jeudi 23 octobre 2014

Le capitalisme, une drogue qui peut tuer ! (2ème partie : le capital productif)


Dans l’article précédent j’ai montré le côté pervers du capitalisme financier, celui qui nourrit la spéculation sur les marchés boursiers, celui qui est alimenté par le déversement de liquidités à taux d’intérêt presque nul sur les banques privées qui déversent eux-mêmes sur les États, celui qui crée les bulles et engendre les catastrophes mais qui enrichit les détenteurs du gros capital. Le capitalisme qui sert de faire-valoir au libéralisme s’est pourtant répandu dans le monde entier parce que c’est un moteur indispensable à la création de richesses réelles. C’est le poumon des entreprises que celles-ci investissent par autofinancement ou par l’emprunt. 

Je me suis permis de prendre une comparaison avec un réacteur nucléaire, ce qui peut choquer les écologistes, pour imager le capitalisme. Un réacteur peut être dans trois différents états en dehors de celui de l’arrêt complet. Il peut être en cours de chargement. A ce moment le cœur du réacteur se trouve dans l’impossibilité physique de produire de l’énergie, sa charge en combustible est trop faible, c’est l’anticapitalisme, bien représenté par le communisme. Il se passe des évènements à l’intérieur du cœur du réacteur mais tout tourne en rond sans rien produire vers l’extérieur. Le réacteur peut être en fonctionnement et produire de l’énergie. Le moteur nucléaire tourne mais est sous contrôle parce que la régulation a été mise en place dans ce but et que la charge de combustible est suffisante pour alimenter la marche du moteur nucléaire. C’est l’image du capitalisme productif. Mais on peut imaginer que l’on relâche la régulation et qu’on provoque une surchauffe du réacteur, c’est un peu ce qui s’est passé à Tchernobyl. On explore alors des zones critiques, donc dangereuses mais on fait croître l’énergie produite. C’est le capitalisme pervers. A jouer avec le feu, un jour ou l’autre le cœur explose ou fond sur lui-même. C’est l’éclatement des bulles et les catastrophes monétaires. 

Le capitalisme doit être enfermé le plus possible dans des règles de fonctionnement qui interdisent d’en changer la destination préférentielle vers la production et d’empêcher qu’il tourne sur lui-même au seul profit de ceux qui l’alimentent par le capital investi, capital qui leur a été fourni en monnaie de singe. Le capitalisme productif est le véritable gain de richesse et de pouvoir d’achat qui peut inonder l’ensemble d’une population et qui est en véritable rapport avec le travail fourni par elle. Le capitalisme financier n’est que l’appétit de ceux qui utilisent ce moyen pour gagner beaucoup plus dans le monde devenu irréel d’un système monétaire déconnecté de la réalité depuis que son lien à l’or a été rompu. 

Nous allons vers une période de croissance dite molle au mieux, sans doute de l’ordre de 0,5%. Elle restera à ce niveau parce qu’elle correspond aux améliorations techniques, aux innovations, à l’automatisation, dans le domaine du possible, qui permettent de payer demain ce qui nous est soit utile soit agréable un peu moins cher qu’aujourd’hui et d’envisager de dépenser plus pour autre chose utile ou non. Ce n’est nullement une catastrophe, mais cela demande que nous changions de braquet dans l’augmentation possible des dépenses. Les salariés, n’étant pas maîtres de leur salaire, y sont contraints de gré ou de force. Il n’en n’est pas de même pour l’État qui ne veut pas admettre ou avouer que les temps ont changé. Il continue à faire des prévisions de croissance irréalistes et y ajustent ses dépenses sans cesser néanmoins de les faire croître. 

C’est pourquoi nous nous enfonçons. L’État ne veut pas réduire son train de vie et veut agir sur le secteur productif à sa manière, c’est-à-dire en gardant la maîtrise des impôts et des redistributions. Plus il collecte des impôts, plus son pouvoir dans la redistribution est grand. Ce n’est évidemment pas dans les tâches régaliennes normales mais sa propension à tout gérer dans le monde productif et à son laxisme dans la gestion du monde spéculatif ont un lien avec le pouvoir des banques, des financiers et des multinationales sur les gouvernants qui en tirent eux-aussi pouvoir et argent.

La croissance à plusieurs % n’est pas pour demain. Elle peut revenir mais personne ne sait quand, car cela dépend des grands sauts technologiques comme le furent l’automobile, l’électricité, l’électronique, etc. Il faut donc ajuster notre train de vie, le nôtre et celui de l’État, à une croissance faible qui devient nulle ou négative quand on gère mal un État. La gestion budgétaire ne consiste plus à faire la somme des dépenses souhaitées et d’y ajuster les recettes. Par ailleurs le reversement des capitaux sur le monde productif doit redevenir son objectif primordial et les grandes fortunes doivent être issues de ce monde du travail et non essentiellement de celui de la spéculation. Sinon nous n’avons pas fini de voir s’abattre sur nous des catastrophes dont ce monde des puissants se tire très bien à nos dépends comme nous le verrons dans le prochain article. Les vices du capitalisme qu’on reproche ne lui sont point inhérents, ils ne proviennent pas de sa nature, mais du système financier qu’il utilise, un système financier qui domine au lieu de servir. C’est le système financier qui vicie le capitalisme. Ce qui est certain c’est que : 

Un monde nouveau est à réinventer où l’argent aide à vivre 

Mais où l’on ne vit pas que pour l’argent, 

Celui où les Valeurs valent de l’or 

Et où on n’oublierait pas de les préserver ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon