vendredi 7 juillet 2017

En tuant le nucléaire, la France s’auto-détruit (1ère partie)



J’ai montré dans plusieurs articles précédents combien le plan énergétique français concernant l’électricité était du n’importe quoi, irréalisable, polluant au sens large incluant la santé, l’environnement paysager, et particulièrement coûteux. En l’absence de plan crédible et de nécessité d’augmenter encore la production électrique avec des techniques donnant un kWh plus cher alors que nous sommes globalement exportateurs de 8% de notre production, la production d’électricité nucléaire n’a pas fini d’être le support incontournable de notre énergie électrique. Il faut bien voir que l’énergie électrique est la base indispensable à l’économie moderne. Le plan Borloo d’électrification de l’Afrique est révélateur de cette nécessité. Pour rendre impuissants les habitants de Gaza, Israël leur coupe l’électricité. Les rebelles à Alep Est tenaient la centrale de production d’électricité, et utilisaient les coupures sur Alep Ouest pour y semer la panique.

Dans les années 80-90 la France était un leader mondial de l’énergie nucléaire. Après avoir développé une filière française graphite-gaz, elle a fait l’acquisition de la filière à eau pressurisée de Westinghouse et l’a francisée pour en devenir maître et pouvoir fabriquer et exporter. Cette filière REP est celle utilisée sur nos réacteurs actuels en attendant l’EPR de Flamanville. Si les États-Unis ont un parc nucléaire deux fois plus important que le nôtre, la France reste le pays du monde où l’énergie nucléaire par habitant est la plus élevée. A partir de ce constat, certains diront que le français est le plus exposé au risque nucléaire. Du coup certains iront manifester auprès d’un convoi de produits de fission en route pour l’embarquement vers le Japon. Si je comprends la peur instinctive du nucléaire, peur qui remonte aux bombes sur Hiroshima et Nagasaki, et qui s’est alimentée des accidents de Tchernobyl et de Fukushima, il faut regarder ce qui s’est passé aux États-Unis, en Belgique et en France depuis ½ siècle à ce sujet et reparler des causes de ces deux catastrophes nucléaires. Ce débat est impossible avec les militants de l’arrêt du nucléaire, mais il ne doit pas être exclu vis-à-vis du reste de la population soumise à un battage médiatique constant sur la peur du nucléaire. 

A la question piège : « le nucléaire est-il dangereux ? », il ne faut pas hésiter à répondre « OUI », d’ailleurs Marie Curie en est morte pour avoir manipulé des tonnes de pechblende à mains nues pour extraire le radium. Mais l’électricité elle-même est dangereuse et elle a fait de très nombreux morts au début de son utilisation domestique et en fait encore régulièrement. Toutefois dans nos esprits sa dangerosité s’estompe grâce au progrès technologique qui nous protège de plus en plus. Ayant été exploitant d’une usine alliant les dangers électriques, chimiques et nucléaires, c’est la protection contre les dangers électriques sur des postes de transformation qui retenait le plus notre attention. Pour analyser l’accident de Tchernobyl, il faut le comparer à un autre accident grave antérieur dont on ne parle plus parce que ses conséquences n’ont pas fait de mort. Il s’agit de l’accident de Three Mile Island, classé au niveau 5 de l'échelle internationale des événements nucléaires (INES), qui a eu lieu le 28 mars 1979. Comme à Tchernobyl, il y a eu fusion du cœur du réacteur, mais la technique de fonctionnement et de construction ont permis de confiner au maximum la radioactivité à l’intérieur du réacteur à eau pressurisée comme le sont nos réacteurs actuels. A Tchernobyl le 26 avril 1986, on a cumulé l’instabilité de principe d’une autre filière nucléaire, l’expérimentation en zone anormale de fonctionnement, la mise hors circuit des sécurités, le confinement insuffisant, le manque de personnel le 1er mai, l’alcoolisme des opérateurs, etc. etc.

Tchernobyl est le plus grave accident nucléaire, classé au niveau maximum 7 sur l’échelle INES. Il est le symbole même de l’erreur humaine depuis la conception et la construction jusqu’à l’exploitation. Si l’impact a été grand localement et sur un rayon important autour de la centrale, il faut relativiser en comparant son impact mondial à celui des essais nucléaires des bombes dans l’atmosphère qui n’ont pas tellement émus les populations à l’époque. Le Césium 137 rejeté, qui a fait beaucoup parlé de lui par son impact sur l’environnement et l’homme, a été dix-sept fois moins important que celui rejeté par les essais nucléaires, le Strontium-90 cent trente fois moins et l’Iode-131 quatre cent quarante fois moins. La France a donc été beaucoup moins impactée que par les essais nucléaires dans l’atmosphère. On agite pourtant régulièrement le nuage de Tchernobyl pour effrayer les populations. La deuxième comparaison sera avec l’accident de Bhopal le 3 décembre 1984, soit moins de deux ans avant Tchernobyl. L’accident de l’usine de pesticides d’Union Carbide aurait fait entre 20 000 et 25 000 morts selon les associations de victimes. Il y aurait eu 3 500 morts la première nuit et un grand nombre par la suite : la moitié dans les premières semaines et l'autre moitié de maladies provoquées par l'exposition aux gaz. On parle toujours de Tchernobyl, mais qui parle encore de Bhopal ? On a effacé ce souvenir de la tête des peuples grâce à la pression médiatique sur un autre danger. 

Il ne faut pas évacuer d’un revers de main la dangerosité du nucléaire mais il faut cesser d’agiter la peur pour des buts idéologiques. Le plus récent et grave accident nucléaire est celui de Fukushima le 12 mars 2011 qui nécessite toujours des travaux pour lutter contre les risques de contamination de l’environnement. N’oublions pas que cet accident a été précédé la veille par un très violent tremblement de terre de 8,9 de magnitude sur l’échelle de Richter dont l’épicentre était à 300km des côtes japonaises. Il a été suivi d’un tsunami dévastateur dont les vagues de 14 mètres de haut ont ravagé les côtes orientales du pays causant la mort de 18000 personnes et l'accident de la centrale de Fukushima Daiichi. Contrairement à Tchernobyl les pertes humaines sont essentiellement dues à un phénomène naturel, lequel a été ensuite le déclencheur de la catastrophe nucléaire. La cause humaine est essentiellement la hauteur des digues de protection de la centrale. L’inondation du tsunami a interrompu la fourniture d’électricité aussi bien pour les centrales électriques à l’extérieur du site de la centrale nucléaire que pour la centrale de secours du site plongeant dans le noir les intervenants. Le refroidissement des réacteurs ne pouvait plus être assuré et les systèmes de sécurité étaient gravement affaiblis. Quelle que soit la gravité de cet accident, son impact environnemental et humain est bien moindre que celui de Tchernobyl.

De ces trois accidents nucléaires évoqués parmi les 437 réacteurs nucléaires en service dans 30 pays, de nombreux enseignements ont été tirés sur la sécurité de fonctionnement, la sûreté nucléaire dans le langage des spécialistes. L’Autorité de Sûreté Nucléaire en France a demandé à EDF d’en tenir compte sur ces réacteurs en préconisant des modifications dont l’essentiel est basé sur la certitude de refroidissement du cœur des réacteurs en cas d’arrêt de ceux-ci et au-delà la récupération ultime des cœurs fondus dans une enceinte appropriée. Encore une fois, le danger industriel existe toujours, voir Bhopal. Mais dans le nucléaire si cette technique demande une attention particulière, la France, les États-Unis, la Belgique, pays fortement nucléarisés, ont montré que l’on pouvait maîtriser ce danger et que la sûreté de fonctionnement ne cessait de s’améliorer diminuant constamment le risque d’accident grave. Vouloir en permanence privilégier la peur par rapport à un examen du risque sans à priori, ne peut que conduire notre pays à abandonner ce qui en fait un de ses fleurons, lequel n'a jamais exposé sa population à des atteintes graves ni sur son environnement. Après avoir sans complaisance parlé des accidents nucléaires et relativisé leur impact par rapport à d’autres catastrophes, sans parler d’AZF qui nous a touché directement, nous verrons dans l’article suivant quels atouts le nucléaire représente pour la France par rapport à toute autre solution actuelle.

Jouer en permanence sur la peur irrationnelle du nucléaire 

C’est manipuler une peur autodestructrice

Sans avoir de solution valable 

Pour le remplacer.
 
Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon