mercredi 22 juillet 2015

L’agriculture en péril traitée à la lance à incendie

Le feu couvait depuis des mois et Hollande a cru que de belles promesses suffisaient pour l’éteindre. Les promesses étaient déjà à minima et les actions n’ont pas suivi. Hollande avait d’autres préoccupations, la Grèce, l’Iran, le Qatar, les voyages en Afrique, toutes destinées à montrer combien il représentait bien la France. Le Président est en campagne et prépare la Conférence mondiale sur le Climat qui doit montrer combien il est au centre des préoccupations de la population du globe. Le paysan est patient par nature car c’est justement elle qui le lui a appris. Si le paysan râle contre les caprices de la nature mais les accepte car elle ne promet rien, il n’en est pas de même des promesses non tenues. Il a gardé le sens du top-là qui fait se rejoindre deux paumes de main et scelle un marché conclu et plus sûr que tous les écrits.

Alors le monde paysan frustré par des promesses non tenues devient incontrôlable et la dureté paysanne ne recule devant aucune action pour survivre. Il vient de rappeler Hollande aux réalités de son pays. Le grand plan Elyséen pour la zone euro et l’UE devra attendre. Le feu ne couve plus, l’incendie se propage. Au quatrième jour d'une mobilisation qui va crescendo depuis dimanche, les éleveurs accentuaient la pression ce mercredi 22 juillet 2015 sur le gouvernement. Les barrages routiers se multipliaient sur l’ensemble du territoire forçant le gouvernement à un réveil douloureux. 

Le président François Hollande a promis mardi un "plan d'urgence" pour les éleveurs affaiblis par la baisse des prix de leurs productions, dont les mesures seront annoncées à l'issue du conseil des ministres. Le président de la Fédération des éleveurs bovins (FNB), Jean-Pierre Fleury, a lui aussi prévenu qu'en attendant les mesures qui seront présentées mercredi, "les éleveurs ne lâcheront pas tout simplement parce qu'ils sont en train de jouer leur peau". Le gouvernement vient de lâcher 24 mesures dont des mesures de report de dettes, de  50 millions d’allègement des charges ainsi qu’un fonds de 500 millions alloués aux banques pour permettre des prêts pour la trésorerie aux entreprises du secteur de l'élevage afin de faire face à l'ensemble de leurs besoins. Le gouvernement considère que cela devrait permettre de restructurer leurs dettes à moyen et long terme.

C’est cette dernière phrase qui pose problème car il s’agit d’une part d’un report à plus tard, que ce soit pour les  dettes ou les facilités de trésorerie. Les entreprises en difficulté ne pourront pas se sortir de l’ornière et repousser à plus tard en augmentant la dette, cela ne sert à rien sinon à aller plus vite vers la faillite. Quant aux allègements des charges, il semble que cela soit attribué aux seules entreprises en difficulté. Or quels sont les critères qui définissent cela, quelles démarches administratives faudra-t-il faire ? Dans quel délai cela sera-t-il appliqué ? Quand une exploitation est en difficulté, les jours comptent double ou triple dans l’angoisse et l’accumulation des dettes. Enfin le mot « entreprise » est utilisé alors que pour la majorité des petits agriculteurs, celles qui forment le vrai tissu agricole français, il s’agit d’une « exploitation ». La sémantique est révélatrice de mesures qui aideront les entreprises, les grosses, mais laissera les exploitations incapables de réellement bénéficier de celles-ci. 

Par ailleurs il est prévu une aide de 10 millions d'euros pour des actions de promotion de la viande bovine, qui n’est, dans l’état actuel des choses, que d’inciter le consommateur à payer plus cher sa viande. Citons aussi la réactivation du dispositif de garantie COFACE pour maintenir les flux d'expédition des viandes bovines vers les acheteurs grecs traditionnels. On voit encore là que l’on parle entreprise. Si le producteur de viande vend à perte, il n’alimentera pas le marché à l’export car il disparaîtra. D’autres « mesurettes » font partie du package comme l’aide à la transformation du méthane en électricité. N’oublions pas l’écologie à l’honneur en décembre pour la gloire du Président.

Il ressort de ce plan trois choses. Premièrement l’aide essentielle est un report des charges et de la dette dans le temps qui ne peut qu’aggraver celle-ci. Deuxièmement le tissu des exploitations agricoles va voir l’essentiel de ces mesures aller vers les entreprises, donc les grosses exploitations. Troisièmement Il n’y a pas dans ce package de mesures qui permettent de redonner un avenir à cette filière agricole dans son ensemble. Les différents secteurs des exploitations agricoles de base vont revenir les uns après les autres vers le gouvernement pour de nouvelles aides. 

De toute évidence le gouvernement est incapable de proposer des réformes structurelles sans se heurter à Bruxelles. La PAC est un monument que la France n’a plus guère la force d’ébranler car de plus c’est elle qui profite le plus des aides dans ce secteur. On gagne du temps, mais on va reculer pour mieux sauter. Là encore la zone euro nous prive du moyen d’adapter nos prix à la concurrence en jouant sur la monnaie, ce que peuvent encore faire 10 pays de l’Union Européenne. C’est le seul levier qui permettrait à la France de proposer des produits de qualité avec un surcoût commercialement absorbable par le consommateur. Les produits étrangers se trouveraient surenchéris et le « consommer français » serait perçu sans publicité par l’acheteur. Tout le reste n’est que poudre aux yeux. 

Il faut cesser les aides européennes qui sont souvent mal réparties 

Le secteur agricole doit pouvoir bénéficier d’une monnaie

Qui le mette dans une position concurrentielle 

Toutes choses impensables dans le carcan

De la zone euro et des normes UE 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon