mardi 11 juillet 2017

L’important : le G20 ou l’Initiative des Trois Mers ?



Nous ne cessons pas d’être soumis à des informations de dévotion et d’admiration de notre nouveau pharaon, et cela du G20 le 8 juillet jusqu’en Suisse, pour prendre acte du choix de la France pour les jeux olympiques, en passant par l’amitié franco-canadienne due au CETA et par le coq français luttant d’égal à égal avec l’aigle américain. Traduisez par Macron a fait chou blanc. L’attribution des jeux à la France pour 2024, acté depuis plusieurs mois, fait l’essentiel des commentaires reléguant les déclarations de politique intérieures, basées sur la réduction des dépenses publiques ministère par ministère sans un bilan clair des dépenses et recettes en plus et en moins. On ne sait pas quelle hypothèse de croissance a été retenue finalement pour 2017 ni quelle variation on attend sur les recettes par rapport aux prévisions. Le seul message auquel nous avons droit c’est qu’il faut faire 4,5 Mds d’économies. Le Premier Ministre nous vante l’effort fait par le gouvernement sur les budgets ministériels sans nous dire si cela est suffisant. On peut penser que c’est pour justifier l’effort que devra faire le consommateur et le citoyen, effort que l’on égrènera pendant les vacances.

Pendant ce temps la vraie géopolitique s’est jouée ailleurs avec la visite de Donald Trump en Pologne le 6 juillet dernier à Varsovie, réunion à propos de laquelle celui-ci a déclaré qu’elle avait été « incroyablement réussie ». Rien que cela mérite d’en savoir plus. Cette réunion de l’Initiative des Trois Mers réunissait les pays baltes, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Roumanie et la Bulgarie. Le projet intitulé « L’initiative des trois mers » a été mentionné en premier par le Président polonais Andrzej Duda. L’objectif du projet est la création d’un axe économique nord-sud en Europe centrale et orientale pour la réorientation des pays situés entre l’Adriatique, la mer Baltique et la mer Noire. Le projet prévoit la transformation de la Pologne en tant que consommateur de gaz russe à travers le GTS ukrainien vers l’Europe, en un pays fournisseur de gaz à partir des pays occidentaux vers l’Ukraine et d’autres participants éventuels au projet parmi les républiques post-soviétiques. L’Ukraine perdrait donc son statut de pays de transit au profit de la Pologne. 

On perçoit de suite l’intérêt économique et stratégique des États-Unis à se substituer à la Russie. La déclaration de Donald Trump est sans ambiguïté : « L’Amérique est impatiente d’élargir notre partenariat avec vous. Nous nous félicitons des liens plus forts liés aux échanges et au commerce au fur et à mesure que vous développez vos économies et nous nous engageons à sécuriser votre accès à d’autres sources d’énergie, de sorte que la Pologne et ses voisins ne soient plus jamais l’otage d’un seul fournisseur d’énergie », a déclaré le président américain se référant à l’ancien monopole russe du gaz fournissant dans la région. On voit que Trump lui n’est pas rentré bredouille après le G20. Les États-Unis soutiennent le projet, car au lieu du gaz russe, ce sera le gaz américain qui sera livré à l’Europe. En Juin, la Pologne a déjà pris le premier tanker de gaz des États-Unis. Dans les plans, l’organisation des livraisons de gaz par ce qu’on appelle le corridor Nord qui va de la Norvège à la Pologne en passant par le Danemark, Tremoria, peut augmenter de manière significative la présence des États-Unis sur le marché du gaz en Europe. 

De l’économie on bascule vite vers la géopolitique. Cette visite de Trump en Pologne au sommet des trois mers est avant tout un petit coup tordu, une gifle à Angela Merkel et une partie des élites européennes. D’autre part, les Américains veulent être sûrs que l’intégration des trois mers fait totalement partie de la politique de l’OTAN en Europe centrale et orientale. La Pologne et la Croatie ont lancé l’Initiative des Trois Mers (I3M) il y a un an. Tous les douze membres de l’I3M étaient, hormis l’Autriche, sous la domination de l’URSS jusqu’à la chute du rideau de fer. Depuis 2007, tous font partie de l’Union européenne, mais restent moins riches et développés que les États membres de l’Ouest. De plus, la plupart des routes, les pipelines et les services ferroviaires critiques prennent place dans un couloir est-ouest, principalement en raison de l’ancienne domination soviétique et de l’actuelle domination allemande de la région.

L’objectif de l’I3M est donc d’améliorer l’infrastructure et le commerce, et de développer davantage de meilleures connexions en matière d’énergie, de transport et de communications numériques le long d’un axe nord-sud, de sorte que les membres du groupe bénéficient de plus d’échanges et d’investissements mutuels tout en renforçant leurs liens et en accroissant la cohérence régionale. L’I3M a déjà de grands projets ; la Via Carpathia, une massive autoroute reliant la mer Baltique (Kalipedia, Lituanie) à la mer Égée (Thessalonique, Grèce) ; les terminaux de GNL connectés par pipeline, de la Croatie à la Pologne (la Croatie prévoit de terminer la construction de son terminal de GNL à Krk en 2019) ; et la construction du pipeline de la mer Noire à travers la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. On voit donc que le projet dépasse largement la fourniture d’énergie et que la construction d’un groupe de pays d’Europe centrale porte en lui les germes d’une fracture avec l’UE. 

En effet le noyau de l’I3M est le V4 (le groupe Visegrád : Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie) qui mène une lutte anti-fédéralisation et refuse la politique migratoire de l’UE. Celui-ci peut entraîner l’I3M vers une dislocation de l’UE. Le gouvernement conservateur polonais (PiS – Droit et Justice), actuellement au pouvoir est proche de Trump et de ses politiques, et y voit un moyen d’assurer sa domination régionale avec le soutien des États-Unis. La Pologne a la plus grande armée d’Europe centrale et est sa principale économie. Même si la relation entre les États-Unis et la Russie montre une amélioration relative depuis le début de la présidence de Trump, beaucoup soupçonnent que les États-Unis souhaitent encore disposer d’une zone tampon européenne aux portes de la Russie. Et ils font valoir leur point de vue en rappelant le récent complexe américain de missiles établi en Pologne et en Roumanie et le conflit actuel en Ukraine. D’ailleurs Donald Trump a poursuivi son discours devant les dirigeants des pays de l’I3M, qui dépendent principalement du gaz russe, en incitant les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) à investir dans la technologie et les armes américaines.

Bien que les promoteurs du projet insistent sur l’aspect purement économique, il est également intéressant de noter le moment de la réalisation du projet. L’I3M est en train de se construire, et avec le soutien ouvert des États-Unis, alors même que l’Allemagne, suivie de la France, lance la fédéralisation de l’Union européenne et la réorganisation à venir de l’UE vers une “Europe à deux vitesses“. Ce qui apparaît c’est que les Etats-Unis pensent désormais que l’UE sera désormais plus utile disloquée que fédérale. Trump pourrait pousser vers une scission de l’UE afin de « cannibaliser ses propres alliés », qui ensemble avaient assez de force pour contrer les plans américains tels que le TTIP, mais une fois séparés, les pays européens pourraient accepter de nouvelles offres de même nature. Tout concourt maintenant vers l’éclatement de l’UE. 

Malheureusement il est évident que la France n’a rien compris à la nouvelle vision qui va s’imposer. Trump moissonne, pendant que Macron se gausse de sauver le monde. Notre sortie de l’UE et notre reprise de son rôle d’équilibre entre l’Est et l’Ouest seraient la seule attitude qui lui éviterait de sombrer dans une dépendance chaque jour plus évidente dans le camp du NOM. En cas de coup dur il est clair que l’Allemagne ne regardera que son intérêt et nous laissera tomber. C’est dans le courage d’affronter seule les évènements graves qui se préparent que notre pays peut retrouver sa place de puissance mondiale conduisant son destin pour ses intérêts propres. Force est de constater que Macron nous mène vers un autre chemin, celui des banquiers et des multinationales, quoiqu’il en coûte à notre peuple dont la grande majorité est pour lui des gens de rien… à qui rien justement ne sera épargné.
 
L’UE est dans la phase des dernières convulsions. 

Elle se disloque de l’intérieur et on l’y aide.

Les grands pays ont des chefs visionnaires 

Mais notre chef ne voit que son image

Dans laquelle il se mire sans cesse. 

Le pharaon est une marionnette

Qui croit brasser le monde 

Mais produit du vent !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon