jeudi 13 juillet 2017

Budget, géopolitique et invasion migratoire (2ème partie)



Le monde est en train de changer du tout au tout. La guerre froide des Etats-Unis contre l’URSS s’est mondialisée en créant deux camps, le monde unipolaire contre le monde multipolaire.  Un axe fort Chine-Russie, historiquement impossible, est en train de se conforter et d’agglutiner les grandes puissances asiatiques, hors Japon. Il entraîne des grands pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud aux grandes richesses minières pour former un noyau dur, les BRICS, qui se donnent les moyens bancaires pour des grands investissements en particulier dans les infrastructures asiatiques est-ouest qui rapprochent les richesses de leurs sous-sols d’une Europe consommatrice et démunie. La Chine, qui devient une menace économique et monétaire pour les Etats-Unis, convertit de plus en plus les bons du trésor américain contre de l’or. Elle sait que l’on ne peut avoir une puissance économique sans puissance militaire. Elle accroît donc son budget de défense et crée une base à Djibouti, proche de l’Iran et du brûlot du Moyen-Orient.

Les États-Unis se sont épuisés pour des guerres à l’extérieur dans le Sud-Est asiatique, en Afghanistan et ailleurs, et dans tous les printemps arabes qu’ils ont encouragés voire suscités. Le dollar, qui tient sa force des transactions pétrolières en dollars, est menacé par un marché de transactions qui commence à utiliser d’autres devises, comme le yuan entre la Chine et la Russie. Ils savent aussi qu’il n’y a pas de puissance économique sans puissance militaire, c’est pourquoi ils ont inventé une Union Européenne sous couvert de l’OTAN, donc sans réelle défense coordonnée autrement que sous la chape américaine. En rentrant dans l’UE et l’OTAN, la France s’est mise délibérément sous protectorat américain. Les rodomontades de Macron sont d’un ridicule qui nourrit sa communication mais qui n’aide en aucune façon le peuple français. 

Il n’a rien changé de la politique russe et n’a pas pouvoir pour lever les sanctions contre ce pays, ni pour gagner la guerre en Syrie. La coalition occidentale conduisait sciemment la Syrie à l’explosion et à la mort ou la destitution de Bachar el-Assad. La présence russe a changé la donne et en un an l’EI et Al-Qaïda ont perdu 50% du territoire conquis. Les Américains et les Israéliens sont bloqués en Syrie et en Irak. Bientôt c’est la diplomatie qui va décider de la fin des hostilités au Moyen-Orient où reste le cas du Yémen avec une guerre atroce sur laquelle nous fermons les yeux. Macron n’a rien changé de la politique américaine et surtout pas sur le climat. Toujours à la recherche de publications médiatisées, il se fait voir avec le Premier Ministre canadien, Trudeau, pour surfer sur l’accord du CETA fait derrière notre dos et qui n’est qu’une décision des 28 membres de l’UE. A ce propos il ne s’est pas vanté du JETA, le nouvel accord avec le Japon, où l’on voit la patte américaine qui resserre le clan du monde unipolaire entourant l’Asie continentale.

Si Poutine a fait entrer la Russie dans la mondialisation sur le plan économique, si la Chine se place comme la première puissance économique, si l’Inde et l’Iran deviennent des puissances incontournables, les Etats-Unis vont prendre un virage fondamental pendant que leur puissance militaire fait encore peur au monde. C’est Donald Trump qui amène une vision nouvelle et va peser, s’il résiste aux tentatives de déstabilisation de l’oligarchie qui ne lui pardonne pas d’être élu par le peuple de rien. L’homme est surprenant dans le monde politique et a des côtés « bruts de fonderie » comme l’on dit, voire rustres. Il dit brutalement les choses et se réserve le droit de changer d’avis en fonction du déroulement des évènements. Il n’y a pas d’idéologie chez Trump, c’est un pragmatique. C’est un socio-libéral qui pense aussi au peuple en pensant économie nationale. Il affronte un monde oligarchique qui ne veut pas qu’il ramène sur le sol américain l’économie américaine mondialisée, donc de banquiers et de multinationales répartis sur toute la planète, pour nourrir le peuple d’en bas. Ce monde oligarchique sait que ceci ne peut se faire qu’à son détriment et œuvre contre lui.

La presse européenne continue encore très largement à ironiser sur Donald Trump, son «inintelligence» et son «inexpérience» de la scène diplomatique. Elle oublie que Donald Trump a passé quarante ans de sa vie dans le monde des affaires à l’échelle mondiale, avec succès, ce qui est bien plus difficile que de mener une carrière diplomatique, et implique de négocier et de passer des contrats dans des conditions complexes. Trump ne veut pas refaire le monde, comme Macron le veut tout-au-moins en paroles. Trump défend les intérêts des Etats-Unis, c’est clair, et son discours est compris de Poutine qui dit la même chose. Tous deux savent que l’économie demande de chercher le gagnant-gagnant dans des accords bilatéraux d’abord et que l’Europe est avant tout un enjeu économique. On comprend ainsi les efforts de Poutine pour faire arriver le gaz en Europe sans passer par l’Ukraine, et l’appui de Trump aux pays d’Europe centrale et orientale pour les amener à diversifier leur approvisionnement avec un axe nord-sud de transit et un apport de gaz de schistes américain.

La visite de Trump à Paris est significative du décalage de la France dans l’évolution mondiale. Les médias mainstream français tombent dans le ridicule d’une magnification d’un Macron invitant Trump à se pencher sur la tombe de Napoléon, un exemple pour lui, comme il l’a fait à Versailles avec Poutine en rêvant du roi soleil. A contrario selon ces médias, il apparait que c’est le voyage de la dernière chance pour Trump et que c’est lui qui est en difficulté, isolé du monde au G20 et reclus à l’extérieur de la photo du groupe, à tel point que Macron, au mépris du protocole a eu ce geste humanitaire de lui éviter cet affront en se mettant à cette place maudite. C’est beau, c’est grand, c’est noble… heureusement que le ridicule de la vassalité ne tue pas. En réalité la partie mondiale se joue dans le triangle Russie-Chine-Etats-Unis, car ces pays concentrent la plus grande puissance économique et militaire. L’UE est un terrain de jeu géostratégique. 

Trump sait que, les britanniques ayant choisi de jouer leur partition dans un retour historique de l’esprit du Commonwealth, les deux principales puissances économiques de l’UE sont l’Allemagne et la France. Il sait aussi que ces deux pays complotent une UE, « à deux vitesses », axée sur eux et prenant acte du clivage de réussite économique nord-sud. La France y œuvre pensant comme d’habitude qu’elle fera jeu égal avec l’Allemagne. Trump ne peut qu’y souscrire et ouvrir le terrain d’une coopération économique plus étroite liant un peu plus notre pays dans sa vassalité aux USA. Macron pourra pavoiser et Trump affirmer sa nouvelle géopolitique d’abandon du fédéralisme européen et de morcellement de l’UE rendant celle-ci plus manipulable économiquement et militairement. L’UE irait alors vers un axe nord-sud des pays de l’Europe orientale et centrale, une UE des pays les plus riches ou puissants supposés s’accommoder de l’euro, une UE des pays en difficulté ou que l’euro tue. C’est une UE à trois vitesses qui satisferait Trump qui encouragera Macron à agir. Il lui ouvrira même la porte des négociations sur l’Ukraine et la Syrie. La géopolitique est un jeu où l’Allemagne, qui devient le pays conducteur de la politique européenne, commence à agacer dans l’UE mais aussi aux Etats-Unis. Trump est prêt à jouer sur la marionnette Macron pour mettre des grains de sable affaiblissant la position allemande.

Dans ce contexte de grande évolution mondiale, il me faut vous parler de la politique française actuelle dans les deux autres domaines économiques et migratoires, et plutôt des vraies raisons de celle-ci. Ce sera l’objet du prochain article.

Un pays ne peut rester grand que quand sa voix porte, 

Que lorsqu’elle est crédible et en a les moyens.

La France des actes cède à celle des paroles, 

Mais l’enfumage ne dure qu’un temps,

Celui qui dissipe la fumée !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon