vendredi 10 juin 2016

Oui à la lutte contre la loi Micron - El Khomri !


Oui la France offre au monde un spectacle de pays en plein désordre, oui la réussite de l’Euro 2016 est importante pour la France, oui les français se réjouissent de l’évènement, oui certains d’entre nous, en particulier dans plusieurs grandes villes, souffrent de ces grèves et de ces blocages, oui la France est perdante économiquement, etc. Comment l’ignorer même sans le tapage médiatique fait par le gouvernement et les médias aux ordres ? C’est un constat et une question de bon sens. Pour autant, doit-on condamner ces salariés qui risquent leur argent pour manifester ? 

Je n’ai jamais fait grève, je me suis même trouvé en face de syndicats dans des négociations où les grévistes bloquaient l’entrée de l’entreprise. Je me souviens seulement avoir manifesté contre l’entrée des chars russes en Europe de l’Est avec les mouvements étudiants. Il m’a fallu plusieurs fois affronter la haute Direction pour le bien commun, et résister à sa pression. J’ai toujours écouté les revendications et essayé de convaincre plutôt que d’imposer, sans doute parce que  j’ai par ailleurs trente-sept ans de bénévolat derrière moi. Contrairement à l’entreprise, chacun y est parfaitement libre de vous suivre ou non, selon la confiance que l’on vous accorde. C’est pourquoi aujourd’hui, je peux me permettre de dire que j’approuve les mouvements des salariés qui ont le courage de manifester leur désapprobation sur la loi travail du Micron ! Ce dernier a l’hypocrisie de laisser sa collègue endosser la responsabilité devant les manifestants pour se faire oublier dans cette affaire. Bravo donc à ceux qui ont jeté des projectiles sur son crâne de tête d’œuf, pourri déjà par l’argent et l’appétit du pouvoir. On ne provoque pas en venant parader lors de la sortie d’un timbre commémorant la lutte ouvrière quand on l’assassine. 

Cette loi, sous les apparences de quelques avancées sociales, est un tour de vis donné en faveur des patrons dans la gestion du personnel. Les droits des patrons sur le temps, la flexibilité et les modalités de travail, sont largement augmentés en plus de la précarité de celui-ci. Quel est le but ? Se diriger vers un monde du travail corvéable sur la base des salaires allemands d’abord, puis grecs, puis chinois, puis… toujours plus bas. C’est ce que l’on appelle l’augmentation de la productivité à bon compte. Le Medef est pour, c’est pourquoi c’est Bruxelles qui impulse cette loi avec une « recommandation » au gouvernement qui va devoir lui faire accepter son budget 2017 et ses résultats 2016. C’est la vraie raison de la dureté du gouvernement jusqu’au 49.3 pour faire passer l’essentiel de la loi, celui qui touche aux accords d’entreprise. De l’accord de branche, on passe à l’accord d’entreprise. C’est ce qui s’appelle diviser pour régner, un vieux principe. Le monde syndical perd ainsi de son influence, donc de son importance et on pourra remettre en cause son utilité. Par ailleurs chaque patron pourra négocier en se référant au meilleur accord selon lui signé par une entreprise de sa branche. 

On perçoit donc l’entreprise de démolition des moyens de défense du salarié auquel se libre l’UE par l’intermédiaire du gouvernement français. C’est déjà réussi en Italie, Matéo Renzi a réussi ce que ces prédécesseurs n’avaient pas réussi à pousser jusqu’au bout. C’est une raison de plus pour le gouvernement de ne pas céder. Il faut réussir pour Bruxelles quand on va devoir faire profil bas pour les budgets, le déficit public et les dettes qui sont loin de remplir les critères de Maastricht. Même si Junker est prêt à chouchouter la France, plusieurs pays commencent à crier au favoritisme. L’Italie va renforcer leurs rangs. Alors dans le monde du travail, certains ont pris conscience de ce qui se joue, et comprennent que le moyen et long terme sont plus importants que les désagréments du court terme. Ils ont compris que la réussite de l’Euro 2016 est bien peu de chose par rapport à ce qui se joue pour l’avenir de tous les salariés mais que c’est une occasion unique de faire plier un gouvernement. 

Le bras de fer n’est contre le gouvernement que pour sa subordination à Bruxelles. C’est le Système de mondialisation et la cabale des puissances de l’argent qui est en cause. On peut alors regarder l’argumentaire politico-médiatique d’un autre œil. Résumons-le. Les grévistes prennent les gens en otage, pour leur intérêt égoïste qui conduit à la ruine de la France : tel est le concentré de l’argumentaire des opposants aux mobilisations sociales, qui s’éveillent au moment où la pénurie de gazole s’étend sur l’hexagone. N’oublions pas que, contre toute précaution, l’Etat tape dans les stocks stratégiques. SNCF, Air France perturbent la vie économique alors que toutes les forces de maintien de l’ordre sont mobilisées pour l’Euro 2016. Oui mais… 

« Les grévistes prennent les gens en otage » La formule, relativement récente dans l’Histoire contemporaine de la France, est diffusée par les médias de masse, à longueur de journée de grève, à destination de leurs lecteurs, auditeurs ou spectateurs qui la reprennent telle quelle. Il s’agit d’une expression « choc », pour marquer les esprits et représenter le mécontentement de ceux qui subissent les grèves, usagers de transports ou automobilistes sans essence. Utilisée de façon répétitive, elle entraîne davantage d’impatiences, voire de tensions, entre le public bloqué par les grèves et ceux qui mènent ces dernières. 

Six mois après les attentats de Paris, survenus le 13 novembre dernier, il est nécessaire de mettre en pièces une formule des plus injurieuses, autant pour les grévistes que pour les otages réels. Les désagréments subis par les grèves n’ont strictement rien à voir avec une situation de prise d’otage, où les victimes sont mises en joue par des tueurs professionnels et n’ont aucune possibilité de mouvement, au risque de perdre la vie. Ce n’est pas drôle d’attendre plusieurs heures son transport en commun ou de se promener dans les ordures, avec le risque de ne pas pouvoir se rendre au travail et d’en être pénalisé – plus ou moins lourdement – par son employeur. Pour autant, cela ne justifie en aucun cas le trait d’égalité formulé par les médias dominants entre les victimes du terrorisme et les personnes contraintes par un mouvement social. Cette formule doit atterrir dans les poubelles de l’Histoire pour cesser la confusion dangereuse qui lui est liée. 

« Les grévistes sont minoritaires » C’est aussi une fausse assertion car la grève se décide non par les seuls syndiqués mais par l’ensemble du personnel de l’entreprise lors d’un assemblée générale et leur nombre n’est pas le simple cumul de ceux qui manifestent dans la rue. C’est l’amalgame que le gouvernement se plait à faire. Si dans la fonction publique les grévistes prennent une décision individuelle, dans les raffineries de pétrole, les usines sidérurgiques ou au débarquement des marchandises depuis les bateaux, ce sont toujours des grèves majoritaires qui sont menées – et c’est bien pour cela qu’elles ont un impact majeur sur l’économie du pays. 

« Les grévistes sont violents » L’amalgame entre un travailleur en grève et participant à une manifestation, et le casseur, est spécifiquement entretenu par les médias dominants pour ajouter de la confusion à la lecture de l’actualité. Les casseurs s’organisent en marge des cortèges de manifestants, dont ils se fichent des revendications et des mots d’ordre. Ceux qui les ont remarqués et étudiés savent qu’il s’agit, chez leurs meneurs, de jeunes hommes blancs issus d’un milieu relativement aisé, qui viennent « en découdre » avec les forces de police pour satisfaire leur envie égoïste de poussée d’adrénaline. 

« Les grévistes sont égoïstes » Cela voudrait-il dire que vous ne pouvez faire la grève que pour les autres ? Oui, c’est dans leur intérêt propre que des salariés se mettent en grève, pour éviter un plan social, une dégradation de leurs conditions de travail ou une loi scélérate comme la loi travail. Pour autant, il faut mesurer une donnée essentielle : ce n’est pas pour leur intérêt à court-terme que les grévistes se battent, mais pour leur intérêt à long-terme. Le premier est sévèrement mis à mal par la perte de revenu synonyme d’une journée de grève, et c’est bien pour le second que des mouvements sociaux ont lieu.

« Les grévistes ruinent la France » Là encore, nous avons un bel exemple de vocable directement asséné par les médias dominants, pour décrédibiliser voire criminaliser l’action défensive des salariés. Les syndicats seraient responsables de l’ « immobilisme » de la France, de son « manque de compétitivité », de son coût du travail « trop élevé ». Ils seraient la cause de la « ruine » du pays, et ce seraient même eux qui obligeraient les patrons à délocaliser pour trouver une main d’œuvre moins chère et moins combattante ! Cette formule permet un retournement de situation total dans l’éventail des responsabilités économiques en France. Si la France en est à plus de 10% de chômeurs, à près de 100% du PIB pour la dette publique, à 10 millions de personnes vivant dans la précarité, c’est d’abord la faute du Président car c’est lui qui porte la responsabilité de la gestion de ce pays et des lois de la République. Malheureusement la comparaison avec la moyenne des pays européens ne lui accorde même pas la moyenne, il est recalé et tous nos gouvernants avec ! 

La France doit dire non à l’appauvrissement de son peuple, 

Non à son asservissement aux plus riches de ce monde. 

Réjouissons-nous que certains se révoltent 

Avant que plus personne ne le puisse ! 

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon