samedi 17 septembre 2016

La morale d’une France sans vergogne



Le gouvernement français fait la morale à son peuple en l’incitant au « vivre ensemble », à ne pas oublier « France terre d’accueil », à réprimer toute tendance à ce qui peut s’assimiler à du racisme. La tentation est grande et nous y tombons tous car qu’est-ce qu’un propos raciste ? Ne pas vouloir accueillir des migrants musulmans dans sa commune, est-ce du racisme ? D’ailleurs le mot racisme est dévoyé car les musulmans ne sont pas une race mais des êtres pensants qui ont foi dans une religion, laquelle a engendré une civilisation différente de la nôtre. N’oublions pas que le racisme est né de l’assimilation de la couleur de la peau au degré d’évolution des êtres. Désormais on est raciste dès que l’on émet un avis ou que l’on commet des actes qui laissent supposer que l’on n’accepte pas la différence. Pourtant les guerres se multiplient justement parce que les différences ou opposent entre elles des communautés, des ethnies, des religions pour souvent des conquêtes ou partages de territoires, ou de ressources du sol et du sous-sol. Elles se déclenchent par jalousie, par désir de puissance mais aussi pour des besoins alimentaires vitaux. La guerre de l’eau en est le symbole.

Nos moralisateurs, qui manient la loi et la répression, sont pourtant de parfaits goujats, des tueurs sans vergogne. Ce n’est pas des mots vexants, qu’ils utilisent mais des armes de guerre avec lesquelles ils tuent ou font tuer des innocents en Afrique et au Moyen-Orient. Nous sommes des vendeurs d’armes et si nous sommes pleins de scrupules pour livrer des Mistral à la Russie, nous n’avons aucune honte à vendre des armes au Qatar, au Koweit et à l’Arabie Saoudite. Cette dernière soutient le terrorisme tout en étant notre alliée pour le combattre dans un double-jeu dont la France ne peut être dupe. Mais nous savons aussi que l’Arabie Saoudite est engagée dans une guerre contre le Yémen dans une agression caractérisée que nous ne dénonçons pas parce que nous leur vendons des armes.

Jusqu' il y a peu, l'Arabie saoudite ne voulait pas traiter avec les entreprises en direct. La France a donc créé un organisme rassemblant les fabricants d'armes de l'Hexagone pour négocier, au nom de l’État français, avec les Saoudiens. Baptisé SOFRESA (Société française d'exportation de systèmes avancés) puis ODAS. Le successeur du roi Abdallah est convaincu que les contrats passés avec la France, via ODAS, continuent d'alimenter les réseaux du roi défunt. Il veut mettre un terme au système ODAS, ce qui bloque des contrats en cours. C'est ce qui avait justifié le voyage de Manuel Valls à Riyad en octobre 2015. Mais depuis le début des attaques sur le Yémen en Mars 2015, tout le monde en profite pour faire son commerce et les morts n’émeuvent personne. Le chiffre d'affaires représente 4,1 milliards d'euros pour des ventes d'avions de combat et de pièces de rechange. Nous ne sommes pas seuls. Dans les trois premiers mois de 2016, la Grande-Bretagne a vendu des armes et des équipements militaires d'une valeur de 625 millions d'euros à l'Arabie Saoudite. Des armes françaises sont utilisées par l’Arabie Saoudite mais le contrat des Rafale nous ferme les yeux, 34 Rafale vendus vont taire les criminels que nous sommes.

L'Arabie saoudite est la principale responsable d’un pilonnage incessant qui fait des millliers victimes civiles depuis Mars 2015. Mais dans la coalition on trouve également l’Égypte, le Maroc, la Jordanie, le Soudan, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn, le Qatar et le Koweït. En Juin de cette année, Amnesty International a demandé que l'Arabie saoudite soit suspendue du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies : « la crédibilité du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies (était) en jeu. Depuis que ce pays a rejoint le conseil, le bilan en matière de droits a continué de se détériorer à l'intérieur de l'Arabie Saoudite, et la coalition, qu'elle conduit, a illégalement tué et blessé des milliers de civils dans le conflit au Yémen." En effet l'ambassadeur d'Arabie Saoudite à l'ONU à Genève a été élu pour présider un groupe d'experts indépendants au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. C’est pourquoi les crimes de guerre de l'Arabie Saoudite au Yémen n’ont pas été pris en compte par le Conseil. 


Depuis la fusion du Yémen du Nord avec le Yémen du Sud en 1990 la nouvelle République du Yémen est en proie à une crise civile sans cesse rallumée. La crise actuelle illustre la profonde division entre les populations, une division attisée par l’antagonisme entre groupes militaro-religieux : “Ansaruallah” et “Al-Qaïda dans la péninsule arabique”. “Ansaruallah” (les Houtis) recrute ses membres dans la communauté zaïdite, une branche du chiisme qui représente un tiers de la population du Yémen. Les miliciens houthis sont soupçonnés de vouloir renverser le président avec le soutien de l’Iran (Téhéran dément) et rétablir le régime royal de l’imamat zaïdite aboli en 1962. Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) est né de la fusion en janvier 2009 des branches saoudienne et yéménite de la mouvance “Al-Qaïda”. C’est un groupe djihadiste qui a multiplié les actes anti-chiite. Mais Aqpa a aussi revendiqué l’attentat du 7 janvier qui a décimé la rédaction de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.
 
La guerre civile yéménite est un conflit qui oppose depuis 2014 les rebelles chiites Houthis et les forces fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh au gouvernement d'Abd Rabbo Mansour Hadi. Le conflit s'est internationalisé en mars 2015 avec l'intervention de nombreux pays musulmans menés par l'Arabie saoudite. Dans cette querelle idéologique et religieuse, les États-Unis soutiennent le pouvoir yéménite et la coalition. Cette guerre est une des conséquences de la guerre du Saada débutée au nord-ouest du pays en 2004 en raison du sentiment de marginalisation des tribus du nord qui se sentent délaissées par le pouvoir central, après la réunification du pays en 1990. Les ingérences étrangères dans une querelle chiite-sunnite ramènent à un conflit Israël-Iran et plus loin États-Unis - Russie. Ce faisant les armes deviennent de plus en plus meurtrières et le conflit s’éternise parce qu’il est alimenté de l’extérieur. Les vendeurs d’armes se frottent les mains, les civils yéménites d’un des pays les plus misérables du monde meurent sous les bombardements et voient leurs pauvres biens pulvérisés ! 

Selon que vous serez puissants ou misérables…

Vous pourrez tuer sans état d’âme 

Ou avoir par vos (libres) propos

Le droit d’être inculpé ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon