mardi 28 octobre 2014

3,6 milliards qu’il suffisait de demander !


Il y a de ces étourderies qui vous créent des problèmes inutiles. Michel Sapin avait oublié de mettre dans le budget quelques variations des dépenses et recettes publiques. Cela nous a valu une remontrance justifiée mais si facilement évitable que notre Ministre des Finances a dû écrire à Bruxelles pour redire notre attachement à l’UE, à la Zone euro, aux traités, etc. etc… et téléphoner, j’oubliais, à Pierre Moscovici, pour qu’il excuse son prédécesseur qui est nouveau dans cette spécialité… avec lui, l’ancien, tout était au carré !

En fait 3,6 milliards c’est une paille qu’il a suffi de trouver par un savant jeu d’écriture et la prise en compte d’un bonus dans notre contribution à l’UE que nous n’avions pas retranché des factures à payer… par prudence ! Prudence d’autant plus nécessaire qu’il suffit de diminuer les intérêts de la dette et d’augmenter les rentrées fiscales sur les fraudeurs pour presque réaliser la somme soustraite des dépenses. Avec quelques coups de gomme sur les niches fiscales, le compte est bon. 

Cette facilité à trouver 3,6 milliards pose juste la question du pourquoi de la baisse des allocations familiales qui aurait donc pu être évitée en passant aussi rapidement à la suppression de 4 milliards au lieu de 3,6. Nul doute que nos députés vont y penser. Il y a tout-de-même un léger problème sur le résultat à en attendre fin 2015, car c’est justement 4 à 5 milliards qui devaient déjà manquer sur la mouture précédente du budget. Sur les 3,6 milliards déduits, 3 le sont au doigt mouillé.

En effet rien ne dit que les taux d’intérêt des prêts font se maintenir à ce niveau, la tendance semble plutôt haussière pour l’avenir. Par ailleurs il faut espérer que les fraudeurs continueront de plus belle à mettre leur argent dans des produits bancaires dans des endroits où on peut facilement les identifier et les taxer… ce qu’ils devront faire puisque c’est au budget ! Bon, on est donc parti pour 7 à 8 milliards de plus de déficit ce qui ne devrait augmenter le déficit/PIB que de 0,4%, une bagatelle au point où nous en sommes. 

Donc au fond gérer un budget national, c’est beaucoup plus facile que de gérer son propre budget surtout quand le banquier est de connivence. Car tout ceci n’est qu’une mascarade destinée à sauver les apparences devant un peuple supposé benêt. On s’écrit de part et d’autre après s’être mis d’accord au paravent. Enfin, d’accord sur la réduction du déficit budgétaire certainement, mais sur celle du déficit structurel, celui qui ne comprend pas l’intérêt de la dette, ce n’est pas si sûr. En effet la nouvelle mouture ne le change qu’à la marge et dans le mauvais sens puisque le montant des intérêts à retirer est plus faible. Or c’est normalement le principal point qui est regardé par Bruxelles et nous sommes loin du compte avec 0,2% de réduction au lieu de 0,8%. 

Heureusement la France est « too big, too fail ». Le pays fondateur de l’UE, deuxième pays de l’Union Européenne, ne peut être sanctionné au risque de creuser sa dette délibérément, de plus la mouture finale du budget est sous le contrôle et l’approbation du Parlement français. Si la France était sanctionnée et refusait une sanction, c’est l’euro qui serait menacé et tout l’édifice, car l’Italie, troisième pays, la soutiendrait pour se sauver elle-même. Le Royaume-Uni entre en rébellion et secoue un peu plus l’édifice qui devient de plus en plus fragile. Tout ceci va obligatoirement s’apaiser et l’Allemagne sonnera la fin de la partie. 

Néanmoins cette affaire va laisser des traces et creuser un peu plus le fossé entre les pays du nord et du sud. Les premiers vont de moins en moins accepter que deux politiques se pratiquent dans l’UE, une politique d’austérité visant à respecter les traités, et une autre prenant ses aises par rapport à eux avec une attitude conciliante de Bruxelles. Le big-bang que tous les européistes redoutent et s’ingénient à retarder n’est plus très loin. L’écart entre le sud et le nord ne cesse de s’agrandir sur le plan économique. La croissance de l’UE prend du retard par rapport aux autres grands ensembles économiques et à l’intérieur la zone euro fait moins bien que le reste de l’UE. 

Les promesses sont toujours les mêmes et les résultats aussi. 2015 sera pire que 2014. Faudra-t-il que nous soyons à genoux pour que la doxa unique cesse de raconter des sornettes au peuple français sur le catastrophisme de la sortie de l’euro alors que d’autres pays n’ont aucune envie d’y entrer comme la Norvège, la Suisse, l’Islande, le Danemark et le Royaume-Uni… sont-ils fous de se bien porter ? A qui profite le crime ? Cherchez… et vous trouverez ! 




Quand on tire trop sur un élastique il finit par se rompre. 

Les pays du sud plongent et la France avec. 

Le dieu euro ne fait plus rêver 

Ceux qui sont en guenilles ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon