samedi 7 janvier 2017

Écologie et politique énergétique (1ère partie)



Depuis l’orientation de la politique énergétique sur une base écologique, celle-ci s’est éloignée des critères de rentabilité et a pris tous les risques idéologiques de l’écologisme. Autant il faut consacrer une partie importante des richesses accumulées par la croissance à une pratique de l’écologie au sens de protection de l’humanité de l’agressivité de la nature et de l’homme lui-même, autant il faut lui éviter de s’enfermer dans un idéologisme qui finit par lui nuire. C’est pourtant le cas avec l’inflexion de la production électrique où le développement des énergies renouvelables (EnR) au détriment de l’énergie nucléaire, et le développement du transport routier électrique avec la mise en place d’une infrastructure adaptée, deviennent le crédo. Cette décision stratégique a un énorme impact financier et industriel qui ne peut laisser indifférent au moment où les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle d’avril sont en train de s’élaborer.

Les deux liens de l’écologie avec la production d’énergie électrique s’appuient sur deux concepts : la diminution du gaz carbonique, supposé être à l’origine du réchauffement climatique, et la dangerosité du nucléaire. Les EnR paraissent alors présenter une solution idéale puisqu’elles assurent le remplacement du nucléaire sans produire de CO2, et garantissent notre indépendance énergétique avec une source d’énergie (soleil et vent) gratuite. On peut même imaginer qu’elles pourraient remplacer les centrales thermiques (gaz, charbon, fuel) polluante.

Sur la dangerosité du nucléaire, j’ai montré dans de précédents articles que c’est l’industrie charbonnière puis chimique qui ont causé les plus grandes catastrophes en perte de vies humaines après les catastrophes naturelles. Les derniers accidents dans les mines de charbon en Chine et dans l’industrie chimique en Russie sont récents. Par ailleurs la Russie n’a pas abandonné le nucléaire après la catastrophe de Tchernobyl, qui reste la catastrophe majeure, et le Japon remet en service les centrales nucléaires arrêtées après Fukushima. La nation qui a subi L’horreur d’Hiroshima et de Nagasaki va reprendre sa place d’importante nation dans le nucléaire civil avec une vingtaine de réacteurs. Enfin par habitant la France est le pays le plus nucléarisé du monde avec 75% de sa production électrique d’origine nucléaire et l’un des plus vieux pays ayant mis en service un réacteur nucléaire. Cette industrie est extrêmement surveillée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), organisation nationale indépendante dont le but est de réglementer, de contrôler et d’informer. Elle est de plus sous l’œil, critique et sans concession, de ses ennemis écologistes ainsi que ceux des médias qui ont un malin plaisir à en faire la une de leurs éditions. Le résultat est que cette industrie n’a donné lieu en France qu’à des « incidents » et non à des « accidents » sur l’échelle internationales des risques nucléaires. 1378 incidents ont été relevés entre 2000 et 2016 de niveau 0 ou 1 pour la plupart. Il faut savoir que le simple retard dans la maintenance d’une pompe est classé niveau 1. Tchernobyl est classé niveau 7.

Contrairement à ce qu’essaient de faire croire les écologistes anti-nucléaires, la dangerosité de cette industrie est intrinsèquement beaucoup plus contrôlable que l’industrie chimique. De plus les progrès faits et envisageables dans ce domaine reculeront encore loin dans le temps la probabilité d’un accident à condition que l’on ne sabre pas la recherche dans ce domaine. La France avait pris une avance considérable avec Superphénix, filière d’avenir continuée avec succès par les russes qui vont bientôt rafler la mise avec la IVème génération de réacteurs. Elle permet, à partir du plutonium produit par nos centrales de le consommer beaucoup plus efficacement en surgénération que les combustibles mixtes. On peut même envisager la miniaturisation des réacteurs possible ainsi que l’utilisation du Thorium, minerai le plus abondant dans le monde.

Par ailleurs le nucléaire n’émet pas de CO2 et notre indépendance n’est pas menacée car notre approvisionnement en uranium peut se faire dans tous les continents (Afrique, Asie, Amériques, Australie), et en plus dans les deux grands blocs de pays qui se mettent en place dans le monde. Par ailleurs nous avons la totale maîtrise de la fabrication et de la construction des réacteurs. Enfin les difficultés de construction du réacteur EPR de Flamanville ne se sont pas reproduites au moment où se finit la construction de deux réacteurs EPR français à Taishan avec les chinois. Le 27 janvier 2016 les tests de refroidissement ont été réalisés avec succès et les deux réacteurs devraient démarrer courant 2017. Deux nouveaux réacteurs EPR de 1660MW (soit la production réelle de 5400 éoliennes de 2MW) vont être construits à Hinkley Point en Angleterre pour une mise en service en 2025. L’accord avec le groupe chinois CGN prévoit aussi la construction de deux autres EPR français sur le site de Sizewell, toujours au Royaume-Uni. Selon EDF l’EPR permettrait à long terme de renouveler le parc de réacteurs français en remplaçant à terme les 58 réacteurs de l’Hexagone par 30 à 40 EPR.

Alors que la France était leader avec les USA dans cette filière nucléaire, nous allons nous faire dépasser dans un premier temps par les chinois qui sont en mesure désormais de construire des EPR et dans un deuxième temps par les russes dans les réacteurs surgénérateurs de IVème génération pour lesquels nous avions près de vingt ans d’avance. La politique énergétique française a été gravement atteinte par l’idéologie écologiste qui a trouvé un appui certain auprès de l’Allemagne. Son avance technologique a été stoppée et le remplacement de l’énergie nucléaire par les énergies renouvelables est une rude coup donné à notre essor économique sur l’un de ses fleurons industriels, sur la dépense publique avec une politique de subventions et sur le prix du kWh pour l’usager qui ne va plus cesser d’augmenter par la taxe CSPE. L’EDF, enfin Engie, fait un démarchage forcené pour placer des panneaux solaires avec le culot de se servir de l’augmentation du prix de l’électricité pour nous les faire acheter alors que ceux-ci participent à l’augmentation du prix du kWh ! La politique énergétique est un scandale qui met en plus les finances d’EDF en danger, car les filières solaires et éoliennes ne tiennent que par les subventions nationales, les reventes à deux fois le prix de l’électricité produite par les usagers  et les augmentations de tarif pour tous. 

A l’aune d’une politique d’austérité il s’agit là d’un vrai scandale dont les candidats à la présidentielle se gardent bien de parler. La filière nucléaire n’est tuée que par la contre-publicité gouvernementale,  écologique et médiatique qu’on lui fait. Le Japon remet en service ses réacteurs. La Chine devient le pays ayant le programme nucléaire le plus ambitieux. La Grande-Bretagne, pourtant bien placée pour exploiter le vent, lance le projet de 4 réacteurs EPR français. Donald Trump va stopper la gabegie des EnR aux USA. Même la Bolivie se lance. Le président de la Bolivie, Evo Morales, a posé le 6 mars dernier la première pierre du futur et premier réacteur nucléaire expérimental du pays. Il s’agit d’un des grands projets nationaux lancé par le leader du pays andin.

Mais si les EnR étaient la solution pour vivre mieux pourquoi ne pas y consacrer notre argent ? Nous en parlerons dans l’article suivant car la politique énergétique d’un pays est fondamentale à son développement et même à sa survie. Si j’ai la plus grand respect pour l’écologie de terrain, celle qui s’intéresse à la pollution humaine de nos mers, de nos rivières, de nos sols et de notre air, l’écologisme est une idéologie destructrice du progrès au prix d’une gabegie incroyable. 

Un pays qui renonce au progrès en manipulant la peur,

Se délecte en permanence du principe de précaution 

Au détriment de celui constructif de prévention

Dissipe son énergie, régresse inexorablement 

Dans la course en avant impitoyable 

Dans le concert des nations. 

Claude Trouvé
Coordonnateur PF du Languedoc-Roussillon