mardi 4 juillet 2017

Un pharaon sur une pyramide de chaos politique



Un Congrès pour un grand exercice de « com », c’est l’impression que laisse cette réunion démocratique des élus du peuple dans un apparat monarchique versaillais. Quand on n’a rien à dire, on prend le risque de se faire oublier. Ce que fait ce nouveau Président, c’est une présence rare en paroles mais placée dans un contexte d’évènement exceptionnel. Comme pour sa campagne le contenu du discours n’a pas grande importance, c’est l’ambiance du moment créée par ses soins qui importe. L’avantage est que le discours a été cadré, millimétré et qu’il ne risque aucun dérapage préjudiciable à son image. On a mesuré sa tendance à mépriser le peuple dans ses interventions publiques improvisées. Sa nature de banquier, promu par les plus hautes instances de ce milieu bancaire, reprend vite le dessus. Il n’est pas du monde des « gens de rien » mais de ceux qui réussissent. Cette conduite a une allure étasunienne prononcée. « Dis-moi combien tu gagnes, pour que je sache qui tu es ». Là-bas il faut réussir pour être considéré.

Ce Congrès veut copier le discours à la Nation du Président des États-Unis. Non seulement la France se vassalise, mais elle s’américanise. L’introduction des primaires, qui a participé au chaos politique suivant, est une entorse à notre Constitution. Elle mobilise les médias et les instituts de sondage au profit des partis dominants. Les sondages provoquent d’ailleurs le réflexe du vote utile, réflexe moutonnier très nuisible à la démocratie. Les entorses à l’esprit d’une Constitution finissent par détruire les principes fondamentaux qui l’ont inspiré. La réunion annuelle du Congrès voulue par Macron en fait partie, car l’un de ses principes fondamentaux est la séparation des pouvoirs du législatif et de l’exécutif. La cinquième République a donné de grands pouvoirs au Président et, à l’époque, beaucoup ont soupçonné De Gaulle de vouloir prendre le pouvoir absolu. Le Président est élu par le peuple et n’a à répondre que devant lui, il n’a pas de lien direct avec le Parlement. C’est le rôle du Premier Ministre de présenter devant celui-ci ses projets de lois. Non seulement le pouvoir législatif approuve les lois que le Président promulgue mais il a un rôle de contrôle de l’exécutif. 

Le Président a pour première tâche constitutionnelle de faire respecter la Constitution, il en est le garant selon l’article 5 de celle-ci. Dans le préambule il est dit que « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale… ». En conséquence de ce même article 5, on trouve : « Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. » Il aurait donc été normal que le Président s’exprime sur la manière dont il compte assumer le principe de souveraineté et d’indépendance nationales, en particulier dans son attachement à l’UE. Dans l’article 3 on note : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum. » Il eut été utile de dire comment il compte donner la parole au peuple pour tout ce qui touche à la souveraineté en particulier sur les traités type TAFTA et expliquer sa vision sur toutes les ingérences de l’UE dans la politique française. Par son silence, l’exclusion du monde référendaire apparaît en pleine lumière comme chez ses prédécesseurs.

Cette utilisation du référendum est pourtant au cœur de la Constitution et l’article 11 lui est consacré : « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux Assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions. » Il est très significatif de voir avec quelle désinvolture ce Président parle de réforme constitutionnelle en passant sous silence l’expression du peuple par le référendum. On mesure là le chemin parcouru dans la perte de démocratie. Ceci ne fait que suivre la démarche européenne qui exclut de facto ce mode de recours à la voix des peuples. 

Le nouveau Président marche dans les traces guerrières de son prédécesseur parce que c’était le rôle qui lui avait le mieux réussi. En effet l’article 15 nous dit : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. » Il eut été normal que la politique étrangère et de défense nationale fasse l’objet d’un exposé sur les grandes orientations de notre pays. Il aurait dû exposer comment il compte intervenir en Syrie sans mandat explicite de l’ONU et sans faire appel à l’article 35 : « La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. » De plus en plus nos Présidents trouvent des arrangements avec la Constitution et il y a là un dysfonctionnement du pouvoir législatif dans son rôle de contrôle et d’appel au Conseil Constitutionnel.

Si le Président est l’arbitre permettant le fonctionnement normal des pouvoirs publics, mais il n’est pas de son rôle de mettre fin à la prolifération législative, c’est de la prérogative du Premier Ministre, de même que la réduction d’un tiers des députés et sénateurs, la mise en place d’un peu de proportionnelle dans les élections et la réforme du Conseil économique et social. Il s’agit de lois organiques qui ne définissent en rien les grandes orientations politiques et géopolitiques de notre pays. Il n’en est pas de même de la levée de l’état d’urgence, mais la traduction dans une loi organique relève de la tâche du Premier Ministre. 

D’une façon plus générale la tâche constitutionnelle du Président est centrée sur l’indépendance nationale, la défense du pays et tous les aspects de la géopolitique. En particulier la politique migratoire doit faire l’objet d’un exposé clair sur le but recherché ne se limitant pas à la réforme du droit d’asile. Notre positionnement par rapport aux États-Unis, à la Russie, à la Chine, à la Syrie et à l’Iran en fait partie. On peut y ajouter tous les grands aspects de la vie économique, comme la position de la France dans l’union bancaire et le gouvernement économique de la zone euro.

Le discours de Macron n’amène aucun éclaircissement sur la position de la France dans un monde qui se scinde en deux fractions opposées, le monde unipolaire et le monde multipolaire. Le premier lutte pour sa survie derrière les États-Unis, le second est en devenir et se fraye un chemin de plus en plus large dans les nations du monde. La France vient de subir un chaos politique sans précédent, tous les anciens partis sont en difficulté. Ils se scindent et se retrouvent avec la patate chaude de situations financières catastrophiques. Le Président pharaon trône au-dessus d’un champ de ruines, d’une nation déboussolée et ce n’est pas ce discours du Congrès qui illumine d’un fanal reconnaissable le destin de notre pays. Le discours était vide de ce qu’aurait dû être celui d’un évènement exceptionnel après une révolution politique, celui du cap tenu à l’extérieur et à l’intérieur du pays. Il n’en fut rien sinon un exercice de communication monarchique qui laisse le champ libre du « comment » au Premier Ministre, mais qui ne dit jamais ni « vers où », ni « pourquoi ». Le peuple français est embarqué les yeux fermés sur une galère vers une destination inconnue dans un voyage périlleux sans boussole et sans fin.

Le nouveau pharaon se veut maître du temps et de l’espace 

Mais le peuple n’a plus le temps d’attendre longtemps.

Quant à l’espace, il a les contours mouvants 

D’une Europe déstructurante et sans âme

Aux mains invisibles des prédateurs.

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon