jeudi 29 septembre 2016

L’envers de la médaille du quinquennat



Les chiffres sont les chiffres mais il y a manière et manière de les présenter. La présentation du budget 2017 est l’occasion de faire le point. Prenons la croissance publiée par le gouvernement en pleine démagogie électorale. Le graphique présenté montre une France qui relève la tête et retrouve la croissance qui stabilise l’emploi… et permet la candidature de Hollande à la Présidentielle. On peut cependant en faire une autre lecture en particulier en se comparant aux croissances de l’UE et de la zone euro.

Si l’on étend la comparaison à 2011, on a le graphique ci-contre. Il distingue l’avant et l’après 2014. Avant la croissance française est systématiquement au-dessus de la croissance de l’UE et de la zone euro. De plus elle est fortement positive en 2011. Ce n’est plus le cas à partir de 2014 même si l’écart se réduit en 2016 et 2017, mais il s’agit là de prévisions gouvernementales. L’UE a récemment révisé à la baisse de 0,1% les prévisions de la croissance pour elle-même et pour la zone euro. Par ailleurs les économistes ont des prévisions nettement plus faibles pour 2016 et 2017 sur la croissance française. Celles-ci sont portées sur le graphique et montrent que l’écart par rapport à l’UE et à la zone euro est plus important que celui des prévisions gouvernementales. Tout ceci apparaît clairement sur le graphique des écarts. 

Le constat n’est alors plus rose mais gris. La France fait moins bien que l’UE et la zone euro depuis 2014. Il apparaît que l’augmentation importante de la pression fiscale 2013-2014 a eu les effets négatifs que l’on pouvait prévoir. Les aides diverses au monde de l’entreprise ont sans doute calmé le jeu ensuite sans toutefois remettre la France au niveau de la moyenne dans l’UE et dans la zone euro. Au passage on constate que la croissance en zone euro est systématiquement plus faible que celle dans l’UE. Sortir de l’euro n’est donc pas une catastrophe, bien au contraire, mais on se garde bien de nous présenter les chiffres qui le prouve. En conclusion, comparativement la France "performe" moins bien que la moyenne des pays européens, il n’y a donc pas lieu de pavoiser sur la qualité de nos dirigeants et la situation a vraisemblablement tendance à se détériorer.

Le chômage a été examiné dans l’article précédent mais il est un autre indicateur qui permet de juger de la santé de l’économie d’un État, c’est la dette publique. En effet la propension de l’État à dépenser  est révélée par l’écart entre le PIB du pays et le déficit public. Ce dernier s’accumule dans la dette et il est intéressant de regarder l’indicateur dette/PIB là aussi par rapport à la moyenne de l’UE et de la zone euro. L’Allemagne étant la championne de la politique d’austérité, dont le but essentiel est la réduction de la dette, la comparaison avec celle-ci s’impose. Une fois encore on constate, qu’en dehors de 2011 où le pourcentage de la dette française a été inférieur à celui de la zone euro, dans tous les autres cas celui-ci est supérieur aux pourcentages de la dette de l’UE et de la zone euro jusqu’en 2015. Il a même tendance à s’aggraver. Ceci est particulièrement visible si on représente les écarts du pourcentage de la dette française avec celui de l’UE, de la zone euro et de l’Allemagne. En 4 ans, l’écart en notre défaveur a grandi de 6% par rapport à la zone euro, de 7% par rapport à l’UE et de 17% par rapport à l’Allemagne ! La France a donc plus mal maîtrisé sa dette que la plupart des pays européens. Au contraire l’Allemagne, qui est déjà en train de réaliser un déficit nul, se prépare à atteindre le seuil de 60% de dette/PIB qui est l’une des obligations à remplir du traité de Maastricht. Ceci pourrait se produire en 2018 au train où va la diminution de sa dette. 

Il nous reste un indicateur à voir. Avec le chômage celui qui a le plus d’impact sur notre niveau de vie, c’est le PIB/habitant. Pour se faire une idée comparative, deux périodes de 4 ans sont examinées, 2007-2011 et 2011-2015 pour lesquelles nous disposons des données Eurostat. Le PIB/habitant est évalué par rapport à celui de l’UE gratifié de la valeur 100. Le graphique présente sur cette base l’évaluation pour la France, la zone euro et l’Allemagne. On voit que l’évolution de la France est similaire à celle de la zone euro mais très différente de l’Allemagne qui caracole en tête. Il semblerait que la politique d’austérité allemande n’a pas dégradé cet indicateur même si la seconde période montre un net ralentissement de l’amélioration de celui-ci. Ceci apparait plus clairement sur le graphique suivant qui représente en effet pour la France, la zone euro et l’Allemagne l’évolution sur chacune des deux périodes. Pour la France la période Hollande s’avère moins bonne que la précédente, dite Sarkozy, comme pour l’Allemagne mais avec un abaissement contrairement à l’Allemagne où l’indicateur a progressé même si c’est plus faiblement. La diminution pour la France est même un peu plus marquée que pour la zone euro.

On voit que sur ces trois indicateurs, croissance, dette, PIB/habitant, la France évolue plus mal que l’UE, la zone euro et bien sûr l’Allemagne sur la période de 4 ans couvrant 2012-2013-2014-2015, ce qui n’est pas vrai dans la période précédente pour le PIB/habitant. Par ailleurs les écarts avec l’Allemagne se creusent fortement et même plus faiblement avec l’UE et la zone euro. Cette dernière est globalement en retrait des performances de l’UE. Cette étude montre que la France est sur une trajectoire de récession dans une Europe elle-même en retrait par rapport aux autres continents. Nous ne méritons même pas la moyenne, alors que les contraintes extérieures (euro, pétrole, taux d'emprunt) étaient au vert,… mais on continue à nous enfumer. 

L’enfumage politique ne fait appel aux comparaisons qu’à son avantage.

Lorsque la vague porte les surfeurs, certains vont très loin 

D’autres non et même boivent le bouillon.

La vague était là mais notre surfeur 

Nous a emmené boire la tasse

Avant de nous noyer ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon