dimanche 19 octobre 2014

Une autre route pour la France ! (11ème partie : un équilibre Est-Ouest)



L’hégémonie grandissante  de l’Allemagne sur l’UE, et en particulier sur la zone euro, lui permet de jouer le rôle du représentant de l’Europe entre les USA et la Russie, voire la Chine. Elle est en mesure de mener des négociations entre les USA, qui lui assurent une couverture militaire et un marché, et la Russie qui lui assure l’alimentation en gaz et un autre débouché pour ses exportations. La France a donc perdu un rôle qui lui était dévolu depuis le refus d’allégeance aux USA qu’avait proclamé De Gaulle. Elle a expressément fait le choix de l’atlantisme en se rangeant derrière l’hégémonie américaine pour tout ce qui est la politique extérieure et subit l’influence allemande pour tout ce qui relève de la politique budgétaire et européenne.

Sur le plan budgétaire, si la France garde juridiquement la mainmise sur son budget, elle ne peut compter affronter indéfiniment l’Allemagne autour de laquelle se regroupent tous les pays qui ont suivi son mode de gestion économique privilégiant l’équilibre budgétaire avant toutes choses. La France subit l’influence des États-Unis dans leur politique de QE, autrement dit de planche à billets, pour soutenir la croissance. C’est un point d’affrontement avec l’Allemagne pour lequel nous ne pouvons sortir vainqueur qu’à termes de plus en plus courts. On saura bientôt quelles concessions à nos dérives budgétaires seront accordées par Bruxelles. Le plus important restera l’appréciation des investisseurs sur l’attractivité de nos obligations, laquelle dépend beaucoup de l’envie allemande de nous soutenir coûte 


Si la France juge que sa politique économique est bonne pour notre pays, étant entendu que le contexte économique, historique, géographique et démographique de notre pays est différent de celui de l’Allemagne, elle ne doit ni se soumettre aux préconisations insistantes des USA, ni à celles de notre voisine. En particulier il doit être renégocié qu’il ne peut s’agir pour Bruxelles de nous menacer de sanctions et que les discussions sur les budgets ne doivent porter que sur une cohérence minimale vers un but commun et une adaptation aux particularités de chaque membre de la zone euro en particulier. La France ne peut faire valoir l’indépendance de sa politique économique que par un équilibre Est-Ouest, Allemagne-USA. 

Il en est de même pour la politique étrangère. L’hégémonie américaine nous a transformés en vassal, prêt à en découdre militairement et diplomatiquement avec tous les pays qualifiés d’ennemis par les USA. C’est pourquoi nous étions les premiers en Libye avec eux, nous sommes en première ligne pour discuter avec l’Iran de la non-prolifération nucléaire, nous sommes même plus virulents qu’eux en Syrie, nous sommes partenaires au moins diplomatiquement en Ukraine, nous sommes un partenaire aux ordres dans la coalition contre l’EIIL. Ajoutons à cela que les USA nous propulsent et nous aident sur des actions extérieures où ils ne veulent pas aller eux-mêmes. C’est le cas de l’Afrique, en particulier francophone avec le Mali, même si la politique américaine est en train de changer sur ce point, vu la présence économique grandissante de la Chine.

Le choix délibéré d’un camp atlantiste et d’une soumission, commencée avec l’entrée dans l’OTAN, ne laisse plus de place à une politique étrangère propre à la France. On ne peut considérer comme une véritable preuve d’indépendance le fait de renoncer à envoyer nos avions sur la Syrie sous le prétexte de ne pas aider Bassar el Assad. Les moyens militaires dont nous disposons se réduisent chaque année avec un budget de la Défense qui ne permet plus de pourvoir à toute l’assistance que demandent les opérations extérieures. Notre dépendance à la couverture américaine et aux partenaires de l’OTAN se fait de plus en plus importante. Il nous faut même faire appel à des avions Antonov russes pour les transports de troupes alors que nous retenons les navires Mistral à livrer à la Russie jusqu’à nouvel ordre. 

Nous avons enfourché la politique américaine qui vient de redonner un nouvel ennemi à son complexe militaro-industriel, lequel le pousse au conflit avec la Russie par provocations successives au plus proche de ses frontières. Pour elle la Russie est la première puissance à abattre économiquement ainsi que par pourrissement intérieur, et in fine militairement. La Russie doit surtout être isolée de l’UE qui ne doit pas être tentée d’accords militaires pouvant assurer un équilibre par rapport à l‘OTAN. En vassal servile la France se prive de toute possibilité de faire valoir ses propres intérêts. Or nous sommes culturellement et historiquement beaucoup plus proches de la Russie que de la Turquie pour laquelle nous payons toujours ses discussions et dispositions préparatoires à son éventuelle entrée dans l’UE. Nos entreprises ont besoin de s’implanter et de commercer avec ce pays proche dans de nombreux domaines beaucoup plus que les USA qui sont surtout en relations commerciales avec la Chine. Notre attitude agressive envers la Russie ne peut que nuire à notre économie, comme les sanctions alimentaires prises récemment, et nous priver de toute possibilité d’alléger sur nous le joug des USA. 

La vassalité aux USA s’ajoute à la dépendance envers la politique d’austérité allemande pour faire de la France un pays ayant perdu le contrôle réel de son avenir. Le mirage de l’euro qui protège n’est plus qu’un dogme qui veut ignorer la réalité. La politique française devient incohérente, oscillant entre une politique de la demande et celle de l’offre tout en refusant le contrôle de sa monnaie. Le résultat est une déchéance lente de notre économie et une pression grandissante de Bruxelles sur notre pays. Par ailleurs notre politique extérieure suit servilement celles de l’hégémonie américaine et du pangermanisme. Elle nous entraîne dans des conflits qui n’ont rien à voir avec la défense de notre territoire, ni même de nos intérêts dans les pays étrangers. Nous allons guerroyer, là où les États-Unis ont décrété que se trouvaient nos ennemis, sans prendre la position diplomatique d’une nation non engagée pouvant servir de négociateur de la paix. Notre siège au Conseil de Sécurité à l’ONU et notre puissance nucléaire militaire ne nous suffisent plus pour nous affirmer. Par sa position économique dominante et la cohérence d’une politique nationaliste, l’Allemagne est en train de prendre notre place. 

Asservie par les États-Unis, redevable à l’Allemagne, 

La France doit réaffirmer ses spécificités 

Et retrouver toute sa place 

Dans l’équilibre… 

Est-Ouest ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon