samedi 29 juillet 2017

Arrêtons la gabegie et l’aveuglement ! (2ème partie)


Avant de regarder les erreurs et la gabegie qui nous ont mené dans l’état de la France aujourd’hui, il faut encore revenir sur la situation réelle dans laquelle nous sommes tant la désinformation nous trompe. Il faut bien penser que, si la loi sur la transparence et la moralité de nos élus est un frein aux égarements, à la compromission des élus communaux, intercommunaux, départementaux, régionaux, nationaux et européens, on peut d’ores et déjà parier d’une part que ces incivilités et ces délits n’en disparaîtront pas pour autant et que cela n’aura aucun impact positif notable sur la santé économique et sociale de notre pays. Le refus d’exiger un casier vierge pour les parlementaires est un signe qui ne trompe pas, car cela toucherait nombre d’entre eux.

On ne peut juger la France que par comparaison avec des pays proches de nous et embarqués dans la même galère. Il y a quelques chiffres sonnants et trébuchants qui méritent d’être retenus quand on écoute les beaux mirages auxquels nous font croire politiques et médias aux ordres. Dans le tableau ci-dessus, les indicateurs en bleu sont favorables par rapport à la zone euro, et en rouge défavorables. Il est ainsi clair que la France ne tient pas la comparaison avec l’Allemagne. Non seulement son PIB est plus de deux fois et demi sa dette publique, alors que le nôtre n’est guère supérieur à celle-ci, mais nous sommes en déficit sur le budget et sur le commerce extérieur quand l’Allemagne est en excédent et particulièrement sur le commerce extérieur. Mais sur ce dernier point on note que la Grèce est pratiquement à l’équilibre et que nous sommes le seul pays lourdement déficitaire alors que la zone euro et l’UE affichent un excédent notable. La France est le seul pays du sud européen à cumuler déficit du budget et du commerce extérieur, c’est des emprunts en perspective et de l’argent qui disparaît de notre pays. On notera au passage que l’écart sur le commerce extérieur entre la France et l’Allemagne est de 280 milliards. 

Je vous propose d’aller plus loin pour juger de la gravité relative de notre situation dans la zone euro en ajoutant un certain nombre d’indicateurs.  

Comme sur le tableau précédent les indicateurs sont favorables en bleu et défavorables en rouge par rapport à la zone euro. Le premier constat est que tous les indicateurs sont en rouge pour la France et pour elle seule en 2016, de plus aucun indicateur n’est meilleur face à l'Allemagne. Face à la moyenne de l’UE, seul le PIB/habitant est meilleur. On peut dire globalement que la France est handicapée par rapport à la zone euro et qu’elle est sur chemin de la décroissance avec aucun atout pour dépasser la moyenne de la zone euro. Mais reprenons plus en détail. Notre croissance est inférieure à la moyenne de la zone euro alors que l’Espagne a retrouvé la croissance que l’Allemagne conserve. Notre PIB/habitant ne nous place plus au-dessus à la moyenne européenne comme en 2012 mais au-dessous et nous avons perdu 2 points. Notre dette/PIB est nettement au-dessus de la moyenne de la zone euro et s’est aggravée de 6,5% alors que celle de la zone euro a légèrement diminué depuis 2012. Que l’on compare notre solde budgétaire négatif par rapport au PIB ou aux recettes administratives, nous sommes encore plus mauvais que la moyenne de la zone euro. Nous ne respectons pas les 3%/PIB alors que la moyenne de la zone euro est à 0,9% et l’Allemagne en excédent de 0,8% ! Pourtant nous sommes au-dessus de la moyenne de la zone euro, de l’UE, de l’Allemagne et de tous les pays du sud pour les recettes administratives avec 52,8% du PIB. Ce n’est donc pas faute de faire rentrer l’argent ! 

Sur notre position sociale, les indicateurs sont aussi mauvais. Notre chômage à 10,1% reste légèrement supérieur à celui de la zone euro et a légèrement augmenté de 0,3 point soit 3,1% de plus de demandeurs d’emploi depuis 2012 alors qu’il a diminué de 1,4 point soit 12,3% de demandeurs de moins en zone euro. Le chômage des jeunes est nettement au-dessus de celui de la zone euro et de l’UE. Si nous regardons la consommation des ménages nous nous apercevons qu’elle a diminué de 0,4% depuis 2012 alors que la population a augmenté, nous vivons donc moins bien en 2016. Mais surtout c’est que celle-ci a augmenté de 6,4% en zone euro, 7,7% dans l’UE et 9,3% en Allemagne. Seule la Grèce fait pire et nous montre le chemin. Ces quatre dernières années ont donc vu le bien-être des français se dégrader, car on pourrait faire le même constat sur les prestations sociales.

Le dernier volet traite du commerce extérieur qui est sensé nous apporter de la richesse, mais qui dans un système mondial idéal serait censé être équilibré entre importations et exportations. Le solde est négatif de 43,415 Mds€, comme nous l’avons vu dans le premier tableau mais il s’est très peu amélioré depuis 2012 soit 0,2% de moins de déficit alors que la zone euro a amélioré son excédent de 4,3% et l’UE de 10,7%. La compétitivité de la France est en cause car non seulement le solde de son commerce extérieur est négatif et impacte de 1,9% son PIB mais elle ne réduit pas significativement son déficit depuis quatre ans alors que l’Espagne et l’Italie ont des excédents qui ont progressé depuis 2012 respectivement de 4,7% et 8,4%. 

Si l’Italie présente des indicateurs plus mauvais que les nôtres sur la dette et sur la plupart des indicateurs, elle a deux atouts majeurs, le commerce extérieur bénéficiaire et un déficit budgétaire qui se rapproche de l’équilibre. Si la charge de la dette italienne, les taux d’emprunt associés, et la faillite des banques ne mettent pas ce pays en danger, je dirais que ce pays a plus de chances de s’en sortir que nous, même s’il reste le pays le plus malade pour l’instant après la Grèce. Mais il faut ouvrir les yeux, la France s’enfonce et n’a pas en main les atouts pour son redressement. Elle vit au-dessus de ses moyens avec une gabegie qui fait fi de la réalité de sa situation de pré-faillite. Ce qui fait mal ? On en parle dans le prochain article.
 
La pire des situations est celle où l’on cache au peuple le danger 

Et où il se complait dans des récriminations corporatives,

Dans l’idéologie de la fraternité et de l’égalité. 

Ses rêves idéalistes le laissent en proie

A ceux qui le maintiennent ainsi 

Pour mieux le spolier !
 
Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon