jeudi 12 janvier 2017

L’écologie bancale face à la pollution (4ème partie)



La pollution s’est mondialisée depuis que la terre existe et les poussières volcaniques ont traversé depuis longtemps les frontières terrestres et maritimes. Il se pourrait même qu’un jour l’une de ses éruptions rayent la vie sur terre, en tous cas la nôtre. Les promoteurs des éoliennes feraient bien de faire un tour dans l’Allemagne de l’Est et près de la Baltique où l’air peut devenir irrespirable en été avant de penser à sauver la planète par les EnRi, les énergies renouvelables intermittentes. Plus de 56% de la production électrique était d’origine thermique en Allemagne durant 2014. La construction de 8 autres centrales thermiques était planifiée en 2014 dont certaines en remplacement de centrales existantes. 8 centrales nucléaires restaient en fonctionnement en 2016 produisant 87 GWh soit 14% de la production électrique totale alors qu’elle était de 30,9% en 2010 avant Fukushima. Ce pourcentage devrait encore baisser en 2018 avec l’arrêt de Gundremmingen B. Il est inutile de dire que l’émission de CO2 par les centrales thermiques entraîne la production de SO2, de suies et autres polluants. En 2012 l’Allemagne était la championne européenne des émissions de CO2 et cela ne peut que s’aggraver même si les nouvelles centrales thermiques sont moins polluantes.

Le secteur énergétique polonais se caractérise avant tout par la prépondérance massive du charbon, qui en 2014 assurait 80 % de la production d'énergie primaire, et 82,7 % de la production d'électricité. La conséquence est de fortes émissions de dioxyde de carbone : 7,25 tonnes de CO2 par habitant, supérieures de 62 % à la moyenne mondiale et de 17 % à celle de l'Union européenne, à comparer à l'Allemagne : 8,93 t/hab et à la France : 4,32 t/hab. En Tchéquie les centrales à charbon sont l'épine dorsale du système électrique tchèque, produisant 60% de l'électricité du pays. Elle est un grand pays pollueur avec 9,4 t/hab en 2015. Parmi les pollueurs proches de nous et à forte économie, il faut ajouter l’Italie, le Royaume-Uni et l’Espagne. L’Italie, qui a abandonné le nucléaire en 1987, est un grand importateur de gaz et produisait 66,6% de son électricité grâce aux centrales thermiques. Il a développé parallèlement l’hydroélectricité (17,4%) et surtout le solaire (12,7%) en 2012. C’est donc de ces pays que provient la pollution par les vents. D’ailleurs la France a un taux de CO2/hab qui est inférieur à la moyenne européenne. Elle n’est donc pas globalement la pollueuse mais la polluée. 

La production d'électricité au Royaume-Uni est encore dominée par les combustibles fossiles : 54,6 % en 2015, mais cette domination recule rapidement (76,9 % en 2010) grâce au développement très soutenu des énergies renouvelables (24,4 % en 2015 contre 6,5 % en 2010) ; la part du nucléaire est de 19,8 % en 2015. Les émissions de CO2 liées à l'énergie étaient en 2014 de 6,31 tonnes CO2 par habitant (France : 4,32 ; Allemagne : 8,93). Mais ce pays se tourne aussi résolument vers le nucléaire grâce au projet de 2 EPR avec une entente franco-chinoise pour la construction. La production électrique de l'Espagne se répartissait en 2015 en : 42,5 % provenant des énergies fossiles, 20,5 % de l'énergie nucléaire et 35,6 % des énergies renouvelables (dont 18,0 % d'énergie éolienne ; 9,8 % d'énergie hydraulique, 5 % d'énergie solaire et 2,5 % de biomasse et déchets).

L’histoire énergétique de l’Espagne est particulièrement intéressante en matière de politique d’énergie électrique. À compter des années 1990, l'Espagne adopte avec enthousiasme l'énergie éolienne, dont elle devient un leader mondial, ainsi que la filière gazière, avec la domination graduelle de la production provenant de centrales thermiques au gaz à cycle combiné. Alors qu'en 2005 l'énergie éolienne couvrait 7,7 % de la demande, en 2014 elle atteignait 18,7 %, et le solaire 4,9 %. Par ailleurs, les 6 centrales nucléaires espagnoles ont vu leur part dans la production électrique faiblir progressivement du fait du gel du parc nucléaire dû au moratoire nucléaire de 1983, alors que la production totale continuait sa croissance au cours des dernières décennies : elles sont passées de 35,7 % en 1990 à 20,6 % en 2014. La part des énergies fossiles était de 42,5%, et celle de l’éolien et du solaire de 19,2%. 

C’est à partir  du  début  des années 2000 pour l’éolien et de 2008 pour le solaire, que ces énergies  renouvelables  intermittentes  se  sont  développées rapidement. Entre  2000 et 2011, la puissance du parc éolien a augmenté de 19.000 MW,  et  celle  du  parc  photovoltaïque  de  3.600  MW.  Cela représente un investissement considérable que l’on peut estimer selon l’AIEA à 66 milliards de dollars,  ou  si  l‘on  préfère environ 50  milliards  d’euros (sur  la  base  de  1€=1,3$). L’éolien  représente  les  deux-tiers  de  ce  coût,  le  solaire  un  tiers. Il  s’agit    des coûts d’investissement « directs »,  à  l’exclusion  des surcoûts  de  connexion,  de  transport,  et  de protection contre l’intermittence. Le   développement   des   électricités éoliennes  et  solaires  voulu  et  subventionné  par  le gouvernement  espagnol  a  évidemment  augmenté  le  coût  de production de l’électricité en Espagne. Le surcoût qui en résulte  est  estimé  (de la  même  façon  qu’en  France  ou  en Allemagne)  comme  la  différence  entre  le  prix  payé  au producteur et le prix de marché. Le rapport de l’AIE sur la  politique  de  l’énergie  de  l’Espagne  donne  cette estimation  pour  2012 :  6,2  milliards  d’euros  et  pour 2013 : 6,8 milliards. 

A partir de 2011, la croissance des  parcs  et  des productions  éoliennes  et  solaires  s’arrête, comme le montrent les chiffres du tableau ci-contre. Le coup d’arrêt est brutal. La raison de ce changement radical est simple et unique. En 2011, le gouvernement de M.  Rajoy,  nouvellement  élu,  a  pris  à  bras-le-corps  le problème  de  la  dette  de  l’Espagne,  et  en  particulier  du « déficit » rapidement croissant du système électrique. Il a décrété  la  fin  des  subventions  aux  énergies renouvelables nouvelles et  donc  à  l’électricité  éolienne et solaire supplémentaire. 

Les investisseurs ont compris que les énergies renouvelables n’étaient plus rentables et se sont retirés du marché et le gouvernement espagnol a décrété une hausse du prix du kWh pour l’usager. L’histoire de la politique énergétique de l’Espagne est très intéressante et à mettre en parallèle avec celle de l’Allemagne. D’un côté on a l’Espagne avec une politique énergétique où les coûts sont devenus insupportables dans une économie d’austérité forcée et qui abandonne l’idéologisme des EnR intermittentes. De l’autre côté on trouve l’Allemagne avec la chimère du 100% d’énergies renouvelables en 2030, l’intermittence étant compensée par des puissances installées de 12,5 GW de stations de pompage-turbinage et de stations de stockage à air comprimé, et de 55,2 GW de capacité de stockage sur batteries. L’Allemagne accepte les surcoûts car elle pratique l’austérité sur son peuple et pompe les richesses des pays européens du sud en particulier. Le stockage sur batteries à ce niveau de puissance est d’un coût énorme. Le prix du kWh allemand, déjà l’un des plus chers d’Europe, ne va pas cesser d’augmenter à cause des EnRi et des coûts associés.

Les articles parus fournissent assez d’informations pour que l’on puisse donner des orientations plus réalistes tout en préservant l’homme de la pollution. Certaines vérités sont incontournables. La première est que le CO2 n’est pas un polluant mais un facteur supposé influer sur le climat. La deuxième est que les EnR intermittentes ne peuvent se passer des énergies fossiles tant que le stockage de l’énergie ne sera pas résolu à des coûts acceptables. La troisième est que l’on ne peut dissocier la production électrique, de la pollution, et des problèmes de transport et de chauffage. Sur ce dernier point il faudra un dernier éclairage sur la propulsion électrique pour donner les caractéristiques d’une nouvelle politique énergétique française. Nous en parlerons dans l’article suivant.

Le choix des énergies renouvelables intermittentes 

Introduit de nouvelles nuisances sans résoudre

Le problème de la pollution mais au contraire 

En l’aggravant et en ruinant tous les pays

Qui ne peuvent assumer le surcoût ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon