lundi 22 août 2016

Bonjour tristesse, au revoir démocratie

L'indice de démocratie est un indice créé en 2006 par « The Economist Group » qui prétend évaluer depuis 2006 le niveau de démocratie de 167 pays dont 166 sont des États souverains et 165 sont membres des Nations Unies. Le calcul est basé sur 60 critères regroupés en cinq catégories : le processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique. La notation se fait selon une échelle allant de 0 à 10 et à partir de cette note les pays sont classifiés selon quatre régimes : démocratique, démocratique imparfait, hybride ou autoritaire avec des notes de 0 à 10. La France est classée 26ème avec 8,04 en 2014 et 7,92 en 2015 dans les démocraties imparfaites et elle est désormais derrière toutes les nations limitrophes de notre pays. Tous les pays du Nord de l’Europe sont dans les huit premières places avec la Suisse, le Canada et la Nouvelle-Zélande. La France, qui perd petit à petit le sens des mots Liberté, Egalité, Fraternité, perd du même coup ce qui en est le support : la démocratie.

La démocratie est censée faire le bonheur du peuple, elle est un bien précieux que la Révolution Française a inclus dans notre Constitution. Un indice mondial essaie de quantifier le bonheur des peuples. Comme tous les indices, il peut être critiquable mais il est basé sur 40 indicateurs statistiques permettant la comparaison entre 60 des principaux pays du monde, c’est l’Indice du Bonheur Mondial (IBM). Les indicateurs sont regroupés sous quatre chapitres : la paix et la sécurité ; la liberté - la démocratie et les droits de la personne humaine - la qualité de la vie - l’intelligence, la communication et la culture. La France est à la 16ème place sur 60, derrière la plupart de nos pays limitrophes et l’Europe du Nord, mais elle perd des places chaque année. Elle était 12ème en 2008. 

Un autre indice, celui du Développement Humain (IDH) calculé par l’ONU, est basé sur trois critères, l’espérance de vie, le niveau d’éducation, et le niveau de vie. Lui aussi est censé reflété l’état d’avancement des nations où la démocratie devrait montrer sa supériorité. La France était 8ème en 2008, en progression et devant tous les pays limitrophes de nos frontières. Elle est 20ème en 2014 derrière l’Allemagne 4ème, le Royaume-Uni 14ème mais devant l’Italie et l’Espagne. On voit que globalement la démocratie régresse en France et que, corrélativement, les autres indices suivent. Les pays du Nord de l’Europe, les plus démocratiques du monde, sont en tête de tous les classements qui cernent au mieux une notion de bonheur ou de développement des nations. Parmi les explications possibles, l’une d’entre elles paraît assez fondée. Les français seraient entrés dans une crise de perte de confiance qui finit par paralyser le pays. Ils se méfient de tout et des politiques en particulier selon les sondages pour 80% d’entre eux à l’inverse des pays nordiques qui font confiance à 60%.

Le multiculturalisme forcé, la pression d’une immigration incontrôlée et d’une civilisation différente, difficilement assimilable, le climat d’insécurité, font des ravages dans la confiance des français les uns envers les autres. La notion de perte de liberté prend de l’ampleur et le gouvernement s’y emploie. Le 49.3, utilisé désormais pour tout et n’importe quoi, le sort de son but constitutionnel et en fait un instrument de dictature. Son utilisation devrait se restreindre à la gestion budgétaire, sur laquelle le gouvernement est en droit de demander la confiance. Mais si la démocratie régresse c’est aussi sous la pression européenne. L’UE est fondamentalement anti-démocratique. Son allégeance aux Etats-Unis ne lui permet pas d’écouter les peuples en même temps que la pression américaine par une ploutocratie orientée vers le mondialisme et le profit aux dépens des peuples. La démocratie recule, lentement et sans doute imperceptible pour beaucoup d’entre nous, d’où la nécessité de regarder des indicateurs, certes imparfaits, mais qui permettent de se comparer aux autres pays. 

La démocratie trouve un support vital dans la liberté de la presse et de ce point de vue nous ne brillons pas. Les médias sont presque tous noyautés par un groupe de 3 magnats qui contrôlent l’ensemble. Le dernier classement de Reporters Sans Frontières classe la France au 45ème rang, au dernier rang des grands pays européens ! Les informations sont totalement contrôlées et la manipulation bat son plein. On le voit clairement en ce qui concerne le conflit syrien où l’on a, entre autres, décrit la bataille d’Alep comme le combat désespéré du camp de la liberté encerclé dans la ville contre la tyrannie du boucher Bachar El Assad. C’est exactement le contraire qui s’est déroulé où les troupes gouvernementales et l’aviation russe ont desserré l’étreinte d’un blocus des « troupes révolutionnaires » sur la majeure partie de la ville qui devait être ravitaillée par hélicoptères. Ces troupes sont évidemment complètement noyautées par Al Al-Qaïda. Nous couvrons leurs exactions sanguinaires. On pourrait parler de même de la désinformation sur le réchauffement climatique où toutes les publications des scientifiques eurosceptiques sont tournées en dérision ou ignorées quelle que soit leur notoriété.

Pour terminer j’ajoute une interview de Danielle Mitterrand, veuve de l’ex-président français François Mitterrand et présidente de l’association « France-Libertés », que l’on ne peut accuser de suivre la pensée unique, par Hernando Calvo Ospina, journaliste colombien réfugié en France et collaborateur, entre autres, du Monde Diplomatique. En voici quelques extraits : 

Hernando Calvo Ospina : « Mme. Mitterrand, qu’a signifié pour vous l’arrivée au gouvernement de votre époux François ? Est-ce que les idéaux sociaux et politiques qu’il portait dès sa jeunesse ont été reconnus en ces moments-là ? 

Danielle Mitterrand  : « Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ces rêves d’avoir une société socialiste, quoique à l’européenne, deviennent réalité. Mais bien vite j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je lui demandais à François : Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais offert ? Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi que d’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant 14 ans. Même s’il essayait d’éviter le côté le plus négatif du capitalisme, les rêves ont commencé à se briser très rapidement. » 

[…] « Quand j’écoutais au cours de mes visites aux ambassades les discours du « commercialement correct », où le tout-puissant marché était ce qu’il y avait de fondamental avant la solidarité entre les peuples, cela me donnait l’envie de partir en courant. Je ne pouvais croire que les « bulldozers » du marché pourraient arriver à recouvrir jusqu’aux fondements mêmes de notre culture. Et ils l’ont fait. […] Durant la célébration du Bicentenaire de la Déclaration des droits de l’Homme – juillet 1989 – j’ai pu voir jusqu’à quel point nous étions soumis aux États-Unis. L’État français n’invita pas plusieurs dignitaires, en particulier des Latino-Américains. Comme par hasard c’était ces pays-là que Washington voulait annuler, détruire. Et je ne vais pas citer de noms, mais c’est facile à vérifier. Je me rappelle avoir dit à François : « Jusqu’à quel point allons-nous être dépendants de l’humeur des États-Unis, ne pas pouvoir choisir nos invités pour nos festivités… ? » Ce fut une honte.

HCO : « Mme Mitterrand, est-ce que la France est un modèle de démocratie ? Est-ce une puissance mondiale ? » 

DM : « En France on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. Est-ce la démocratie quand après avoir voté nous n’ayons pas la possibilité d’avoir de l’influence sur les élus ? Je ne crois pas que dans aucun des pays qui se disent démocratiques, ceux-là qui croient avoir le droit d’imposer « leur » démocratie aux pays pauvres, il existe la démocratie, à commencer par les États-Unis et la France. La France est une démocratie ? Une puissance mondiale ? Je le dis en tant que Française : Cela ne veut rien dire. Si on le dit pour les niveaux d’éducation, de la recherche ou la santé, c’est nul. Pour être capables d’aider la paix mondiale, les peuples opprimés ? Nul. » 

Dépendance aux États-Unis, à la mondialisation, 

Aux puissances de l’argent et des armes

Ne peuvent permetre à notre nation

 D’avoir la liberté de pratiquer…

La démocratie pour le peuple !

 Claude Trouvé
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon