jeudi 9 juillet 2015

L’UE et la zone euro sont-ils une réussite ? (suite)


Le sort de la Grèce est entre les mains des 28 pays de l’euro et principalement de Mme Merkel. Des voix, et pas des moindres avec Giscard d’Estaing, Juppé, Strauss-Kahn, s’élèvent enfin pour parler d’une solution de sortie aidée de la zone euro. Les traitements de choc infligés à ce pays ont fait transiter l’argent des classes moyennes et pauvres vers le sauvetage des banques grecques. Lors de la crise de 2008, la Grèce a subi, plus que d’autres pays, un choc sur son économie mais aussi sur les prises de risques insensées des banques, encouragées par l’UE auparavant. L’urgence pour l’UE était de sauver les banques à faire mieux qu’équilibrer son budget primaire (hors remboursement des intérêts) mais en creusant toujours plus sa dette passant de 115% du PIB en 2008 à 180% aujourd’hui. Le peuple a payé car l’économie n’a vu que 10% des aides et les investissements n’ont pu être réalisés pour la relancer.

La tragédie grecque a été créée aussi par les grecs eux-mêmes peu soucieux de ralentir des dépenses et se laissant bercer par des banques qui s’engageaient dans des opérations de spéculation de plus en plus risquées. Dès 2010, il aurait fallu que l’UE prenne en compte le fait que la dette devenait insupportable. Au lieu de cela on a continué à déverser de l’argent qui encourageait les banques à spéculer à tout va. Si la Grèce est coupable, l’UE, la BCE et le FMI le sont tout autant pour avoir imposé une solution économiquement et humainement insoutenable. On a accusé la Grèce de dépenses militaires insensées, en particulier à Chypre. Or elles ne représentent que 2,2% du PIB, comme la France qui veut augmenter ce pourcentage en 2016.Le rognage dans les dépenses et la main mise des armateurs et de l’Eglise grecque sur le pays, ont fait croître le mécontentement et l’appauvrissement du peuple plus vite que le retour à la croissance et à l’équilibre budgétaire primaire. L’imprévisible selon ceux qui dénoncent le coup de force de Tsipras était prévisible depuis 5 ans !

Avec une dette de 180% du PIB, un taux de chômage de 25%, dont 50% chez les jeunes, et une économie qui n’est plus soutenue que par le tourisme et l’agriculture, la Grèce ne peut s’en sortir quelles que soient les mesures prises car les plus efficaces demanderont un délai de plusieurs années pour porter leurs fruits. Dans le droit fil de leur conception de la démocratie européenne,  La BCE avec soutien de l’Eurogroupe aligné sur la position allemande avait organisé la fermeture des banques et le début de paralysie de l’économie grecque la semaine dernière afin d’inciter les Grecs à « bien » voter. Manipulation et agression économique devaient faire peur aux Grecs et leur mettre le couteau sous la gorge. La Grèce a voté NON à l’injonction des Institutions, derrière elles des principaux pays créditeurs malgré la menace d’une expulsion de l’euro. Les Grecs sont au bout des concessions sur l’austérité et les mesures structurelles, les pousser plus loin ne servirait qu’à leur reprocher de ne pas les avoir mises en œuvre. L’aide à la dette reste toujours ignorée de l’Allemagne et des pays du Nord en gros, malgré l’avancée notoire du FMI qui demande que cela soit remis sur la table. 

Soit Tsipras recule et abandonne sa demande sur la dette et aucun plan durable et réaliste ne sera mis en œuvre. On ne fera que reculer pour mieux sauter et Tsipras avec pour mettre ce pays sous tutelle allemande, lui enlevant toute souveraineté sous un diktat germano-américain. C’est d’ ailleurs à quoi tend la position française, même si le gouvernement s’en défend. Soit la pression de la BCE est orchestrée pour mettre le pays à genoux en fermant tous les robinets, la Grèce sera alors en faillite et obligée de mettre en service une monnaie nationale dévaluée, et de nationaliser les banques. Il s’agira d’un Grexit de fait mais juridiquement impossible selon les traités. La Grèce, en faillite, fera valoir son droit à être secourue par le Mécanisme Européen de Stabilité entre autres. 

Le cul entre deux chaises, entre fédéralisme et union économique solidaire, l’UE montre son incapacité à mettre en œuvre une politique de cohésion entre les pays où le nord et le sud s’écartent de plus en plus. Il en est de même à l’intérieur de l’euro. La BCE ne joue désormais que le rôle de pompier des marchés bousiers et des banques, comme la Fed et la Banque du Japon. Mais pendant ce temps les dettes ne cessent de croître, Allemagne exceptée. L’Europe est devenue globalement le continent en retard dans la croissance, son PIB/hab stagne et les écarts entre riches et pauvres augmentent. Il est symptomatique que ce soit un petit pays, symbole de la démocratie, qui révèle les failles et l’absurdité de cette construction européenne, alors que les sommes supplémentaires à mettre en jeu sont ridiculement faibles par rapport au total des PIB des pays de l’Union. Grexit et Brexit dans l’air, flux migratoires non maîtrisés, sont autant de sujets où l’UE a failli. 

Puisque l’on ne peut sortir de l’euro sans sortir de l’UE

Ce n’est plus l’avenir de l’euro qui est en cause 

Mais celui de la construction européenne.

L’Europe ne sera que si elle se remet

Fondamentalement en cause ! 

Problème plus politique

Qu’économique ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon