samedi 1 juillet 2017

L’UE va-t-elle éclater sur une crise systémique bancaire ?



Tous tournés vers la propagande macroniste, les grands médias nationaux et provinciaux ont laissé de côté les informations bancaires alarmantes dans les pays qui sont nos proches voisins. De même la continuation de la politique du QE (Quantitative Easing ou monnaie de singe) par la BCE, à raison de 60 milliards par mois, a permis à la Bourse de Paris de faire de constants profits en déconnexion avec l’économie réelle de notre pays. Pourtant il semble que la peur s’insinue désormais parce que l’effet systémique de faillites bancaires n’est plus exclu tant celles-ci se succèdent.

Le dernier évènement s’est passé en Italie avec la mise en faillite de la Banca Popolare di Vicenza et de la Veneto Banca ce vendredi à 17h afin que personne ne puisse réagir. Au mépris des traités européens qui interdisent aux Etats d’intervenir directement pour renflouer les banques, l’Etat italien a décidé de reprendre à son compte les 17 milliards de déficit de ces deux banques. Cette aide de l’Etat italien a permis leur rachat par la Intesa SanPaolo, grande banque de détail, italienne aussi, pour 1 euro ! Le contribuable italien se retrouve à faire face à un nouveau déficit budgétaire car il est probable qu’il s’agit d’obligations pourries pour une bonne part dont la valeur de cession est proche de zéro. Cette transgression des règles européennes est significative du malaise profond qui règne dans l’UE où le projet d’Union bancaire, poussé par Hollande, n’avance pas par suite du frein allemand. L’Allemagne sait que cela veut dire qu’elle doit « cracher au bassinet », ce qui est proprement inacceptable pour Angela Merkel. Elle sait que la situation actuelle de l’euro et de l’UE lui est très favorable mais aussi qu’elle épuise les pays du sud. L’Italie a compris que l’Allemagne ne bougera pas, et a donc décidé d’agir seule. Trop attachée à ce que le projet d’Union bancaire ne revienne pas dans l’actualité, l’Allemagne ne s’est pas insurgée de cette violation des traités par l’Italie. 

En un mois on a vu 5 banques européennes tomber (1 espagnole, 2 italiennes, 2 sanmariniennes), sans que cela ait ému le moins du monde la presse bienpensante française. Les banques sanmarines ont 2 milliards de prêts pourris sur un ensemble de 5 milliards. Selon l’AFP : "Le pays se trouve en forte crise en termes de revenus, de patrimoine et de liquidités, et la Cassa de Risparmio (Caisse d'Epargne de Saint-Marin) devra être recapitalisée". » On touche là le pourrissement du secteur bancaire lorsqu’on lit la suite : "Les dépôts sont en réduction constante depuis 9 ans, en raison de dispositions adoptées par d'autres administrations, de la réduction progressive du secret bancaire, sans oublier les affaires judiciaires qui ont frappé ces 10 dernières années certaines institutions bancaires et leur direction, et les attaques médiatiques innombrables qui surviennent périodiquement", a expliqué la Banque centrale de Saint-Marin".

Si l’Allemagne fait profil bas sur ces interventions de sauvetage des banques par l’Etat lui-même, c’est que la Deutsche Bank est dans une mauvaise passe et que le risque d’une bulle due à l’accumulation de dépôts étrangers pourrait engendrer une catastrophe en cas d’éclatement de l’UE. Cela l’obligerait à rembourser en euromark les dépôts des pays où leur nouvelle monnaie serait dévaluée. Nous sommes au bord de graves problèmes bancaires et il apparait que l’Allemagne n’a pas l’intention de répondre aux sollicitations des autres pays. La France de Macron joue la carte de l’Allemagne sans se rendre compte que nos intérêts sont plus divergents que convergents. Par ailleurs une collusion de l’Allemagne et de la France ne peut qu’irriter les autres pays qui ne voient pas d’un bon œil ce couple qui chercherait à imposer sa vision à tous. Au dernier sommet européen, la Hongrie et la Pologne n’ont pas apprécié l’intervention de Macron qui semblait vouloir leur imposer des mesures contraires à leurs intérêts. 

L’espace de liberté de défense de nos intérêts est très restreint vu le poids acquis par l’Allemagne et ce n’est pas notre nouveau non-respect de nos engagements sur notre déficit budgétaire en 2017 qui nous place en position de force. L’Allemagne se targue désormais d’excédents budgétaires et il devient de plus en plus difficile de réfuter la politique d’austérité qu’elle veut aussi appliquer aux autres. La situation démographique de nos deux pays est différente et l’Allemagne par ses structures économiques et sa possibilité de bénéficier d’une main-d’œuvre bon marché à ses frontières reste beaucoup plus compétitive. Le choix politique d’alignement fait par Macron ne protège pas les intérêts de la France mais ceux de l’Allemagne. La monnaie euro nous condamne à un constant recul par rapport à notre voisine qui a, depuis sa création, une monnaie adaptée à son économie et surévaluée pour la nôtre. Or la sortie de l’euro n’est pas prévue dans les traités. Les supputations sur la collusion avec d’autres pays comme l’Italie et l’Espagne pour faire pression sur une sortie se heurteraient à un problème juridique que l’Allemagne ne manquerait pas de soulever. Seule la sortie de l’UE est prévue comme le fait le Royaume-Uni.

Les problèmes migratoires, économiques et bancaires vont se faire de jour en jour plus pesants sur les divergences au sein de l’UE. La pression de l’OTAN, en particulier à l’Est de l’UE, fait ressurgir les clivages sur la conception de la défense européenne. Les problèmes énergétiques vont aussi diviser les pays entre les gazoducs venant du Sud, de l’Ukraine et de la Baltique. Ce dernier, le North Stream 2 soulève l’opposition de Trump qui veut imposer son gaz de schiste à l’Europe, ce qui n’est pas vu d’un bon œil par l’Allemagne. Les sanctions ou au contraire des liens économiques forts avec la Russie sont autant de sujets où l’UE va devoir choisir son orientation à l’Est ou à l’Ouest, mais elle est, jusqu’à nouvel ordre, un satellite des États-Unis et son terrain de jeu économique et militaire. Cette situation est très dangereuse car nous sommes l’espace d’affrontement entre le monde unipolaire d’obédience américaine et celui multipolaire d’obédience russo-chinoise mais dont l’extension traverse l’Inde, l’Iran et rejoint la Syrie. Si l’on ajoute à cela une Turquie qui rue dans les brancards de l’OTAN, le prochain G20 risque de mettre l’UE à rude épreuve.

Le peuple français est savamment désinformé 

Dans une contemplation de son Président

Qui le maintient dans une passivité 

Bien étrangère à une vision

Réaliste de son avenir. 

Attention au réveil !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon