mercredi 5 juillet 2017

Philippe et la politique des vases communicants



Le Président et le Premier Ministre ont prononcé leur discours de politique générale, le quinquennat est lancé, enfin plutôt piano. On attendait le Renouveau, le Printemps, et on est déjà à l’automne où on nous annonce l’hiver. Adieu veau, vache, cochon, couvée, le gouvernement précédent a laissé une ardoise… imprévue. Même le Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, n’en savait rien, c’est dire ! Du coup c’est quatre milliards qu’il faut trouver pour passer un poil au-dessous du 3% du PIB en 2017, le feu rouge auquel tient Bruxelles… en la personne de Moscovici, l’ancien ministre des Finances qui a redressé la France et laissé tomber Cahuzac dans la fange. Car les ordres viennent désormais d’en haut. Notre indépendance est devenue la liberté de pouvoir faire ce que l’on veut, du moment que Bruxelles y consent. Alors les grandes envolées lyriques se perdent dans l’abandon de la taxe d’habitation, reportée à plus tard, c’est-à-dire sine die, et la taxation progressive du paquet de tabac à 10 euros continue. Les buralistes étrangers frontaliers se frottent déjà les mains. C’est la recette habituelle de l’impact sur la santé qui sert de support à la taxation, comme la démocratie pour la guerre en Syrie. A cette allure on peut s’attendre à la taxe sur le cannabis mis en vente libre.

Report de suppression de taxe, augmentation de taxes existantes, et promesses du style « demain, on rase gratis » fleurissent dans un discours qui sent le rance : « d’ici la fin du quinquennat, tous les Français auront accès à des offres de soins sans aucun reste à charge pour les lunettes, les soins dentaires et les aides auditives ». Dans le domaine des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, on trouve « Les contribuables ne seront pas la variable d’ajustement du budget », la « pression fiscale baissera d’un point de PIB d’ici à 2022 et la dépense publique de trois points de PIB sur la même période. » On note aussi le retour à l’équilibre du budget de la Sécurité Sociale d’ici 2020. On peut s’attendre, comme d’habitude à une baisse des remboursements. D’ici la fin du quinquennat, comme pour le précédent, des écarts budgétaires auront eu le temps de se faire jour et justifier un report… salutaire. 

On ne prévoit pas de hausse d’impôt mais la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) est confirmée. Ce n’est pas un impôt, c’est une taxe comme sur le tabac, l’alcool, le carburant, l’électricité. L’impôt a mauvaise réputation mais la taxe est beaucoup moins traumatisante, et surtout a des domaines d’application sans fin. Bercy a tout compris et notre portefeuille aussi. Quand l’Etat dépense trop, le consommateur est toujours la vache à lait. Mais là on a un véritable tour de passe-passe qui en dit long sur les ressorts de la politique française dans le carcan de l’UE. L’UE demande le blocage des hausses de salaire. Si cela est possible sans trop de récriminations chez les salariés du public, qui viennent d’avoir une augmentation, cela apparaissait beaucoup plus à risque de grèves violentes chez les salariés du privé. Alors on va opérer par la technique des vases communicants. On prend de l’argent aux retraités, peu enclins à manifester, pour le reverser aux actifs. Il s’agit d’une augmentation de salaire des actifs par les retraités qui en tant qu’actifs avaient payé pour les retraités. C’est le principe de la double peine. De plus tout ceci risque fort de se terminer non pas par un allègement des cotisations sociales payées par le salarié mais de celles payées par l’entreprise pour le compte du salarié.

Évidemment il faut ajouter du social au libéralisme en s’appuyant sur le côté bonne âme des petites gens, d’autant plus que cela était prévu par presque tous les partis. Le relèvement de l’allocation aux handicapés, du minimum vieillesse à 800 euros, et l’amélioration du congé maternité et les solutions de garde d’enfant, tiennent une bonne place dans le panel social. On joue aussi sur l’écologisme qui a bonne presse pour se faire de l’argent avec d’une part l’accélération de la « montée en puissance de la fiscalité carbone », et d’autre part la convergence entre la fiscalité du diesel et de l’essence « avant la fin de la mandature », en 2022. Au passage l’augmentation des puissances installées des Énergies renouvelables intermittentes entraînant une augmentation de la production thermique, ceci se traduira par une augmentation du kWh pour le consommateur. On voit aussi que les petites gens que l’on a poussées à acheter du diesel et qui ne peuvent pas changer leur véhicule n’auront que leurs yeux pour pleurer et on leur interdira même les grandes zones urbaines. 

On constate déjà que le volet social ne va pas très loin et se concentre sur ce qui marque l’opinion, car la femme âgée solitaire, qui vit péniblement de sa retraite même revalorisée, ne pensera pas Printemps si la CSG l’atteint, si elle doit se priver de certains médicaments, et si elle doit en plus payer plus cher son électricité. Les retraités, les automobilistes, les indépendants avec la suppression du RSI sont dans le collimateur, car ils ont peu de poids dans la contestation. Il risque à contrario de se passer un retour de bâton du côté des entrepreneurs et des investisseurs car l’allégement de l’impôt sur la fortune et la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allégement de charges sont reportés en 2019. Le report sur le crédit d’impôt est particulièrement préjudiciable aux entreprises car elles avaient tenu compte de cet allègement des charges dans leurs prévisions. Tout se jouera alors pour eux sur la loi travail et les négociations seront plus dures.

On notera le silence de Philippe sur la politique migratoire, dont on sait qu’elle appartient désormais à l’UE mais les zones d’accumulation à Vintimille et à Calais n’ont pas été évoquées alors que les incidents se multiplient. Les actions sur la justice sont largement en dessous des besoins avec 15.000 places de prison sur le quinquennat alors que 40.000 sont déjà nécessaires et les propos tenus sur la loi quinquennale de programmation des moyens de la justice sont de la bouillie pour les chats : « Cette loi permettra à la garde des sceaux d’engager un vaste mouvement de dématérialisation, de simplification et de réorganisation. » Plus intéressant est le couplet sur la réforme sur l’Éducation Nationale pour une mise en œuvre complète en 2021 : « Une concertation sera lancée dès la rentrée prochaine, pour resserrer les épreuves finales autour d’un plus petit nombre de matières et définir ce qui relève du contrôle continu. » Pour une fois on se donne le temps jusqu’en septembre 2018 et on n’a pas des solutions toutes faites d’avance. 

Par contre il y a beaucoup à dire sur la suite des propos pour après le bac : « Nous dépensons bien plus que les autres pays pour le lycée, notamment parce que notre système est rigide et conçu autour du baccalauréat, mais nous conduisons 60 % – 60 % ! – de bacheliers à l’échec en licence ! » Dans les années 50 le taux de réussite en première année de faculté en mathématiques était de 33%, soit 67% d’échec après un bac qui sélectionnait 42% des lycéens. La baisse du niveau du bac pour atteindre 80% de reçus ne doit pas se perpétrer par un abaissement du niveau de la licence pour relever le pourcentage de reçus. Pour la filière professionnelle on ne semble pas avoir encore pris en compte que celle-ci doit s’ouvrir dès l’âge de 12 ans où les enfants doivent avoir acquis les connaissances de base qui leur permettent d’exercer un métier et d’avoir accès ensuite à des enseignements pour adultes.

La seule évaluation des dépenses de ce programme politique est centrée sur le gros paquet de 50 milliards mis en œuvre pour la transition écologique, la santé, les transports, l’agriculture et la modernisation de l’État sur le quinquennat. On aurait aimé que soient précisés les investissements sur les énergies renouvelables qui étaient à hauteur de 10 milliards par an dans le précédent plan énergétique. Il ne resterait pas grand-chose pour le reste. Le plus étonnant est que c’est l’économiste Jean Pisani-Ferry, conseiller de M. Macron durant la campagne, qui en aura la charge. On n’aurait pas confiance en Hulot et ses trois secrétaires d’Etat ? A ce propos le gouvernement s’est couché à Bruxelles, sous la pression allemande, et a donné son aval au projet très controversé de la Commission européenne sur la définition réglementaire des perturbateurs endocriniens (PE), ces substances chimiques, omniprésentes dans l’environnement humain, qui représentent un enjeu sanitaire majeur. Je croyais que Hulot était intransigeant quand il s’agissait de la santé. L’Europe qui protège ne protège que les lobbies ! 

Il n’y a rien de nouveau dans ce discours de Philippe, sinon un nouveau tour de vis et le respect des directives de Bruxelles. Nous ne saurons qu’en septembre si le budget 2018 a reçu un avis favorable de Bruxelles. Mais la rentrée risque d’être chaude car les premières lois vont en faire déchanter plus d’un. Le Printemps est derrière nous. En attendant les soubresauts sociaux, l’état d’urgence va passer dans la loi, donc se pérenniser. Notre liberté ne peut qu’en être définitivement restreinte.
 
Pas de Renouveau en vue, pas plus de Printemps précoce, 

Notre nouvelle Assemblée est conviée au même festin

Celui d’un programme qui sent le rance, et le moisi 

Sous la vraie houlette du triumvirat USA-UE-BCE

Pour le plus grand bien des seuls puissants 

Pour qui le peuple compte pour rien

Et ceux qui ne travaillent plus 

Pour moins que rien !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon