vendredi 3 juillet 2015

Grèce, Turquie, Iran, USA, Russie : encore une affaire de pétrole !



La crise grecque est traitée sur un plan strictement économique (enfin autant qu’on nous le fait savoir) par l’UE et l’eurogroupe, et ceci contrairement aux Etats-Unis. Ceci n’est pas étonnant si l’on considère que l’UE n’a pas de politique extérieure autre que la copie et l’« avalisation » de la politique américaine. Or c’est sans aucun doute à partir d’une analyse géopolitique que devraient être menées les négociations avec ce pays. L’attitude des Etats-Unis ne découle elle que de cette analyse et il faut reconnaître que l’économie est au service de la géopolitique et non l’inverse. La politique américaine a toujours été orientée sur la maîtrise de l’énergie, et des ressources naturelles qui la produisent, principalement le pétrole. Le but était initialement de garantir l’approvisionnement de ce grand pays consommateur. Depuis que le gaz de schiste a rendu ce pays autosuffisant, cette politique est restée inchangée mais le but est, soit de priver au maximum les pays ennemis, ou dangereusement concurrents, de cette ressource indispensable à leur économie (Chine), soit de la possibilité de l’écouler (Russie) vers les pays soumis à l’hégémonie américaine (UE).

C’est ainsi que la politique américaine a finalement considéré que, dans la mesure où l’Iran est attiré par un partenariat avec les BRICS, en particulier la Russie, il devient urgent de changer d’attitude envers ce pays. Les USA cherche un accord « a minima » avec l’Iran sur le dossier nucléaire laissant la France dans une position dure, ce qui les fait passer du rôle de tyran à celui de partenaire conciliant. Le but est clair, rendre l’Iran moins permissive à l’attirance des BRICS, puissance mondiale montante seule capable de briser l’hégémonie étatsunienne. Le chaos sur l’Irak et la Syrie n’a pas d’autre but que la soumission de ces pays et la récupération du pétrole par des compagnies privées de l’occident sous contrôle. Cependant la situation est devenue inextricable avec un Etat Islamique, maintenu en vie tant que le régime syrien n’est pas tombé, et une Turquie qui joue son propre jeu avec le règlement (au sens fort du terme) du problème kurde et une opposition religieuse à l’Arabie saoudite. Le chaos en Ukraine s’inclut dans l’approche des frontières russes mais aussi des champs pétrolifères du Caucase. 

Depuis 2012, une nouvelle grande zone pétrolifère est soumise à des sondages, celle de la mer Egée. Trois pays sont concernés, Chypre, la Turquie et la Grèce. Si d’ici 2016, les sondages entrepris par une compagnie américaine confirme les présomptions géologiques et sismiques, il se pourrait que ce gisement soit d’une importance mondiale. Les experts parlent de 100 milliards de Barils. Dans les nouvelles discussions avec la Grèce, on passe sous silence les efforts d’Antonio Samaras, avant Tsipras, pour jouer la carte des revenus pétroliers et gaziers futurs pour obtenir des prêts « relais » jusqu’en 2017, prétextant que la Grèce pourrait devenir le pays européen le plus riche. La Grèce est déjà un petit producteur de pétrole à hauteur de 0,5% de ses besoins (2000 barils par jour), mais les perspectives de la mer Egée sont si prometteuses qu’une guerre Grèce-Turquie a manqué se déclencher sur l’attribution des zones maritimes et sous-marines, les ZEE. La Grèce possède la seconde plus grande ZEE de Méditerranée après l’Italie, soit un demi-million de km2, c’est-à-dire 3 fois la taille du pays ! Au contraire de Chypre, la Grèce n’a pas fait avaliser au niveau mondial, sa ZEE. Donc le différend Grèce-Turquie n’est pas réglé.

Si l’UE ne semble prêter aucun intérêt à ce qui pourrait changer non seulement les perspectives de la Grèce mais de l’Europe toute entière, deux pays, en dehors de la Turquie, y prêtent une attention particulière, les USA et la Russie. Il s’agit pour eux d’un enjeu sratégique de grande importance liée à la position géographique de la Grèce et à ses perspectives pétrolières et gazières. Ce n’est pas pour rien qu’une compagnie américaine effectue les sondages et que l’on parle d’une répartition des produits pétroliers espérés entre 60% pour les américains, 20 % pour les turcs et 20% pour les grecs. La position géographique de la Grèce dans la Méditerranée est très importante pour l’OTAN. Ceci suffit déjà pour expliquer l’intérêt des USA pour la Grèce.
 
Mais la façon dont l’UE aborde les demandes d’aides grecques montre un obscurantisme géopolitique européen. La Grèce a des liens historiques avec la Russie, économiques, culturels et cultuels. Le rapprochement religieux par l’orthodoxie est fort et Poutine et Tsipras n’ont pas manqué de le rappeler lors de leurs entrevues. La Grèce a un œil tourné vers la Russie et réciproquement. C’est une autre raison majeure de l’attention portée par les USA et la pression exercée sur l’UE pour le maintien de la Grèce dans la zone euro, l’UE et l’OTAN ! D’un autre côté la Russie tisse progressivement des liens économiques et des accords militaires avec la Grèce. L’abandon du gazoduc South Stream est acté par Poutine qui n’obtient pas le droit de passage par la Bulgarie, soumise à la pression de l’UE, et prend en compte la situation à risques présentée par l’Ukraine. « Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens », avait alors souligné le président russe. Le nouveau projet, signé par la Turquie et la Grèce désormais, est le Turkish Stream, pipeline qui passe par la Turquie et arrive en Grèce avec la perspective de traverser l’Adriatique vers l’Italie. La Russie est prête à consentir deux milliards pour sa construction afin d’aider la Grèce qui manque de liquidités.

Guerre au Moyen-Orient à l’est, chaos en Libye au sud, la situation de l’Europe sur son flanc oriental est inconfortable. La Grèce, qui est par ailleurs membre de l’Otan depuis 1952, est en première ligne. En face : la Turquie. Le chaos en Syrie et Irak d’une part, et la question de Chypre et de la mer Égée, qui sépare Grèce et Turquie, d’autre part, montrent la position stratégique de ce pays. Le magazine Orient a titré : “Le jeu trouble des pays du Golfe et de la Turquie” à propos d’une enquête sur la guerre contre Daech. Les griefs : le manque de soutien flagrant à la résistance kurde dans la région comme à Kobané, et les soupçons d’achat systématique du pétrole de contrebande de Daech par les Turcs. Autre motif de crainte : le rôle d’Ankara dans les flux migratoires en Europe de réfugiés depuis le Moyen-Orient. “L’État turc laisse faire les trafics et se sert de cette pression migratoire dans ses relations internationales, notamment avec l’Union européenne”, pointe l’article de la revue Orient. 

Il serait temps que l’UE, à défaut la France, comprenne que si la question économique peut trouver une solution à 30 milliards et un peu plus d’autonomie laissée aux grecs, voire un échelonnement de la dette, les conséquences géopolitiques sont d’une importance capitale pour l’Europe et 2016 c'est demain. Les USA et la Russie l’ont compris eux ! 

“Ce que l’on entend dans les rues d’Athènes ? 

Si l’Union européenne croit qu’elle est notre seule option,

Elle se trompe !” 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon