vendredi 14 juillet 2017

Budget, géopolitique et invasion migratoire (3ème partie)



Que restera-t-il d’une opération de communication réussie en ce 14 juillet ? Tout sourit à Macron, même le soleil qui avait fui son prédécesseur… dont il me semble que l’absence n’a pas eu droit à un commentaire ou alors le reportage l’a évité. Macron veut effacer le passé, la France recommence avec lui. A part De Gaulle, les précédents sont des erreurs de l’histoire qu’il compte bien réparer. Le CEMA Pierre De Villiers, chef d’État-major des Armées, en a pris pour son grade, ce qui veut dire beaucoup. Les Armées n’ont qu’à obéir et réussir… avec des bouts de ficelle. L’intendance ne suit plus et la grogne s’installe chez ceux qui exposent leur vie d’autant plus que le matériel n’est plus suffisant en qualité et en quantité. La revue de l’Association de Soutien à l’Armée Française publie un article qui en dit long. J’en retiens cette phrase forte du Président : « je ne risquerai pas vos vies pour rien, je respecterai les impératifs humains et techniques de l’outil militaire ». En s’affirmant le chef suprême des Armées, il endosse donc cette réduction du budget des Armées et se met de fait en porte-à-faux avec ses déclarations.

Il refuse donc de supporter les surcoûts OPEX et OPINT, soit 850 M € non budgétés, au prétexte du respect de la règle des 3% de déficit. La réalité est probablement toute autre. Hollande et Sarkozy avait fait admettre que la France s’engageait pour les autres pays européens et avaient obtenu que ces dépenses ne soient pas comptabilisées dans le déficit budgétaire soumis à la règle des 3%. C’est les 450 M d’OPEX qui devraient donc échapper à cette règle. Il est probable que Bruxelles ne veut plus entendre parler de cette dérogation et Macron doit s’incliner. La solution facile est tout rejeter dans une coupe sombre du budget des Armées. L’article de l’ASAF écrit encore : « Les armées ont dû abandonner des capacités opérationnelles importantes, en principe temporairement, faute de moyens financiers ; elles sont utilisées depuis des années au-delà des contrats opérationnels pour lesquels elles sont dimensionnées ; elles usent leur matériel plus vite qu’elles ne peuvent le réparer et ne le modernisent pas aussi vite que la sécurité des hommes, l’efficacité au combat et leur âge l’exigeraient. L’armée est en situation d’appauvrissement accéléré et, à ce rythme, il ne sera plus possible de maintenir le niveau actuel de nos engagements, ni de reconstituer un ensemble de forces cohérent tant il est long et coûteux de restaurer des capacités militaires perdues, qui combinent souvent haute technologie, savoir-faire individuels, entraînement et expérience opérationnelle» 

Macron s’en tire avec le système D habituel des gouvernements, on gagne du temps en promettant la lune… pour plus tard. Ce plus tard peut aller jusqu’à 2025 pour atteindre le 2% du PIB, sachant que dans un contexte international et intérieur moins préoccupant nous en étions aux 3%. « Le budget militaire de la France est dépassé par celui de l’Allemagne qui ne possède pourtant pas d’armement nucléaire et n’est pas engagée aussi intensément qu’elle dans les opérations extérieures. » Le contraste avec les discours flamboyants de Macron sur notre capacité à briller sur tous les fronts est saisissant. Cela me fait penser aux hôtels au Caire où le hall d’entrée est magnifique et tout le reste dans un état pitoyable. Ils donnent sur une grande avenue et dès que l’on tourne autour on découvre une misère moyenâgeuse. Tout est dans la communication. Il n’est pas important d’être fort, l’important c’est de faire croire qu’on l’est.

Le 14 juillet m’a incité à mettre une lumière crue sur la descente de la France et l’aveu de Macron demandant à Trump de ne pas abandonner son support pour nos opérations en Afrique en dit long. Désormais on veut péter plus haut que l’on a le derrière disaient les anciens. Le nouveau fusil présenté au défilé est allemand et Macron se veut le supporter de l’Europe de la Défense. Celle-ci n’échappera ni à l’Allemagne, qui en sera le principal financier, ni à l’OTAN, compte-tenu de son implantation en Europe centrale et orientale. Macron ose encore parler du souci qu’il a de maintenir notre indépendance d’action. Comme d’habitude on trouve tout dans ses discours, une affirmation proclamée avec la force des mots et puis le contraire déclamé avec la même conviction qu’il espère communicative. Malheureusement notre indépendance a emprunté la porte de sortie qui nous dirige vers le protectorat des États-Unis, l’autorité de Bruxelles sur laquelle l’Allemagne exerce une pression intransigeante, et la meute des lobbies et financiers qui manient la pompe aspirante de l’argent des gens de peu vers ceux qui en ont tellement qu’ils ont entrepris de changer le monde. 

On ne peut pas trouver la moindre indépendance dans les mesures d’austérité prises sur le budget 2017 et les orientations jusqu’en 2020 sans se référer au rapport remis au gouvernement en mai sur les Grandes Orientations de la Politique Economique de la Commission de Bruxelles. Tout y est tracé et Macron ne peut y déroger sans l’aval de cette Commission, ce qui semble être le cas pour le changement d’objectif à 3% au lieu de 2,8% pour 2017. Dans l’article 3 de ce rapport on trouve « L’analyse de la Commission l'amène à conclure que la France connaît des déséquilibres macroéconomiques excessifs. En particulier, la France se caractérise par un faible niveau de compétitivité et une dette publique élevée et en augmentation, dans un contexte de faible croissance de la productivité. Le risque de retombées négatives sur l'économie française et, compte tenu de la taille de celle-ci, sur l'Union économique et monétaire, est particulièrement important. » La France est donc jugée. Ce qui pourrait apparaître comme des recommandations se décline finalement en directives dans l’article 6 : « La France relève actuellement du volet correctif du pacte de stabilité et de croissance. Dans son programme de stabilité de 2017, le gouvernement prévoit de corriger le déficit excessif en 2017, conformément à la recommandation du Conseil du 10 mars 2015, avec un déficit nominal de 2,8% du PIB. Le déficit nominal devrait ensuite continuer de diminuer pour atteindre 1,3% du PIB en 2020.  L'objectif budgétaire à moyen terme – un déficit structurel de 0,4% du PIB – devrait être atteint d'ici à 2019. […] Selon le programme de stabilité, le ratio de la dette publique au PIB devrait passer de 95,9% du PIB en 2018 à 93,1% du PIB en 2020. »

Tout est donc fixé quant aux objectifs de déficit et de dette puisque la France s’y engage devant l’UE. Mais dans l’article 7 on trouve le chiffre de 3% au lieu de 2,8%, c’est la prévision de la Commission qui précise donc qu’elle doit être réalisée et prévoit même le déficit 2018 à 3,2% si rien ne change : « Selon les prévisions du printemps 2017 de la Commission, le déficit nominal devrait atteindre 3,0% du PIB en 2017, ce qui dépasse l’objectif recommandé par le Conseil. Pour 2018, dans l’hypothèse de politiques inchangées, le déficit nominal devrait atteindre 3,2% du PIB et donc dépasser la valeur de référence du traité, ce qui suggère des risques entourant la correction durable du déficit excessif. » La Commission met même le doigt sur la fragilité des hypothèses prises par la France : « En outre, l'effort budgétaire recommandé ne devrait pas être fourni sur la période couverte par la procédure de déficit excessif, la stratégie d'assainissement budgétaire de la France reposant principalement sur l’amélioration de la conjoncture et la persistance de taux d’intérêt bas, lesquelles sont hors du contrôle des autorités. » 

Dans l’article 8 on rappelle l’objectif à moyen terme du déficit structurel (hors l’impact de la conjoncture sur la situation des finances publiques) de 0,4% pour 2019, mais cela va plus loin car la Commission définit les variations des dépenses publiques à respecter : « Selon la matrice d'ajustement arrêtée d’un commun accord dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance, cet ajustement correspond à l’exigence d'un taux de croissance nominale des dépenses publiques primaires nettes ne dépassant pas 1,2% en 2018. Cela correspondrait à un ajustement structurel annuel de 0,6% du PIB. » Ensuite la Commission met en garde la France sur la non-réalisation de ces objectifs si les politiques budgétaires restent inchangées.

Nous verrons que la Commission européenne va beaucoup plus loin dans les actions à mener et on finira par y redécouvrir toutes les décisions gouvernementales pour 2017 ainsi que le grand tour de vis supplémentaire qui nous attend pour 2018. On en reparlera dans le prochain article où l’on verra que les politiques économique et migratoire sont complètement cadenassées et que notre indépendance n’est plus qu’un leurre que l’on entretient pour nous faire croire que nous ne subissons pas mais faisons le choix de souffrir… comme les grecs pour notre bien futur en forme de mirage.


Le peuple est encore invité à penser printemps 

Mais le printemps ne dure qu’un temps

En septembre commencera l’automne 

Le temps de découvrir la tristesse

De nos nouvelles désillusions.


Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon