samedi 4 juillet 2015

L’heure de vérité grecque avant la nôtre




Demain les grecs vont voter pour choisir entre l’austérité du OUI et celle du NON, entre la corde resserrée d’une austérité choisie ou celle sans concession imposée par l’Allemagne. La peur de l’inconnu, pour un peuple qui a goûté à l’arrivée de l’euro pour trouver une prospérité tombée du ciel, fait que tout porte à croire que, comme en Argentine, ce facteur pèsera lourd dans le vote grec. L’élan de rébellion derrière Tsipras sera-t-il suffisant quand le retraité fait la queue pour retirer quelques dizaines d’euros, quand les rideaux des banques sont baissés sans que l’on soit sûr de les voir se rouvrir rapidement, quand les bornes bancaires peuvent subitement ne plus être alimentées, quand arrive des alertes de catastrophisme venant de l’extérieur et de l’intérieur du pays ? Les grecs ont vu aussi ce qui s’est passé à Chypre, qui a finalement cédé à l’UE, et la tentation de soumission est contagieuse.

Tsipras joue gros et on peut, au moins lui reconnaître un certain courage, courage que nombreux sont ceux qui le dénomme irresponsabilité. La position défendue par Tsipras est difficilement tenable, car sans sortie de l’euro, il ne peut qu’aggraver l’austérité pour maintenir le pays en capacité d’honorer les échéances qui risquent de s’aggraver sans annulation ou report de la dette et diminution des taux d’intérêt. Or d’une part il s’est engagé auprès le peuple à ne pas quitter la zone euro parce que celui-ci ne le veut majoritairement pas, et d’autre part l’Allemagne pour des raisons électorales campe sur une position intransigeante de non restructuration de la dette grecque. L’impasse est totale. Dans le cas du vote NON les concessions accordées par les institutions européennes ne seront que sur l’ampleur des aides financières, remboursables avec intérêt. Dans le cas du OUI la Grèce devra se plier au même régime avec plus d’aides financières payées par plus d’austérité. Dans les deux cas, la Grèce ne fera que s’enfoncer avec un peuple travaillant pour payer les intérêts d’une dette qui ne fera que grossir. 

Tsipras a d’ailleurs fait l’erreur de ne pas instituer de suite un contrôle des capitaux, la Grèce s’est dépouillée de dizaines de milliards. Or cette stratégie n’a de sens que dans le cas d’une sortie de l’euro auquel cas le retour des capitaux se fait en euro et non en drachme, avec une plus-value interne d’environ 25%, compte-tenu de la parité actuelle euro-dollar. Pour des raisons électorales Tsipras a privilégié les retraités par rapport aux jeunes et aux entreprises, ce qui ne fait qu’augmenter le montant de l’aide nécessaire. Tsirpas demande 36 milliards d’aide supplémentaire pour maintenir les retraites et lancer un grand plan d’investissements. Il réclame toujours en plus une restructuration de la dette ou un report sur 3 ou 4 ans. Angela, poussée par son monstre Schauble, ne reviendra pas sur le NEIN à la dette grecque et la petite aide supplémentaire sera toujours à rembourser avec intérêt.

La Grèce est devenue ingouvernable, disloquée, éclatée. Elle est mûre… pour l’aventure. C’est malheureusement le but recherché pour mettre ce pays sous tutelle et indiquer à tous les pays, qui tenteraient une rébellion à la grecque, que c’est ce qui les attend. Notons d’ailleurs que le devenir des nations européennes faibles, c’est soit des dirigeants choisis mais serviles, soit la mise sous tutelle avec des technocrates banquiers choisis par… Angela Merkel. L’Union Européenne, vendue comme la championne de la démocratie, de la prospérité et de la paix, voit la prospérité lui échapper et la guerre à ses frontières après avoir déjà subi l’aide américaine dans les Balkans, et pratique. Désormais elle apparaît comme une structure antidémocratique, « phagocyteuse » de nations asservies au profit d’une Cabale de puissants, de courtisans politiques et de technocrates non élus et grassement payés. 

Nous aurions tort de critiquer nos amis grecs et de ne pas saluer ce grand élan démocratique d’un pays qui ne veut pas disparaître. L’Allemagne s’est découverte dans tout son égoïsme et sa volonté de domination. En même temps elle s’est fragilisée car sa force tient pour une bonne part à l’euro comme les Etats-Unis avec le dollar. D’autres peuples se manifestent comme Podemos en Espagne. Le Royaume-Uni, fort de la City, voit sa position renforcée dans des négociations qui en feront, Brexit ou non, une nation de plus en plus à part de l’UE. Les peuples européens en difficulté, donc aussi le nôtre, vont comprendre que si la Grèce n’arrive pas à briser le joug allemand, la conjonction de plus grands pays peut renverser la table. Si notre dette est moins lourde et si nous bénéficions de taux d’emprunt avantageux, ces derniers peuvent rapidement évoluer et notre dette, qui va atteindre 100% du PIB au plus tard au premier trimestre 2016, nous met dans une situation de faillite non avouée mais réelle, comme le rappelle à juste titre François Fillon. Les français, savamment maintenus dans l’insouciance, ne devraient pas ignorer que nous payons les intérêts de notre dette publique en empruntant et en continuant à diminuer nos capacités de remboursement comme l’indique son aggravation par rapport au PIB.

Une dette souveraine ne s’efface pas avec la faillite. 

Les peuples corvéables, solidaires ou non,

Sont toujours là pour être ponctionnés. 

On peut donc l’alourdir sans fin. 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon