mercredi 1 juillet 2015

Grexit, faillite ou sauvetage in extremis


A l’heure où ces lignes sont écrites, le suspens concernant la Grèce est à son comble et le viol de la déesse Europe est en cours. Le peuple français commence à réaliser qu’il se passe quelque chose qui renvoie nos évènements internes à ce qu’ils sont, de peu d’importance par rapport à ce qui se joue pour l’avenir de l’Union Européenne. Les principaux tenants de la pensée unique, bien relayés par les médias qui œuvrent auprès du pouvoir, traînent dans la boue les représentants de la Grèce avec un message fort d’irresponsabilité. La Grèce est déclarée au bord de la faillite et personne ne voit comment, même si un accord est trouvé, elle pourra payer son échéance du 30 juin, toujours due, et la prochaine du 20 juillet. Les 7,2 milliards, promis par la troïka, n’y suffiront pas et ce sera encore pire pour les échéances d’août. Si un accord de dernière minute est trouvé, il comportera des mesures d’austérité amputant gravement le pouvoir d’achat des grecs sans donner un coup de pouce à son économie. Les dettes seront toujours à rembourser par de nouveaux prêts qui augmenteront le fardeau des échéances à venir. Il faut comprendre que les prêts des créanciers sont destinés à 90% à permettre à la Grèce de rembourser ses dettes.

La difficulté majeure de Tsipras est qu’il s’est engagé dans ses promesses électorales à ne pas quitter la zone euro. Pour être en conformité avec ses promesses, il doit le marteler en permanence. Ceci lui enlève un argument de poids dans les négociations. Ceci étant il sait que la sortie de la zone euro n’est pas prévue dans les statuts, et que forcer la Grèce à en sortir mettrait les pays de la zone euro devant une difficulté juridique telle que ses fondements en seraient affectés. S’il est envisageable qu’un pays sorte seul de la zone euro au risque d’une sortie de l’UE, elle est prévue dans les statuts, il ne peut en être ainsi de l’ensemble des autres pays poussant un autre dehors sans la faire disparaître juridiquement. Si le référendum a finalement lieu dimanche, la question posée ne sera pas, Grexit ou non, mais OUI ou NON aux propositions des créanciers. 

Une nouvelle proposition de la Grèce est discutée entre les ministres des finances ce soir 1er juillet à 17h30. Elle se résume en fait à un accord sur les propositions des créanciers assortis d’une promesse écrite de « restructurer » la dette. On en revient au point de départ, car c’est le point défendu par Tsipras depuis le début des négociations. La restructuration de la dette a systématiquement été refusée, par l’Allemagne en particulier. Il faut dire que Tsipras a demandé que la dette grecque soit amendée comme le fut la dette allemande en 1953. Il n’en fallait pas plus pour irriter l’Allemagne. Tsipras avait été clair en demandant que la dette soit réexaminée, repoussée dans le temps ou annulée partiellement. Si des conditions suffisamment favorables étaient conclues, il ne demandait plus aucune aide de la part de la troïka en dehors de celles consenties à tous les membres de la zone euro. 

Afin de montrer toute l’ampleur de la pression imposée à la Grèce, il faut savoir que l’excédent budgétaire primaire (hors remboursement des intérêts de la dette) prévu était de 1% et la Grèce avait accepté de rogner encore sur les dépenses pour le porter à 1,2%. En d’autres termes la Grèce est un des rares pays européens à avoir un excédent budgétaire. N’oublions pas que la France se bat autour d’un déficit chronique. Par ailleurs la balance commerciale grecque est positive. Si sa dette est allégée pendant un temps suffisant, la Grèce peut être en mesure, non seulement de ne pas l’aggraver mais de la réduire. C’est donc une tyrannie, principalement allemande, qui est exercée sur ce pays afin d’en prendre finalement le contrôle, ce que Tsipras a dénoncé. 

Les discussions de ce soir ne peuvent aboutir sans que la dette soit au centre des discussions et qu’un pas significatif soit fait pour en alléger immédiatement le fardeau. Sinon il semble peu probable qu’une issue favorable soit trouvée car alors Tsipras rentrerait la corde au cou et n’aurait plus aucune crédibilité auprès de son peuple ni même auprès de ses partenaires européens. On ne respecte pas un vaincu. Si un accord sur la dette est trouvé, alors c’est la position allemande qui est enfoncée. Or c’est Berlin qui a pris le pas sur Bruxelles depuis le début. Les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir dans les pays en difficulté par une dette excessive comme l’Italie. Si la discussion échoue, le référendum aura lieu mais son verdict est incertain tant les partis tenants de l’appartenance à l’euro vont essayer de faire croire que c’est le véritable enjeu du vote et vont jouer sur la peur de la catastrophe dans un pays qui croit encore que l’euro est sa planche de salut. Elle le fut et une abondance brutale, non gagnée par l’économie, a incité à une non maîtrise des dépenses, tant il est électoralement favorable de distribuer l’argent à tout va. Désormais l’euro est la certitude de l’austérité imposée pour faire payer au peuple les créanciers sans que l’économie puisse se doter du rebond nécessaire. 

Au-delà du référendum ou d’un accord de dernière minute, la Grèce est devant un tiercé d’alternatives, le Grexit et l’abandon de l’euro, la faillite dans l’euro engendrant une mise sous tutelle, le sauvetage permanent qui ne fait que repousser le problème en alourdissant la dette. Mais désormais la faillite de la Grèce fera s’effondrer ce château de cartes idéologique. L’UE apparaîtra alors comme faillible, la zone euro comme friable et le projet européen comme chimérique. C’est à un avenir on ne peut plus incertain pour l’UE qui se profile dans les prochains mois. Les divergences nord-sud ne feront que s’accentuer et les pays limitrophes de la Russie sont poussés vers des préoccupations militaires qui sont celles des Etats-Unis. Nous entrons dans une zone de grande turbulence. 

La Grèce est un révélateur de la fragilité de l’édifice européen. 

Le fédéralisme qui en aurait fait un ensemble cohérent 

S’applique de moins en moins à un ensemble 

Toujours plus disparate où le nationalisme 

Se fait d’année en année plus visible. 

L’Europe est à repenser avant… 

Qu’elle ne meurt ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon