même temps, les sanctions contre l’Iran seront maintenues pour dissuader ce pays d’une attaque contre Israël qui reste la tête de pont américaine dans cette région. Du côté de l’Ukraine, la révocation de toute l’équipe américaine qui a œuvré là-bas est le signe avant-coureur d’une remise en cause du soutien à Porochenko. 

C’est toute la politique extérieure américaine qui est remise en cause avec une prise de position souverainisme de Trump qui tourne le dos au mondialisme mais pas au libéralisme et c’est la fin des « printemps arabes » qui deviennent incompatibles avec la nouvelle politique. Mais il s’agit d’un changement total de paradigme. Le « repli sur soi », formule péjorative pour désigner le souverainisme, ne va plus être une opprobre dans l’esprit de nombre de citoyens des pays démocratiques. Il ne va plus être dégradant de penser à son propre pays avant d’en ouvrir les portes. On va pouvoir se poser la question : « Est-ce bon pour mon pays ? » avant de se poser celle du « Est-ce bon pour les autres pays ? ». On va regarder les phénomènes migratoires d’un autre œil, non plus celui des bienfaits du multiculturalisme qui tourne à l’invasion de peuplement, mais celui du dosage de l’apport culturel et non confessionnel, celui aussi de la nécessité de tout faire pour aider les peuples migrateurs à garder leurs ressortissants et en particulier leurs élites par la croissance et la régulation démographique.
Le virage américain est brutal et à 180°, donc cela va soulever d’importantes questions et des dérapages, « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». C’est la capacité du peuple dit « d’en bas » à subir ou à approuver les changements qui décideront de la réussite de Trump. Les forces contraires disposent de l’argent, des médias et de la CIA pour l’instant. Le soutien populaire va être décisif pour l’avenir de Trump. La majorité républicaine au Sénat et au Congrès devrait lui assurer une liberté de manœuvre dans un premier temps. La politique extérieure est déjà largement modifiée : accord bilatéral spécial avec le Royaume-Uni, retrait probable de la plupart des organisations internationales, recherche d’accords économiques et militaires avec la Russie, et politique de défense d’Israël face à l’Iran. Sur ce dernier point qui peut être contestable, une solution ne peut être trouvée que dans un dialogue à trois, Russie, Iran, États-Unis au moment où l’Iran se tourne vers la Russie. C’est dire l’importance des relations russo-américaines. 

Le nouveau regard de Trump sur l’OTAN et l’Europe est le changement stratégique le plus radical depuis la seconde guerre mondiale. De l’attitude défensive qui avait été le socle des missions de l’OTAN, celle-ci est devenue agressive depuis la chute du mur de Berlin. Les promesses faites à Gorbatchev n’ont pas été tenues. L’OTAN s’approche au plus près des frontières russes et masse des troupes aux frontières de l’UE. La CIA s’activait de son côté pour soulever tous les peuples des pays pro-russes. Trump en mettant en avant d’une part le coût de l’OTAN et d’autre part le nécessaire d’un retour à sa vocation défensive originelle pose un problème crucial à l’Europe. L’UE a légué sa défense à l’OTAN au prix de son indépendance vis-à-vis des États-Unis, autrement dit elle n’a pas voulu en payer le prix. Ce temps va être révolu pour celui d’une alliance défensive où le prix à payer sera beaucoup plus élevé. Cette alternative va être une autre raison de l’éclatement de l’UE tant les vues sont différentes d’un pays à l’autre. La France va devoir reconstruire une armée autonome pour sa défense ou subir un joug encore plus important.
 
Les politiques et les médias nous cachent l’ampleur du changement 

Dans des programmes ou des promesses vides de tout horizon.

L’Occident va changer de paradigme, la guerre s’éloigne 

Par les armes, mais la guerre économico-monétaire

Sera aussi sans pitié. Qui nous y prépare ? 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon