mardi 10 janvier 2017

L’écologie bancale face à la pollution (2ème partie)



Alors que la Chine a connu un pic de pollution pendant six jours en décembre 2016, que des mesures d’urgence ont été prises et que les écoles étaient censées fermer, le principal d’un collège a jugé bon de maintenir les examens de ses élèves. Ils ont dû plancher toute la journée dehors dans le froid et le brouillard toxique. Le pic de pollution grisâtre a touché un tiers des 1,37 milliard de Chinois et déclenché l’alerte rouge dans les grandes villes du nord du pays. L’arrivée de vents froids a permis de dissiper le nuage toxique. Comme en France on voit que la pollution touche de grandes surfaces urbaines et même rurales. Il y aurait donc, dans chacune de nos régions, de nos villes, un danger considérable pour la vie de nos enfants et petits-enfants, et dont l’ensemble des journaux se font le relais. Et pourtant, ce cauchemar n’entraîne aucune politique immédiate et d’envergure, comme le ferait n’importe quelle autre catastrophe naturelle, tels une tempête ou un tremblement de terre.

Réfléchissons un peu. Cette pollution dont la photo ci-dessus est le témoin est une pollution qui obscurcit le ciel comme le « smog » londonien dès la fin du XIXème siècle. Il ne peut être créé par des gaz incolores comme l’ozone, le CO, le CO2 ou le SO2. Non cet air est forcément porteur aussi de vapeur d’eau et de particules plus ou moins fines. Qu’est-ce qui était à l’origine du smog londonien ? Le chauffage urbain et l’industrie qui utilisaient le bois et le charbon. Si l’on se réfère à la consommation de charbon dans le monde, on constate que la Chine y prend une part de 50%. En tête de tous les pays, elle est aussi le pays le plus sujet à la pollution. Malgré l’immensité de ce pays qui permet une large dispersion, la pollution s’y installe de plus en plus. En deuxième position, mais loin derrière on trouve les Etats-Unis, le deuxième grand pollueur au sens de la COP21, c’est-à-dire en CO2. 

Le coupable en chef est donc le charbon auquel on peut ajouter le chauffage au bois. Leur combustion rejette des particules fines dans l’atmosphère, crée un brouillard toxique qui en fait le principal danger pour la santé. Le fait que la pollution s’étend désormais de plus en plus sur l’ensemble du territoire français montre que celle-ci est présente en permanence, attend les gradients de température favorables à sa concentration près du sol et est alimentée de façon continue. Si nous nous intéressons à notre pays qui est traversé régulièrement par des vents d’Est, on notera que l’Allemagne et la Pologne sont les pays européens les plus consommateurs de charbon. Mais après les Etats-Unis et la Chine, l’Allemagne est le premier pays européen consommateur de pétrole avec 2,5% de la consommation mondiale. De même pour le gaz où derrière le trio Etats-Unis, Russie, Chine, on trouve en premiers pays européens, le Royaume-Uni et l’Allemagne avec respectivement 2,1% et 2% de la consommation mondiale.

La conclusion s’impose : les énergies fossiles sont les responsables de la pollution la plus nocive, les particules fines. Mais il ne faut pas exclure le dioxyde d’azote, gaz brun-rouge particulièrement irritant et responsable des pluies acides, et le dioxyde de souffre qui sont rejetés par les centrales thermiques avec les suies. Cette utilisation ne cesse de croître avec la demande en Chine où la population s’est éveillée à la consommation. Toute l’attention est mobilisée sur la circulation automobile en oubliant la pollution par les navires militaires et de commerce, ainsi que la circulation aérienne. La focalisation sur l’automobile diesel qui rend l’utilisation de ces véhicules de plus en plus difficile n’a de sens qu’à court terme car les progrès dans la diminution de la pollution rejetée sont incessants. Il suffit d’attendre que le parc des véhicules diesel soit rénové. En plus le diesel reste incontournable pour les camions.

L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a publié jeudi 24 novembre un rapport sur la "Présentation des coûts de la pollution atmosphérique provenant d’établissement industriels en Europe". La pollution de l’air par l’industrie coûterait entre 102 et 169 milliards par an. Selon celle-ci les centrales électriques sont responsables de la plus grosse partie de coûts et de l’émission de polluants. En plein débat sur le nucléaire, le rapport publié par l’AEE donne quelques arguments supplémentaires à ses partisans. En effet, il établit un classement des industries et des pays les plus polluants. Les émissions des centrales électriques (grosses consommatrices de charbon) représentent la plus grande part des coûts des dommages, soit entre 66 et 112 milliards d’euros ou les 2/3. Si la France semble quelque peu ménagée, c’est grâce au nucléaire. Pour ce qui est de la répartition par pays, l’AEE souligne l’implication des usines d’Europe de l’Est. En effet, les pays abritant beaucoup des grosses structures comme l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie sont les plus gros contributeurs au coût total de ces dommages.

La donne change toutefois de façon significative lorsque l’Agence pondère les coûts selon la productivité économique de chaque pays. Alors la Bulgarie, la Roumanie, l’Estonie, la Pologne et la République tchèque prennent la tête du classement. "Leurs émissions sont plus importantes en ce qui concerne le coût des dommages", précise l’AEE. Sur le podium des usines les plus polluantes, l’usine Belchatow en Pologne occupe la première marche. Médaille d’argent pour un établissement bulgare et de bronze pour une usine allemande. Dans ce classement, la France apparaît au 23ème rang avec l’usine ArcelorMittal de Dunkerque. Elle apparaît ensuite à la 49ème place avec l’unité de production thermique d’EDF au Havre. Enfin, seul un petit nombre restreint d’établissements est responsable de la majorité des coûts. La moitié du coût total des dommages résulte de l’activité de 191 établissements seulement (sur 10 000 interrogés par l’AEE). 

Il y a visiblement matière à réflexion sur la politique énergétique et la lutte contre la pollution après ce tour d’horizon. Après avoir passé en revue les autres sources de pollution, le prochain et dernier article donnera une nouvelle orientation politique souhaitable sur ce sujet.
 
En toutes choses il faut aller plus loin que les apparences 

Pour découvrir la véritable causalité de celles-ci

Surtout si un brouillard politico-idéologique 

Pollue les réflexions et le bon sens. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon