lundi 27 juillet 2015

Quel pays fera exploser la zone euro ?



Il apparaît de plus en plus clairement que la zone euro est dans sa phase terminale. Le cri de victoire de François Hollande pour saluer la non-sortie de cette zone est une pierre de plus ajoutée à une zone cherchant de l’air pour ne pas couler. A présent, Athènes et ses créanciers doivent négocier la mise en place d'un troisième plan d'aide au pays depuis 2010, d'un montant prévu de 82 à 86 milliards d'euros, décidé dans la douleur lors d'un sommet à Bruxelles les 12 et 13 juillet. Selon le FMI, ce montant s’avère notoirement insuffisant et le troisième plan d’aide impliquera des mesures supplémentaires d’austérité. Le temps presse mais les négociations n’ont toujours pas commencé. Il faut d'ici au 20 août avoir bouclé les modalités du plan, afin qu'Athènes ne manque pas un paiement de plus de trois milliards d'euros dus à cette date à la BCE. L’accord sera difficile avec la troïka qui va de nouveau investir les ministères grecs. Le gouvernement Tsipras, sans majorité parlementaire, risque de tomber.

Mais après de la Grèce, les banques chypriotes débordent de créances douteuses. Environ la moitié des prêts accordés par les banques à Chypre sont considérés comme créances douteuses. "C'est une condition nécessaire pour une stabilisation durable du système bancaire, et cela nécessite de nouvelles mesures prioritaires", ont ajouté les créanciers internationaux. Chypre a reçu une aide de 6 milliards d’euros mais est toujours en récession après ses mesures d’austérité. Le Portugal est en crise, personne ne peut le nier. Certes, la conjoncture s’améliore petit à petit, le taux de chômage diminue, l’activité économique repart, l’endettement recule, mais la situation reste difficile. Cette crise est une crise du capitalisme de connivence, ce système où l’État soutient certaines entreprises, soit qu’il cède à leur pression par corruption, soit que ce soit de sa part une volonté délibérée à des fins politiques. La chute de l’ancien Premier ministre José Sócrates et l’écroulement de l’empire financier Espírito Santo représentent les deux faces du capitalisme de connivence qui a ruiné le pays. 

En Espagne, malgré une légère baisse au deuxième trimestre, le taux de chômage de 22,37% reste malgré tout le deuxième plus important de la zone euro, derrière la Grèce dont le taux de chômage, à 25,6% en mars. "Encore beaucoup de familles sont dans une situation très difficile", a reconnu le chef du gouvernement, Mariano Rajoy. L'objectif, c'est "que l'Espagne retrouve les 20 millions de personnes employées qu'elle avait avant la crise", a-t-il ajouté. Près des 2/3 des emplois créés le sont en CDD. L'Espagne continue à voir ses étrangers et ses jeunes partir dans l'espoir d'un avenir meilleur, tandis que certains chômeurs renonçent à retrouver un emploi. L'Espagne a laissé la crise derrière elle en 2014, avec une croissance de 1,4%. Mais la reprise est loin d'être visible pour tous les Espagnols et la menace de faillites immobilières est permanent avec des milliards d’euros à la clé.

L’Italie croule sous les créances douteuses dans le secteur bancaire, soit 15% du total. On parle de 350 milliards. Le fardeau de la dette publique, à 132% du PIB fin 2014, continue à augmenter. La dette privée que publique en Italie est problématique, ce n’est probablement qu’une question de temps avant que son gouvernement devienne un sujet de préoccupation ce qui mettra les banques italiennes dans une situation intenable vu qu’elles ont accumulé les obligations d’État depuis 2012. L’Italie n’est pas la seule dans ce cas, on note aussi l’Irlande, la Slovénie, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et même la France avec 4% de créances douteuses. 

Si l’Italie a mis en place un certain nombre de réformes structurelles et réduit son déficit à 3% en 2014, ce n’est pas le cas de la France qui rechigne aux réformes structurelles et est sur un déficit public de 4%. Par ailleurs son chômage continue à croître. Nous bénéficions encore de taux de prêt très avantageux de 1% à 10 ans par rapport à la Grèce qui emprunte à plus de 15%. Mais ceux-ci croissent, car nous étions vers les 0,7% à fin 2014. Sans réformes structurelles importantes, le plan Macron n’en étant évidemment pas une à la hauteur de la situation, la France se trouve menacée d’un brusque désintérêt des investisseurs qui ferait croître les taux.

L’Allemagne n’échappe d’ailleurs à cette hausse des taux même si elle peut emprunter à moins de 0,7%. Mais l’Allemagne écrase tous les pays de la zone sud par son excédent de balance des paiements. Elle est toutefois désormais devant une alternative, ou elle continue à imposer sa politique d’austérité aux pays du sud, tous plus ou moins en difficulté, ou elle les rejette. En d’autres termes elle doit choisir entre une zone euro qui suit la politique allemande ou elle restreint la zone euro à une zone euromark qui exclut tous les pays demandant une aide. Ou elle admet la solidarité européenne, ou elle la rejette. La Grèce lui pose la question et l’Allemagne se sait à un tournant. 

Il est bien difficile de savoir qui fera exploser la zone euro

Mais depuis la crise grecque, cela sent l’explosion 

Par décision allemande ou nouvelle Grèce ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon