samedi 13 août 2016

Les présidentiables sont dans les starting-blocks



Il est toujours bien hasardeux et présomptueux de faire des pronostics pour la Présidentielle 2017 mais rien n’empêche de mesurer les forces qui vont s’affronter dès septembre. Il est connu qu’une présidentielle se joue au « faciès » et aux « promesses ». Le terme «  faciès » recouvre évidemment beaucoup de facettes, mais c’est la présence devant les médias, dans les meetings, en direct face aux adversaires qui en est la clé. C’est le charme de l’individu, sa faculté à soulever les foules, son charisme, sa détermination et, comme pour les sportifs, sa résistance aux coups portés et son envie de vaincre. Faire campagne et persuader que l’on sera le « Président de tous les français », phrase convenue de l’après élection, doit être ressentie même chez les électeurs des autres candidats. Malheureusement aucun des candidats n’a aujourd’hui une aura qui lui donne cette image gaullienne. Depuis au moins trois élections nous sommes retombés sur des personnages soit mités par leurs échecs soit qui ont fait illusion mais qui sont retombés comme des soufflets.

Si l’on regarde de gauche à droite parmi ceux qui vont solliciter nos suffrages avec une chance de dépasser les 15%, on va trouver Melenchon. C’est sans doute le meilleur facies, intelligent, cultivé,  excellent orateur, ayant un bon sens de la répartie. Mais il s’est fourvoyé avec les communistes, avec Tsipras et fustige l’Union Européenne après avoir voté Maastricht. Il offre un grand terrain d’attaque à ses adversaires et le sentiment d’engager une bataille personnelle contre Hollande. Son « faciès » est terni. Les écologistes ont perdu avec Nicolas Hulot le seul « faciès », qui leur permettait de cacher leurs querelles internes, et disparaissent du paysage. Hollande est au fond du trou, la « normalité » a tué son autorité qui n’est pas naturelle et qui ne trouve qu’un endroit pour s’exercer, celui de la guerre où nos militaires le saluent comme leur chef (enfin de moins en moins). Sa propension à ménager la chèvre et le chou, l’esprit de synthèse, lui a fait oublier l’esprit d’analyse des évènements géopolitiques et la démocratie qui devrait d’ailleurs le pousser à démissionner tant le rejet est fort en cette fin de mandat. 

On voit émerger un ovni, un Macron proposé par Attali et les médias avec Bruxelles, Berlin et Rothschild en toile de fond sans s’être jamais confronté au suffrage des électeurs. Le « faciès » d’un jeune ambitieux a de quoi plaire à ceux qui cherchent une nouvelle tête, mais son bilan de ministre est maigre et les autocars risquent de l’emmener loin de l’Elysée. Il lui reste à choisir entre la gauche et la droite mais il est parti du mauvais côté. Premier Ministre ? Pas impossible dans un gouvernement de la « pensée unique ». Pour Bayrou, la prochaine est toujours la bonne… depuis si longtemps. Le duel à LR est circonscrit pour l’instant à Juppé et à Sarkozy. Juppé reste dans une rigidité qui ne déclenche pas la sympathie naturelle, il se force. Du coup vouloir entraîner un mouvement d’empathie et camper dans un personnage sérieux mais distant, est une gageure. Il a la faveur actuelle d’une bonne partie des français mais dans une rude bataille politique ses échecs précédents comme Premier Ministre, sa condamnation judiciaire et son âge ouvriront un large front d’attaque à ses adversaires.

L’ancien Président Sarkozy traîne un nombre considérable de casseroles qui l’amène régulièrement devant la justice. Le nombre finit par laisser une impression très défavorable même si le cœur du parti LR reste mobilisé et peut le porter à supplanter Juppé dans la primaire. Son « faciès » est devenu très contrasté entre une image d‘hyperactivité, de réactivité et celle un peu plus schizophrène. Son passé de Président n’est un atout que dans la mesure où le présent de Hollande est pire. Sa propension à soulever les foules est largement émoussée tant son image « bling-bling » et ses incartades verbales l’éloignent du peuple. Fillon garde une image de soumis à Sarkozy qui lui colle à la peau même s’il en est devenu l’adversaire. Il a pour lui d’avoir été adoubé, comme Juppé, par le groupe Bilderberg de la ploutocratie mondiale. Le Maire se veut le premier de la classe, le successeur à Juppé, mais sa propension à trop mettre en avant sa relative jeunesse et son passage dans les ministères de Sarkozy, ne lui permettent pas encore de se montrer comme ayant dépassé son maître Sarkozy ni son rival Juppé. 

Les autres candidats LR sont là pour représenter des courants et non pour gagner la Présidentielle. C’est le cas aussi des courants souverainistes qui ont pour eux de représenter une véritable alternative mais dont la dispersion et les querelles internes ne permettent pas d’en faire aujourd’hui un réel groupe porteur du changement. Parmi eux trois personnalités émergent : François Asselineau, Philippe De Villiers, Nicolas Dupont-Aignan. Le premier donne une image de Monsieur « je sais tout » qui passe mal et est le plus visé par les médias qui le repoussent. Malgré tout, sa vision, sa culture historique donne une consistance à ses interventions au-dessus de la plupart des candidats. Dupont-Aignan a un « faciès » de personnage actif mais dont la vision n’est pas aussi panoramique et moins tranchée. Il a une tendance à ne  pas aller à l’essentiel et au traitement des causes. Certaines de ses interventions ont parfois un aspect infantile. Néanmoins il progresse dans les sondages et est actuellement en phase de récupération des LR déçus et des épouvantés par le FN. De Villiers n’est pour l’instant que l’homme de l’ombre mais celui qui, à chaque intervention médiatique, marque l’empreinte de son « faciès », devenu moins guindé et plus accessible avec son humour qui fait mouche et sa grande vision géopolitique. Nous réserve-t-il une surprise en octobre  ?

Le premier parti de France, même si son implantation dans les élus est encore faible, est personnifié par Marine Le Pen, même si Marion Maréchal attend son heure et est prête à lâcher sa tante. Le « faciès » de Marine est encore trop copié-collé sur son père, même si les deux sont devenus adversaires. Bonne débatteuse, en progrès dans le discours et les phrases qui portent, sa féminité ne s’exprime pas pour l’aider et la finesse n’est pas son fort. Par contre elle montre une pugnacité qui lui vaut des sympathies fortes et des refus sans retour. Son retrait, voire son indécision devant certains problèmes, nuit à sa crédibilité de fonceuse. En deux mots elle n’a pas encore un « faciès » qui efface celui de son père, ce qui est un handicap pour capter les voix du grand large. 

Il convient de parler du volet « promesses » sensé représenté le programme des candidats. La situation est claire, il y a trois camps, la « pensée unique », la « souveraineté », et les « mi- chèvre mi- chou ». La « pensée unique » représente le camp le plus nombreux et le mieux placé aujourd’hui pour remporter la Présidentielle et le « faciès » y jouera un rôle plus important que le programme. L’enjeu est de mettre un nom sur le Président car les « promesses » recouvrent une pauvreté des programmes qui restent la copie conforme des vingt dernières années à gauche et à droite, du parti socialiste au parti républicain. En dehors d’un déni prononcé de la démocratie, la conformité à l’engagement dans l’UE, dans l’euro et dans l’OTAN, trace son engagement derrière la ploutocratie mondiale où s’abreuvent les technocrates bruxellois et les politiques européens, français particulièrement. L’acceptation de l’hégémonie étasunienne et allemande régit non seulement sa politique étrangère, militaire, monétaire et économique, mais aussi de l’immigration heureuse dans un multiculturalisme béat. La gauche et la droite « pensée unique » se battent dans le même champ clos.

Dans le camp de la « souveraineté », le FN tient la place essentielle et coince une frange souverainiste entre elle et LR. Le refus de présenter un seul front souverainiste fait le bonheur de la pensée unique. Si le Front de Gauche a choisi le camp mi- chèvre mi- chou, le Front, gauche-droite souverainiste, n’existe pas et se laisse stigmatiser de populisme sans en tirer parti bien qu’il représente probablement les idées majoritaires du pays. C’est tout le paradoxe de cette élection où ce camp ne trouve pas un leader capable de rassembler au-delà des 35 à 40% tout en collant parfaitement au désir de changement d’un peuple enfumé depuis vingt ans et désenchanté par l'Union Européenne. Le peuple souffre de se voir imposer l’immigration massive et la guerre derrière les USA dont les retombées menacent sa sécurité, et un euro-mark qui ne vise pas à l’amélioration de son bonheur mais à l’enrichissement des banquiers et des multinationales. L’antidote au chômage qui perdure, à l’insécurité, au déni de démocratie et à la perte de souveraineté, reste encore en cale sèche… il reste 8 mois pour lui faire prendre la mer. 

Comme ce ne sont pas toujours les meilleurs

Qui remportent la médaille d’Or 

Dans les jeux olympiques,

La Présidentielle risque 

D’accoucher encore

Du plus mauvais ! 

Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon