mardi 3 janvier 2017

Moyen-Orient : Israël au centre du jeu

La guerre en Syrie et en Irak prend une tournure nouvelle. Deux faits majeurs se sont produits, la victoire de Donald Trump à la Présidentielle américaine, et la libération d’Alep. Il s’agit bien d’une libération et les commentaires des médias occidentaux ne reflètent que le dépit de la coalition devant la réussite russo-syrienne. Alep Ouest, pour faire court, a été encerclée par les forces « terroristes » et soumise à un siège et des tirs incessants, avant que la situation s’inverse et que ce soit Alep Est qui le soit. Sans l’intervention massive de l’aviation, la libération d’Alep Est aurait duré encore de très longs mois et gagnée maison après maison, immeuble après immeuble. Le massacre de la population civile est autant due à l’aviation russo-syrienne qu’à l’empêchement mis par les rebelles à l’évacuation des civils menacés ou à leur exécution. L’utilisation des écoles et des hôpitaux comme lieux de résistance et les charniers récemment découverts ne font que montrer l’horreur d’une guerre que nous n’aurions jamais dû encourager. L’opprobre est sur nous quand on découvre dans un bunker les officiers occidentaux, quataris et arabo-saoudiens.

La Russie, l’Iran et la Syrie légale redeviennent maîtres du jeu. La coalition occidentale est empêtrée dans une guerre sur Mossoul qui va s’avérer encore plus difficile à gagner sans un emploi massif de l’aviation. La ville est plus grande et la population plus nombreuse. Le massacre de la population civile sera difficile à éviter. Les promesses de Hollande sur la victoire proche sont aussi dénuées de certitude que celles sur le chômage. La victoire sur Mossoul ne résoudra rien, elle déplacera les lieux de conflit. Daech, Al Qaïda et les groupes affiliés essaiment un peu partout au Moyen-Orient, à Gaza, en Egypte, au Maghreb, dans la corne de l’Afrique, jusqu’au Kenya et au Nigéria, et désormais en Ukraine grâce à la CIA. Nos forces spéciales se dispersent un peu partout. L’Europe est divisée et absente politiquement et militairement. La Turquie cesse provisoirement son double-jeu et se rapproche de Poutine pour se concentrer sur sa guerre contre les kurdes et parler pipeline. Celle contre Bachar El-Assad est remise à plus tard. Le peuple américain et même ses soldats sont las de ces guerres lointaines, où les cercueils n’en finissent pas de revenir sur la terre natale, et de son rôle de gendarme du monde qui le fait haïr partout. 

C’est ainsi qu’un deuxième évènement majeur, d’ailleurs en partie dépendant de ces guerres, va changer fondamentalement la donne géopolitique, c’est l’arrivée de Trump au pouvoir. Obama termine mal son mandat, en mauvais joueur et en va-t’en guerre. C’est une misérable fin pour un prix Nobel de la paix qui a aidé une clique Clinton corrompue et l’a faite échapper à l’enquête du FBI et à la justice. Les médias traitent encore Trump de nationaliste, avec le relent de fascisme bien connu. Je dirais plutôt que c’est un souverainiste. Trump va se dégager le plus possible des engagements militaires américains en cours et de la charge financière de l’OTAN sur l’Europe. Le lien étroit entre les USA et Israël va être remis en cause et réduit à ce qui est lié strictement à l’intérêt américain. Le combat de Trump sera économique avec une arme, le dollar qui reste la principale monnaie de réserve, avec un énorme programme d’investissement dans les infrastructures, avec un appel massif de capitaux étrangers grâce à une remontée des taux d’intérêt. On va donc vers un bouleversement complet des relations Russie-UE-USA, du système monétaire international et de la mondialisation.

Néanmoins le Moyen-Orient va rester une zone de conflit pour d’une part des raisons religieuses de combat entre sunnites et chiites et d’autre part par la politique de survie et de conquête d’Israël. Sa connivence avec les pays du Golfe, en particulier l’Arabie Saoudite, lui a permis de se lier avec Daech qu’il continue à soutenir. Israël se sait menacé et rêve d’étendre son influence sur un grand Israël, tel qu’il est écrit dans la Torah. En plus de leurs intentions déjà bien connues de prendre le contrôle total de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, de garder en permanence le Plateau du Golan en Syrie et de s’étendre dans le sud du Liban, les expansionnistes israéliens ont aussi les yeux sur certaines régions de l'Irak, considérées comme faisant partie du «Grand Israël» biblique. Israël est pour l’instant surtout sur la défensive et le redécoupage de la carte du Moyen-Orient attendra que les batailles de Mossoul et de Raqqa rendent leurs verdicts. 

En attendant Israël fera tout pour que la guerre perdure au Moyen-Orient pour éloigner toute menace de l’Iran chiite. Le double-jeu avec Daech sert cette politique qui éloigne le danger de ses frontières y compris celui du Hezbollah devenu un ennemi puissant et redoutable. C’est pourquoi l’aviation israélienne est surtout présente aux frontières de la Syrie et du Liban. La présence de Daech en Egypte, pays qui se détourne de ses liens avec les USA, et dans le Sinaï, sert de zones tampon à Israël. Le Mossad a déjà été fortement impliqué dans la formation des forces militaires Pesha Merga kurdes. Le déplacement de kurdes juifs vivant en Israël vers des sanctuaires historiques juifs est un objectif de longue date. Le Kurdistan est au centre des vues israéliennes. D’ailleurs l’expansion israélienne en Irak est soutenue par les deux principales factions kurdes, dont l'Union Patriotique du Kurdistan.

On voit que la complexité des jeux géopolitiques au Moyen-Orient est telle que cette zone est encore très loin d’une phase de stabilisation. Beaucoup de forces religieuses et étatiques s’opposent à la paix dans cette région du monde. De plus la motivation de l’intervention de la coalition est très axée sur le pétrole de la région. D’une part il y a une guerre sur le trajet du pipeline qui doit acheminer le pétrole vers l’Europe soit celui des pays du golfe soit celui de l’Iran, et d’autre part sur l’exploitation des grandes ressources pétrolières découvertes dans l’Est de la mer Méditerranée. La plupart des pays, de la Grèce à Israël, convoitent cet or noir. Alors que les moyens financiers des pays du Golfe commencent à s’amenuiser et que l’autosuffisance en pétrole est acquise aux États-Unis, quatre acteurs vont jouer un rôle primordial dans le Moyen-Orient. Les deux plus importants sont la Russie et les États-Unis mais la Turquie et Israël sont incontournables. Ils ont une force militaire, une identité nationale forte, et une ambition de conquête qui prend racine dans la survie pour Israël. 

En choisissant délibérément le camp occidental, en ciblant la chute de Bachar el-Assad, en ne dénonçant pas le double-jeu de l’Arabie Saoudite et du Qatar, en s’impliquant militairement sans mandat de l’UE, en masquant le double-jeu turque et israélien, la France s’est pour l’instant mise hors-jeu en tant que médiatrice, malgré son rôle historique dans cette région. 

L’énorme instinct de survie d’Israël à forte identité religieuse, 

La rentrée de la Russie dans la géopolitique mondiale,

L’arrivée de Trump qui va changer les alliances, 

L’impuissance de l’Europe vassale de l’OTAN,

Le déni de la France comme médiatrice, 

Laisse un Moyen-Orient en cible

D’appétits porteurs de conflits.


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon