mercredi 28 septembre 2016

Regards du chômage sur deux quinquennats

Les chiffres du chômage d’août viennent de paraître. Le masque tombe, ils sont mauvais. Le budget 2017 est présenté à l’Assemblée, il sent le Sapin de l’entourloupe mais le masque est mis jusqu’à la présentation à Bruxelles. La croissance y est d’un optimisme béat (1,5%) et le chômage jugulé. D’ailleurs sur ce dernier il est intéressant de sortir des discours convenus, des promesses et des enfumages dont nous gratifient les politiques qui ont exercé le pouvoir. En particulier, puisque nous avons eu une (apparente) alternance gauche-droite, nous disposons sur cet indicateur de données de comparaison sur l’efficacité des politiques menées. Le chômage est non seulement un indicateur de la marche de l’économie mais aussi du bonheur du peuple. C’est ce que l’on pense aujourd’hui mais ce qui va devoir être sérieusement revu dans l’avenir car c’est probablement le PIB/habitant qui se révèlera l’un des principaux constituants du bonheur d’un peuple associé à la mesure de l’inégalité de répartition des richesses.

La raison est le plafonnement à une croissance future de 0,5% à 1% dans les pays développés que l’amélioration de la productivité et les progrès innovateurs peuvent apporter sauf bon technologique et scientifique comme celui de la machine à vapeur. Par ailleurs le nombre de personnes en âge de travailler croît plus vite que la croissance économique, et la génération des robots est en train de concurrencer le travail humain. Moins de croissance, plus de bras robotisés et plus de demandeurs d’emploi, ne peut conduire qu’à un chômage accru. Il faut donc s’attendre à avoir de plus en plus d’inactifs qui devront néanmoins avoir leur « part de gâteau » de survie. C’est l’idée du salaire universel. Le PIB/habitant serait alors l’indicateur de la grosseur du gâteau et le montant du salaire universel régirait le coefficient d’inégalité des revenus, dit l’indice Gini. 

Pour l’instant la France doit pourvoir chaque année à l’arrivée de 150.000 nouveaux individus en âge de travailler. Visiblement elle ne résout pas ce problème puisque le nombre de demandeurs d’emploi croît sous les deux quinquennats de Sarkozy et de Hollande. Non seulement d’ailleurs elle ne peut absorber ces 150.000 nouveaux mais elle en perd 190.000 autres chaque année depuis 9 ans. C’est ce qui ressort de l’étude de l’évolution des demandeurs d’emploi en France (DOM-TOM compris) dont le graphique est présenté ici selon les chiffres publiés par DARES. D’avril 2007 à juillet 2016, le nombre de demandeurs d’emploi croit de 28.550 demandeurs supplémentaires chaque mois soit 342.660 par an. C’est globalement une constante même si le quinquennat de Sarkozy a été beaucoup plus perturbé par la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008 déclenchant une crise boursière mondiale et par la hausse du pétrole.

Depuis avril 2007 le nombre total  de demandeurs a augmenté de 2.750.000 pour atteindre 6.611.000 en août 2016. Pour la fin du quinquennat Hollande, trois prévisions peuvent être faites. La première, celle de Hollande, est le  maintien de la stagnation depuis janvier 2016 soit le maintien à 6,6 millions ou moins ce qui validerait une « inversion de la courbe du chômage ». La seconde est que la stagnation, fruit ou non des mesures prises, est terminée et que l’on reprend la trajectoire d’évolution de 28.550 demandeurs en plus par mois. Dans ce cas on atteindra le chiffre de 6,77 millions de demandeurs. La troisième est que la situation forcée depuis janvier 2016 ne puisse résister à la tendance générale et que l’on retrouve la courbe de progression quittée en janvier, cela pousse le nombre de demandeurs à 6,98 millions. Le constat réel en avril 2017 sera donc très instructif pour juger de l’efficacité des politiques socio-économiques gauche et droite sur le chômage.

L’analyse sur ce dernier point peut être complétée par le graphique ci-contre. Le.superposition de l’évolution du chômage sur les deux quinquennats montre bien que l’augmentation du nombre de chômeurs atteinte actuellement, soit 1.3591.000, est déjà supérieure à celle durant le quinquennat Sarkozy, soit 1.358.600. Pour que cela ne soit plus vrai en avril 2017, il faut réellement une diminution du nombre de chômeurs d’ici cette date. Si l’on constate que Sarkozy a dû faire face à la crise et que pendant son mandat Hollande a bénéficié d’un prix du baril moins cher, d’un euro très déprécié par rapport au dollar et d’un taux d’emprunt pour l’État beaucoup plus faible, on peut en déduire que Hollande a été un bien plus mauvais manager sur cet indicateur mais que, si Sarkozy a fait face à la crise, il n’a pas réussi plus que Hollande à remettre la France en dehors du rythme annuel de 28.550 demandeurs de plus par mois. 

Ce constat est particulièrement intéressant parce qu’il confirme que la politique socio-économique imposée par Bruxelles, donc par l’Allemagne, est directement en cause pour notre pays car que l’on soit de gauche ou de droite on suit globalement la même politique pour le même résultat. Le décrochage réussi par Hollande depuis janvier 2016 n’a été obtenu que par des mesures touchant à la mise en formation, aux emplois aidés et aux radiations plus systématiques du fichier de Pôle Emploi. Il n’est pas sûr que les deux premières mesures aboutissent à un plus grand nombre d’insertion dans un monde de l’entreprise hors des subventions que celles-ci prennent souvent comme un effet d’aubaine. Comme a tendance à le montrer la remontée spectaculaire du nombre de demandeurs en septembre, il n’est pas impossible que leur effet s’efface presque totalement. Dans ce cas l’augmentation repartira à son rythme habituel ou même s’accélèrera pour effacer le gain temporaire. Le seul moyen sera de préparer une sortie massive de la catégorie A des demandeurs, puisqu'on ne parle que de celle-ci, pour une autre catégorie … tour de passe-passe déjà utilisé ! C'est d'ailleurs pourquoi cette étude porte sur le nombre total de demandeurs.

Il y a dans ce regard sur l’évolution des demandeurs d’emploi, et par là-même du chômage qui lui est strictement corrélé, le constat de l’impossibilité pour les candidats à la Présidentielle de changer véritablement le cours des choses en continuant la politique bruxelloise, c’est-à-dire en restant dans l’UE et particulièrement dans l’euro. Mais tout étant lié, c’est une sortie massive des institutions de l’UE et de l’OTAN qui peut permettre un « reset » de la politique socio-économique française. Ce qui est fait actuellement est un jeu d’augmentation de la dette et des impôts et taxes pour maintenir le navire à flot sans toutefois y réussir au-delà de l’augmentation annuelle des demandeurs devenue endémique. Cela permet au mieux comme l’a fait Sarkozy d’empêcher le phénomène de s’amplifier sous le coup de contraintes extérieures. Ce fut le cas de la crise de 2008-2009 et ce peut l’être pour l’impact de l’immigration et du terrorisme sur l’économie française. Ceci étant nous sommes dans une situation de risque maximum car la remontée, de l’euro par rapport au dollar, du prix du baril de pétrole, et des taux d’emprunt, serait trois écueils que notre économie ne peut plus supporter puisque même le budget 2017 demande déjà des hypothèses trop optimistes et que le déficit public est bloqué à 3%. Le capitaine du bateau, et ses officiers, laissent courir le navire sur son aire sans toucher au gouvernail en espérant qu’aucun récif ne sera sur sa route alors qu'il va droit sur eux. 

Le chômage est révélateur, de l’incapacité de nos élites

A changer véritablement la politique de notre pays, 

Et de leur manque de courage et de sens de l’État.

Le confort du pouvoir et de l’argent trop facile 

Polluent la démocratie et nous mènent

Vers des scénarios à la grecque ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon