mercredi 22 octobre 2014

Le capitalisme, une drogue qui peut tuer ! (1ère partie : la spéculation)



Comme il y a le bon et le mauvais cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise utilisation du capitalisme. J’entends bien sûr que la bonne utilisation est celle dont nous pouvons tous profiter, nous les représentants des classes moyennes et défavorisées. En effet la mauvaise utilisation n’est pas perdue pour tout le monde. Mais sous quel angle devons-nous regarder le capitalisme quand le dictionnaire Larousse en donne plusieurs définitions ?
   
  •  « statut juridique d'une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n'en sont pas propriétaires » ;
  • « système de production dont les fondements sont l'entreprise privée et la liberté du marché » ;
  • « système économique dont les traits essentiels sont l'importance des capitaux techniques et la domination du capital financier » ;
  • « Dans la terminologie marxiste, régime politique, économique et social dont la loi fondamentale est la recherche systématique de la plus-value, grâce à l'exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production, en vue de la transformation d'une fraction importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle plus-value »
C’est bien la terminologie marxiste qui définit le mieux le mauvais capitalisme pour le monde du travail. Il faudrait cependant ajouter : « et qui maintiennent au plus bas les salaires et sans intéressement aux profits ». Le capitalisme se nourrit du libéralisme qui prône la liberté d’entreprendre, la liberté de travail et la liberté de la propriété privée. Le néo-libéralisme ajoute une vision floue de l’intervention de l’État qui permet au socialisme et à la droite classique d’en définir des contours très différents. Le social-libéralisme développe ainsi un interventionnisme de l’État qui amenuise singulièrement la portée du libéralisme appliqué au capitalisme productif, mais intervient peu dans le capitalisme spéculatif, sinon pour engranger les recettes fiscales. 

C’est là en effet où se situe la dérive du capitalisme telle qu’elle est en train de croitre. Le capital se nourrit lui-même de ses propres plus-values pour les faire fructifier dans des mouvements spéculatifs pratiqués essentiellement par les banques, les investisseurs des fonds de pension et les très grandes entreprises. Les plus-values finissent par ne retourner que très marginalement vers le secteur productif à partir du moment où les gains par la spéculation sont supérieurs aux marges du secteur productif et où les banques disposent de liquidités, presque sans limite et presque gratuitement, auprès de la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon entre autres. 

Le capitalisme vu sous cet angle peut, de notre point de vue de classes laborieuses (cet adjectif prend ici tout son sens), canaliser l’ensemble des profits hors de leur portée mais aussi générer des bulles financières qui entraînent de grandes catastrophes que ces mêmes classes finissent toujours par payer comme nous le verrons par la suite. Tout cet argent va alimenter les Bourses et grossir ses cours, les indices boursiers et produire des niveaux de valorisation, des niveaux de cours qu’il faut ensuite soutenir. Il faut les soutenir en délivrant les bénéfices exigés par le marché, en ratifiant les prévisions qui, en fait, sont plutôt des attentes pressantes. En effet, quand elles ne sont pas honorées, il y a sanction sévère. Donc il faut, d’un côté,  faire pression sur les salaires en faisant progresser la productivité et, de l’autre, monter les prix pour défendre les marges malgré des volumes insuffisants. 

C’est cette politique scélérate qui fait qu’en période de croissance molle, de déflation, on voit deux cas de figure. Soit il faut licencier et monter ses prix, quand on le peut bien sûr, c’est à dire quand on a la maîtrise du marché soit dans le cas contraire on est entrainé vers la régression de l’entreprise et le chômage. Ces liquidités prêtées aux banques privées, dites politiques monétaires non conventionnelles dans lesquelles se sont mises les grandes banques centrales les unes après les autres, produisent structurellement du chômage, elles ne luttent pas contre le chômage, elles luttent contre l’emploi. Elles gonflent la valorisation du capital, elles renforcent les exigences de profit et, comme il n’y a pas croissance des volumes, alors on doit faire de la productivité et on peut tordre le coût au pouvoir d’achat des consommateurs. 

Le bon usage du capitalisme ce n’est pas comme le prétend le Front de Gauche « prendre l’argent chez les riches », c’est « en donner plus aux autres » grâce aux productions et marges des entreprises dans un système où la spéculation n’est pas encouragée. Ce n’est pas dans les dividendes que se trouvent les plus-values qui enrichissent les plus riches, mais dans les opérations de vente, de rachat des actions des sociétés maintenues par le système à des niveaux surévalués. Le coût trop élevé du capital stigmatisé par Mélenchon se situe dans les Bourses et non dans les dividendes. Les dividendes n’en représentent qu’une très faible partie. On pourrait dire que c’est la monnaie du pauvre, celui des petits épargnants. C’est une petite largesse pour permettre de continuer à collecter leur argent. 

Il y a des gagnants, ce sont ceux qui manipulent le capital. Les banquiers en font partie et leur activité spéculative dépasse désormais leur métier traditionnel de crédit à la consommation et aux entreprises. Certaines d’entre elles font des opérations sur des obligations d’État à haut risque, grecques par exemple. Il y a encore tellement d’obligations pourries dans les banques privées que la BCE les rachète de plus en plus, devenant ainsi ce que l’on appelle une « bad bank » (banque pourrie). Cela ne peut continuer indéfiniment car ses fonds propres s’épuisent. Une menace pèse désormais non seulement sur le système bancaire mais aussi sur les États qui s’endettent de plus en plus. La Grèce redemande des  liquidités et ses taux d’emprunt reviennent dans la zone dangereuse. Cela a amené la Commission de Bruxelles à concocter un plan de sauvetage des banques en difficulté, plan qui va malheureusement nous concerner directement et sur lequel on s’est bien gardé de faire de la publicité. Nous en parlerons dans un prochain article. 

Le libéralisme ne doit pas accepter dans son sein 

Un capitalisme dévoyé qui s’autoalimente 

Sur le dos du monde du travail ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon