vendredi 10 octobre 2014

Une autre route pour la France ! (3ème partie : la manipulation budgétaire)


On dit que l’argent pourrit tout, c’est souvent vrai mais en France ce qui est toujours vrai, c’est que la politique pourrit tout et en particulier le budget national. Le jour où nos gouvernants bâtiront un budget en manager et reprendront seulement leur casquette politique pour expliquer au peuple les objectifs à atteindre, les clefs de répartition de l’argent public et les éventuels sacrifices à faire, on aura fait le pas nécessaire pour retrouver la voie du succès. C’est parce que le budget se construit sur les dépenses que politiquement on juge nécessaires et que les recettes sont priées de s’y plier que le déficit est toujours au rendez-vous et plus important que prévu. 

Le budget 2015 en est la parfaite illustration. On décide de dépenser 21 milliards pour soi-disant relancer l’économie, en réalité pour faire surtout un cadeau aux grandes entreprises et aux multinationales, et on s’arrange pour rogner un peu par ci par là les dépenses de l’État en évitant celles de fonctionnement, et pour finalement complémenter les économies par une baisse de la répartition sociale sur les citoyens et une hausse des taxes supposées plus indolores. Le tout est d’arriver, non pas à respecter les critères imposés par Bruxelles, mais à se trouver dans une position défendable devant cette institution, du style : « Quand la croissance n’est pas là en zone euro, la France ne peut pas diminuer son déficit comme prévu ». 

Cette attitude est un peu celle de l’élève disant au maître : « je n’ai pas pu apprendre ma leçon parce que je suis allé au cirque hier ». Alors pour 2015 l’attitude de Bercy aurait pu être celle de regarder d’abord les recettes. Elle est liée à la pression fiscale certes, pression que l’État maîtrise, mais elle dépend aussi de la croissance non maîtrisée. C’est pourquoi l‘on dit « Trop d’impôt, tue l’impôt ». La zone euro peine et les prévisions du FMI, de la Banque mondiale et de la BCE, ne sont pas optimistes. L’Allemagne ralentit… et nous on accélère avec une prévision de 1% de croissance. La prudence élémentaire est de ne pas prévoir une croissance supérieure à celle espérée fin 2014 soit 0,4%. C’est un premier point où l’optimisme gouvernemental tourne à la béatitude ou à la manipulation ! 

Michel Sapin pleure sur le budget 2014 qui n’a pas vu une inflation suffisante, ce qui a entraîné une part de la baisse des recettes. Il masque ainsi la décision d’une croissance à 1% pour ce budget alors que la plupart des économistes sérieux parlaient de 0,5% au mieux, contrairement à ce qu’il ose nous dire maintenant. Manuel Valls ayant agité l’épouvantail de la déflation, il eut été prudent de ne prévoir qu’une inflation quasi-nulle pour 2015, à 0,1% par exemple. Comme je l’ai publié précédemment, on aurait pu prévoir 4 à 5 milliards de recettes en moins donc d’économies supplémentaires à trouver. C’est d’ailleurs le chiffre, publié dans mon article « Je suis à la dette, docteur. Est-ce grave ? », que nous réclame la Commission européenne ! 

Une fois les recettes prévues avec réalisme, on peut éviter de répéter le dérapage de 9 milliards sur le budget 2014, ce qui ne sera pas le cas si celui de 2015 n’est pas modifié. C’est à ce stade que les options de couverture des dépenses demandent d’être politiquement analysées. La pression fiscale est au maximum, il ne devrait donc pas être question de compléter les recettes par des taxes supplémentaires, car c’est alors une véritable politique d’austérité dont se défend le gouvernement. Par ailleurs il est facile de dépenser 21 milliards supplémentaires en augmentant un peu plus la dette de 13 milliards par un passage du déficit de 3,8%, chiffre de l’engagement français, à 4,4% du  budget 2015. Ce n'est plus que 8 milliards qu’il faut trouver. Si l’on ajoute les prévisions optimistes de 4 à 5 milliards, l’effort n’est plus que de 3 à 4 milliards que l’on va prendre sur la baisse des prestations sociales et les taxes supplémentaires, en augmentation déguisée de la pression fiscale. 

Et voilà pourquoi ma sœur est muette. Nos politiques ne sont que des prestidigitateurs. L’effort budgétaire des 21 milliards n’est qu’une manipulation de chiffres qui se dégonfle comme une baudruche à coups de prévisions optimistes irréalistes et d’augmentation de la dette ! A côté de cela l’effort sur les dépenses de fonctionnement de l’État est ridicule puisque ces dépenses continuent à augmenter et que le principal effort est demandé aux collectivités territoriales qui ne vont pas manquer de reporter le manque à gagner sur les contribuables. C’est une nouvelle ponction fiscale de politique d’austérité et non de rigueur qui se traduira par une baisse de la consommation des ménages, ce qui réduira la croissance, donc les recettes prévues, et agrandira le déficit, etc., etc. C’est donc à un véritable peignage de ses dépenses que l’État aurait dû se livrer et dans ce sens on comprend l’exaspération d’Angela Merkel sur notre façon de gérer le budget français. C’est pourtant la route de vérité que la France doit emprunter. Nous en reparlerons dans un résumé des mesures à prendre.

Le gouvernement nous vend des chimères 

Pour pouvoir mieux nous plumer 

En restant bien au chaud ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon